Chère
Ségolène,
Vous
avez fait depuis un an maintenant du «désir
de construire et d’établir un ordre juste »
le fil conducteur de votre campagne. Même si cet ordre
juste reste à cet instant un vacuum, c’est
à dire "un espace vide et sans matière",
il ne suscite, de ma part, aucune ironie car c’est
là depuis longtemps un thème cher aux libéraux.
J’espère d'ailleurs que cette affirmation venant
de ma part ne vous desservira pas.
Mais
puisque vous semblez rencontrer quelques difficultés
pour conceptualiser cette idée et puisque vous avez
un jour déclaré «aux Français
de me dire ce qu’ils entendent par ordre juste»,
je suis heureux de vous apporter ma contribution.
Si pour être juste, notre ordre social a besoin de
mouvement, comme le souligne Nicolas Sarkozy, on ne saurait
dire cependant que «l’ordre juste, c’est
juste l’ordre». Un ordre qui ne respecte pas
les droits fondamentaux de la personne constitue un ordre
injuste, même s’il a tous les signes extérieurs
de l’ordre social. Les dictatures et les régimes
totalitaires nous en ont montré – et nous montrent
encore hélas – l’exemple.
Nous touchons là d’ailleurs, la première
caractéristique d’un ordre juste : le respect
du Droit. Mais de quel Droit parle-t-on ? L’histoire
de la philosophie politique est celle d’un affrontement
entre deux conceptions.
- Dans la première, c’est l’Etat qui
fait le droit. Est juste, ce qui émane de l’autorité
légitime. Le droit découle donc de l’autorité.
Dés lors que cette autorité est démocratique,
le droit est l’expression de la volonté souveraine
du peuple abusivement confondue avec la volonté majoritaire.
Conception résumée un jour par un député
socialiste qui lança à l’opposition
«vous avez juridiquement tort parce que vous êtes
politiquement minoritaire». Il n’est pas difficile
d’observer que la loi de la majorité ne fabrique
ni le vrai ... ni le juste.
- Dans la seconde, l’autorité politique est
soumise à un droit fondamental qui lui est antérieur
et supérieur. Le droit existait avant que n’existe
l’Etat. Il y avait des lois bien avant que n’existent
les parlements. Un juriste romain du III siècle,
Julius Paulus disait «ce qui est juste ne découle
pas de la règle, mais la règle provient de
notre connaissance de ce qui est juste ». Sage observation.
Au-dessus donc du droit de l’Etat il existe un certain
nombre de droits et de valeurs universels auxquels l’Etat
lui-même est soumis et que l’on a un jour inscrit
dans une Déclaration des droits de l’homme
et du citoyen. Le mot « déclaration »
n’est pas innocent. Si l’on déclare les
droits de l’homme, c’est que l’on considère
que l’on ne les invente pas mais qu’ils préexistent
; qu’ils sont le reflet d’une morale et d’une
justice.
La deuxième caractéristique de l’ordre
juste, c’est aussi l’existence d’un pouvoir
judiciaire indépendant qui fasse respecter ses droits
(y compris par le législateur au travers d’une
Cour Constitutionnelle dont il serait sage de renforcer
le rôle et d’en permettre, selon des modalités
à définir, la saisine directe par des citoyens).
La troisième caractéristique de l’ordre
juste, c’est d’être le reflet d’une
conception de la justice sociale sur laquelle tous peuvent
s’accorder. Et sur ce point il serait utile que vous
contribuiez à dépoussiérer la gauche
– le même travail est à faire à
droite – d’une vision qui consiste à
identifier la justice sociale à la réduction
des inégalités au moyen d’une action
redistributive de l’Etat.
Je suis pour le moins aussi sensible que vous à la
misère sociale, à la précarisation
et à la paupérisation d’une part croissante
de la société française et au besoin
de sécurités sociales. J’ai attiré
l’attention, avant bien d’autres, sur la panne
de l’ascenseur social et la nécessité
de réformer les institutions essentielles à
l’égalité des chances.
Je
suis cependant convaincu que ces problèmes ne peuvent
trouver de solutions qu’au travers de la recherche
de la croissance la plus forte possible. Or, la croissance
de demain est bien différente de celle d’hier.
Elle est liée à notre capacité de participation
à la nouvelle civilisation et à l'économie
mondiale de la connaissance qui prend forme aujourd’hui.
Et donc à notre capacité de mutation et de
réforme.
Dans
ce nouveau contexte chercher la justice sociale c’est
se donner les moyens du plein emploi, de la lutte contre
les situations de pauvreté et de détresse,
d’une croissance soutenue qui permet de tirer le pouvoir
d’achat des Français et d’assurer –
en les reformant – le financement des institutions
qui nous garantissent le haut niveau de protection sociale
auquel nous sommes légitimement attachés.
Distribuer artificiellement du pouvoir d’achat dans
l’idée de doper la consommation pour tirer
la croissance est une impasse et ne fait que détendre
un peu plus les vrais ressorts de la création de
richesse. Celle-ci pour se former a besoin d’entreprenants
fiscalement motivés, réglementairement libérés,
pouvant innover, créer, investir sur des marchés
efficaces donc concurrentiels. Avec 4% de croissance, le
revenu des Français double en moyenne tous les dix-huit
ans, aucune politique socialiste de redistribution ne peut
parvenir à un tel résultat.
Dans une période d’innovations techniques et
de mondialisation créatrice de nouvelles richesses,
il faut accepter que la récompense de l’initiative,
des efforts et du risque creuse provisoirement les inégalités
si ces inégalités ont pour résultat
de doper la croissance qui profitera à tous et tout
particulièrement aux plus pauvres et aux exclus.
Mieux vaut fut-ce au prix de quelques inégalités
fécondes - un train qui roule à pleine vitesse
qui offre une place à tous et qui tire le pouvoir
d'achat vers le haut - qu'un tortillard qui se traîne
sur le chemin de la croissance et qui laisse tant de personnes
sur les quais.
D'autant que la notion de justice redistributive associée
aux sociétés closes d'hier ne correspond plus
à une société ouverte, une grande société
composée de millions d’individus qui ne se
connaissent pas et leurs rapports sont nécessairement
impersonnels...
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Le banc d’essai des libéraux
Le projet législatif de l’UMP au banc d’essai
(suite)
Les dix engagements et les propositions contenus
dans le projet législatif de l’UMP ont été
passés au filtre d’une première critique libérale.
Une fois de plus, d’un point de vue libéral, les propositions
mélangent à la fois de bonnes résolutions,
des mesures plus ambiguës et d’autres toujours aussi
détestables. Nous vous invitons à lire notre banc
d’essai et aussi bien sûr à ajouter vos observations.
Voir
notre banc d’essai
Attali, le prophète qui s’est
toujours trompé |
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Dans
son dernier livre, «une brève histoire de l’avenir»,
Jacques Attali déroule l’histoire des soixante
prochaines années du monde. Or, comme le rappelle très
justement Bogdan Calinescu, rédacteur à l’ALEPS,
l’ancien conseiller de François Mitterrand s’est
toujours trompé, ses nombreuses erreurs de prédiction
ont d’ailleurs «largement contribué à
la catastrophe économique de la France». Ainsi
en 1977, M.Attali écrivait «Quand commencera
le XXIe siècle, la France sera devenue une filiale des
Etats-Unis d’Amérique ou la matrice d’une
nouvelle forme de progrès». Or, il n’est
pas difficile de constater qu’aucune de ces deux prophéties
ne s’est accomplie ( ...). C’est même le contraire
qui arrive, elle est dans une relation conflictuelle avec l’Amérique
et en phase de déclin économique par rapport aux
autres pays qui se sont orientés, depuis les années
1980, vers «la matrice d’autres formes de progrès
» complètement différentes de celles préconisées
par M. Attali.» Et de conclure : «Comment
peut-on encore accorder crédit à quelqu’un
qui a décrédibilisé la France en Europe
et à un auteur qui s’est toujours trompé
?»
Lire
la suite
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Réchauffement
climatique : un débat loin d’être clos (suite)
Toujours sur le dossier du réchauffement
climatique, à lire une nouvelle contribution de Cécile
Philippe, directeur de l’Institut économique
Molinari, parue dans l’Agefi. Suite à la violence du
défoulement médiatique observé à l’encontre
de Claude Allègre qui a osé se montrer sceptique sur
l’origine humaine du réchauffement climatique, l’auteur
nous rappelle avec raison que l’urgence et le catastrophisme
aujourd’hui de rigueur sur ce sujet ne doivent pas interdire
le doute et le recul. Ainsi «le climatologue (Richard
Lindzen) est d’avis que les trois affirmations généralement
acceptées dans la communauté scientifique –
la température moyenne du globe a augmenté d’environ
un degré depuis la fin du XIXe siècle; les niveaux
de CO2 dans l’atmosphère ont crû d’environ
30% sur la même période; et le CO2 devrait contribuer
à un réchauffement futur – ne sont ni une raison
de s’alarmer, ni une preuve de la responsabilité de
l’homme pour le réchauffement qui a déjà
eu lieu».
lire
la suite
Voir
notre dossier "le réchauffement contreversé"

...Dans
cette société ouverte chacun poursuit le but qui lui
est propre et vouloir assigner à chaque personne un rôle
déterminé dans le fonctionnement de la société
est contraire à la liberté. Comme vous l'avez un jour
dit "les Français savent mieux que l'Etat ce qui est
bon pour eux".
Dans un « ordre juste », le consensus doit donc se faire,
non sur les fins, mais sur le respect des règles de juste
conduite applicables à tous.
Cet "ordre juste" repose sur une conception éthique
exigeante : il ne peut y avoir d’action juste que si elle
ne viole aucun droit fondamental individuel.
Dés lors la justice d’un système se mesure moins
à ses résultats qu'au comportement des acteurs dans
le système, à leur conduite juste ou injuste.
Pour concevoir dans cet esprit les meilleures institutions possibles,
imaginons une personne débarquant en pays inconnu, dans lequel
la place de chacun, son point de départ dans l'existence,
serait déterminé par un tirage au sort dans une sorte
de gigantesque loterie sociale. Cette personne n'a aucun moyen de
savoir si elle sortira favorisée ou défavorisée
de ce tirage.
Chacun cherche à concevoir le système économique,
le système éducatif, le système de protection
sociale, le système de retraite, les plus justes compte tenu
du fait qu'il peut tirer le plus mauvais numéro.
Dans cette situation de « voile d'ignorance », développée
par John Rawls- que l'on considére plutôt comme un
penseur social démocrate - on peut penser que chacun sera
enclin à imaginer le système à la fois le plus
conforme à l'intérêt général et
le plus favorable aux plus démunis. C'est ainsi que l'on
choisira sûrement un systéme éducatif garantissant
l'accés financier de tous à l'éducation, une
multiplicité d'établissements (pour donner à
chacun sa chance) et une liberté de choix (la suppression
de la carte scolaire).
Cette approche de la justice sociale cherche à la fois à
maximiser les chances de tous, les chances de chacun tout en veillant
à l’intérêt de ceux qui sont en bas de
l’échelle sociale.
Cette approche conjugue solutions de liberté, la justice
sociale et accepte les inégalités fécondes.
Ces inégalités récompensent les talents nouveaux,
inventifs, créateurs de richesse, permettent de favoriser
la croissance et donc d’augmenter le pouvoir d'achat moyen
tout en permettant de donner les meilleures chances de promotion
à ceux ou à celles qui sont en bas de l'échelle
sociale.
Voici,
je l'espére chère Ségolène, quelques
réflexions en "rupture" avec nos traditionnelles
façons de penser qui permettent de mieux cerner ce que pourrait
être un "ordre juste".
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