Le
pèlerinage écologique
Retour
de la vignette, augmentation du prix de l'essence et de
l'électricité... Ils sont dix candidats à
signer les décoiffantes propositions de Nicolas Hulot
Quel
spectacle tout de même que celui de dix candidats
à l’élection présidentielle -
dont les plus prestigieux - se rendant dans un ballet diplomatique
sans doute difficile à régler, au Musée
des Arts Premiers, (quel symbole !) à la convocation
de M. Hulot pour officialiser leur allégeance au
"Pacte écologique".
C'est là un signal fort qui doit nous alerter sur
l’affaissement du débat démocratique,
la soumission du politique à la tyrannie des médias.
On n’imagine guère le Général
de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing,
François Mitterrand et même Jacques Chirac
s’exhiber ainsi!
Nicolas Hulot est assurément un sympathique animateur
de TV. Il a su servir avec talent la cause de la nature
et de l’environnement. Mais il se fait depuis quelques
temps le télé-évangéliste d’une
nouvelle religion écologique qui tire sa force des
prévisions les plus apocalyptiques. Il entend révéler
à l’opinion le «drame écologique»
qui se prépare et qui «va nous ramener au pire
de l’homme et à la barbarie». Et il se
fait un devoir – faute d’être candidat
- d’adouber les «Justes» qui sauveront
l’humanité.
Il est dommage qu’au-delà de la description
du pèlerinage de nos candidats au Musée des
Arts Premiers, personne n’ait vraiment examiné
le contenu du Pacte qu’il leur a fait signer.
Les questions soulevées par les écologistes
sont certes, des questions sérieuses, je n’ai
pas attendu qu ‘elles soient à la mode pour
m’en préoccuper.
Un de mes premiers maîtres à penser a été
Bertrand de Jouvenel, qui reste à mes yeux le père
de l’écologie en France. Avec beaucoup d’intelligence,
il a parlé de la nécessité de «civiliser
notre civilisation», un civilisation destructrice
d’environnement, de valeurs et d’harmonie. Il
a montré l’absurdité des calculs macroéconomiques
qui additionnent dans le même symbole de richesse
les coûts de la pollution et des accidents de voiture
avec ceux du logement et de la culture. Il y a presque vingt
ans j’ai fondé l’ «International
Center for Research on Environmental Issues» (ICREI)
qui a été, et qui reste, à la pointe
de la réflexion écologique. J'ai défendu
avant bien d’autres, les mécanismes de quotas
d’émissions repris dans le protocole de Kyoto.
J’ai dénoncé les dégâts
d’une Politique Agricole Commune productiviste, et
à contre-courant parfois de mes propres amis, j’ai
tenu à saluer l’apport positif des écologistes
à l’origine d’une prise de conscience
salutaire. Mais j’ai toujours aussi tenu à
marier l’écologie et l’économie
- ces deux concepts sont très voisins - et combattu
l'écologie négative, celle qui porte une contestation
radicale de notre société et sert l’"habit
vert" à de nouvelles politiques dirigistes.
(Voir l’Ecologie
positive)
Laissons de côté le débat sur le diagnostic
du réchauffement climatique, son ampleur et ses causes
et les incertitudes qui demeurent. (Voir
notre dossier)
Remarquons juste que le Pacte écologique de M. Hulot
repose sur la prévision la plus apocalyptique du
réchauffement climatique, +5,8°C d’ici
la fin du siècle, quand les chercheurs réunis
cette semaine à Paris chiffrent cette hausse entre
1,8° et 4°.
Comment prévenir les conséquences supposées
de l’accumulation des gaz à effets de serre
dans l’atmosphère et le réchauffement
climatique?
Le protocole de Kyoto a choisi une politique de limitation
des volumes d’émission, de plafonnement puis
de réduction assortie d’un marché de
quotas de CO2. Il a aussi institué des MDP (mécanismes
pour un développement propre) afin de favoriser les
investissements non-polluants dans les pays en développement.
Les Etats-Unis, de leur côté ont refusé
de signer ce protocole (Clinton/ Al Gore) mais décidé
d'investir massivement dans des technologies du futur :
la pile à hydrogène ou la séquestration
du carbone. Ces deux voies, celle de Kyoto et celle de la
recherche, sont aujourd’hui à perfectionner
et à additionner.
M. Hulot nous propose aujourd’hui tout autre chose,
"un changement de cap de notre société",
une "rupture nécessaire" qui repose sur
le "moins": moins de consommation, moins de déplacements,
moins de croissance... Son pacte s’inscrit clairement
dans une vision malthusienne et une contestation radicale
de notre mode de consommation et de croissance. Aux solutions
d'innovation et de progrès, il préfère
les solutions de prohibition et de rationnement. Pour lui,
il y a urgence (et ce d’autant plus qu’il se
réfère aux prévisions les plus catastrophiques)
et les techniques de séquestration de CO2, les voitures
hybrides, les piles à hydrogène ou les réacteurs
nucléaires de la 4e génération arriveront
bien trop tard. Le nucléaire au lieu d’être
une solution (il ne produit pas de CO2) est pour lui un
problème! C’est pourquoi il propose la sortie
à terme du nucléaire et se refuse à
étendre aux pays en développement. Il se méfie
de même, des OGM qui pourtant peuvent apporter leur
contribution à la lutte contre la faim dans le monde,
au recul des maladies et à la protection de l’environnement
(plus économes en eau et en pesticides)
L’essentiel de ses propositions repose sur une imposition
dissuasive des énergies fossiles et sur la planification
d’un nouveau type de développement.
Il ne s'agit plus de limiter les volumes des rejets de CO2
organisant un marché des quotas d’émission
comme dans Kyoto. Il s'agit d'instituer une taxation progréssive
et dissuasive du carbone. Et ce dit-il, afin d’anticiper
un ajustement qui se fera de par lui-même mais qui
risque d’être brutal car «le marché
ne peut guère garantir une croissance régulière
des prix». Laissons aux économistes le soin
d’expliquer à M. Hulot qu’une taxe sur
la consommation (comme la TIPP) n’a guère d’effet
sur la régulation des prix à la production.
Cette approche ne résiste pas à l’examen.
Si comme le dit M. Hulot la «production de pétrole
culminera aux alentours de 2020 pour inexorablement décliner
ensuite» et «la consommation de combustibles
fossiles voit toutes ses réserves connues, épuisées
en cinquante ans et toutes ses réserves supposées
en un siècle», cela signifie que sur les marchés,
les signaux des prix incorporeront très vite ces
raretés à venir. Et déjà se
profilent les solutions alternatives. Il est évident
que si en matière de communication, on en était
resté à la technique des fils de cuivre, nos
réserves de cuivre seraient épuisées
depuis bien longtemps! Aux solutions malthusiennes du rationnement,
de la contrition et de la restriction mieux vaut choisir
le progrès et la croissance écologique.
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Le
credo libéral de Nicolas Sarkozy
«Je
suis libéral» affirme Nicolas Sarkozy
dans le Figaro du 31/01/07, «mais je refuse
la caricature du libéralisme. J’ai
dit que le capitalisme doit respecter une éthique.
Je ne transigerai pas là-dessus. Que les
chefs d’entreprises aient des gros salaires,
c’est normal car c’est la contrepartie
d’un risque. Mais les «golden parachute»
me choquent. Je crois que c’est le travail
qui crée le travail. Je veux autoriser les
gens à s’affranchir des 35 heures,
à cumuler retraite et travail à temps
partiel. Je veux que les patrimoines s’investissent
en France, je veux qu’on développe
le capitalisme familial, par exemple en défiscalisant
la cotisation à l’ISF de ceux qui investiront
dans les petites entreprises. Tout cela n’est-il
pas libéral?».
Lire
l'article
Voter
la grève : une fausse bonne idée !
Dans
le même
article Nicolas Sarkozy dit vouloir instaurer
un service minimum dans les services publics. Fort
bien ! Mais il renouvelle hélas sa proposition
de légitimer le droit de grève par
un vote majoritaire. Avec pour argument «
Le vote n’empêche pas ceux qui veulent
faire grève de le faire. Mais s’il
y a 51% de gens qui refusent la grève, on
ne pourra pas les empêcher de travailler.»
Cela semble signifier qu’ à contrario,
si 51% votent la grève les autres seront
empêchés de travailler ! Faut-il rappeler
à M. Sarkozy que nous vivons dans un Etat
de Droit, dans lequel l’Etat et la Justice
se doivent d’assurer la liberté du
travail. Le droit de grève, c’est le
droit d’arrêter son travail pas celui
d’empêcher le travail des autres. La
question qui se pose n’est donc pas de tenter
de légitimer ou de délégitimer
une grève par un vote mais d’associer
à la fois le respect du droit de grève
et de lutter contre ses abus pour assurer la continuité
du travail.
Même si cette proposition a été
nuancée par son porte parole X. Bertrand
qui limite l’usage de ce vote à bulletin
secret" dans les entreprises en charge d'un
service public, dans les universités et les
administrations » il est absurde de dire que
dans ces secteurs « la grève se poursuivra
si une majorité» y est favorable »
D’abord parce que le droit de grève
est un droit constitutionnellement, un droit individuel
qui s’exerce d’une façon collective
et qui ne requiert pas l’adhésion d’une
majorité ; ensuite parce qu’une telle
proposition est contradictoire avec le service minimum,
enfin parce que 60% d’étudiants qui
décident une grève ne sauraient avoir
le droit d’empêcher les 40% autres d’étudier
!
Leçon
d’anglais
Après
la visite de Nicolas Sarkozy à Londres, le
Cercle d’Outre-Manche, think tank rassemblant
des Français expatriés dans la capitale
anglaise, a publié une tribune dans le Financial
Times dans laquelle on peut lire : « Avec
2,5 M de moins d’habitants, la Grande-Bretagne
génère un PIB de 76 milliards d’euros
de plus que la France. C’est l’équivalent
de 2.400 € par tête. Il y a 25 ans, le
PIB anglais par tête était de 75% inférieur
au français. C’est pourquoi, il est
important pour la France de se comparer à
la Grande-Bretagne.» |
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Pourquoi je ne signerai pas le pacte de Nicolas Hulot,
A
lire la position d' Edouard Fillias
A cette taxe progressive sur le carbone, Nicolas Hulot ajoute - comme
l’ont déjà proposé Nicolas Sarkozy et Dominique
de Villepin - , une taxe sur les importations des produits en provenance
des pays non-signataires du protocole de Kyoto. Bien entendu, quoiqu'en
disent les « experts » de M.Hulot, une telle taxe est
contraire aux règles de l’OMC.
C’est la raison d’ailleurs pour laquelle le Pacte propose
rien de moins que remettre en cause l’OMC sans doute pour la
soumettre à une nouvelle gouvernance mondiale environnementale
dans le cadre de l’ONU. La tâche ne sera pas aisée,
d’autant que les PVD s’opposent déjà à
cet «impérialisme
vert».
On voit d’ailleurs mal aussi comment on pourrait appliquer une
telle taxation à des produits qui sont le résultat d’assemblages
complexes de plusieurs milliers d’éléments d’origines
diverses dans une division du travail toujours plus grande.
Enfin répétons-le, dire que l’on fera payer des
produits importés en provenance des pays coupables de ne pas
respecter les mêmes normes environnementales que nous, c’est
faire payer en réalité les consommateurs de ce produit.
En bref, si les Chinois polluent les Français paieront! Gageons
cependant que nombreux sont les politiques qui regardent avec les
yeux de Chimène la nouvelle manne fiscale promise par M. Hulot.
Mais au-delà de cet examen critique des fondamentaux du messianisme
de M. Hulot, il n’est pas inintéressant d’examiner
les conséquences pratiques sur la vie quotidienne des Français
du chèque en vert signé par nos candidats.
- La carte grise ne serait plus délivrée pour des autos
pouvant dépasser la vitesse maximale autorisée, ramenée
à 120 km/h.
- La vignette serait rétablie à un niveau beaucoup plus
élevé.
- Le prix de l’essence passerait progressivement à 2,9€/litre
(sur une base de prix 2007). Les possibilités de parking et
de stationnement au centre-ville seront réduites. .
- Le transport aérien serait renchéri de même
que le transport routier afin d’encourager le rail et les «
transports doux »
- La concentration urbaine sera encouragée pour éviter
les déplacements.
- Un moratoire sera décrété sur tous les projets
d’aménagement, de construction et d’infrastructure.
Nos factures d'électricité et de gaz feront un grand
bond en avant.
- L’agriculture de proximité sera encouragée avec
circuit court obligatoire pour la restauration collective.
- Pour faire passer toutes ces restrictions une sorte de « catéchisme
écologique » serait rendu obligatoire dans les écoles.
L’hebdomadaire Marianne a interrogé avec bienveillance
les experts qui entourent Nicolas Hulot pour traduire concrètement
le Pacte écologique. En voici le résultat : "en
2022 la fiscalité de CO2 atteint l'équivalent de 400
€ la tonne. Le prix de l'essence a plus que doublé, il
s'élève à 2,90 €. Mais les autres produits,
qui ont, lors de leur élaboration, consommé de l’énergie,
ont vu leurs prix s'envoler. Ainsi , le kilo de viande de bœuf
coûte 12 € de plus qu'en 2006, soit un surplus de 1,20
€ pour le moindre steak haché de 100g". Ou encore
pour l'habitat : "de petits centres urbains ont vu le jour: densifier
au lieu d'étaler. Afin de limiter les déplacements domicile-travail-loisirs-ravitaillement,
la petite ville a été conçue autour de l'entreprise.
Le rêve de devenir propriétaire s'est éloigné,
la location étant devenue la règle." Enfin, pour
le transport: "aucune carte grise ne doit être délivrée
à des véhicules qui peuvent dépasser les limites
de vitesse, qui d'ailleurs seront abaissées de 10km/h."
Il serait intéressant pour la démocratie que les dix
candidats qui ont sollicité le label de M. Hulot veuillent
bien dire à leurs électeurs si tel est bien leur programme
! Et si ce n’était pas le cas, qu’ils veulent bien
dire aussi à M. Hulot que selon la formule consacrée
: « Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent...»
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