La Lettre du 02 mars 2007

Détaxer le travail disent-ils…
Détaxer le travail disent-ils… Le travail n’est pas taxé ! Les salariés paient des cotisations d’assurance qui ont une contrepartie de prestations. Rompre ce lien serait dangereux.

Cela semble entendu pour tous les principaux candidats à l’élection présidentielle, il faut détaxer le travail, alléger les charges.

La proposition est d’autant plus attractive qu’elle peut se vendre plusieurs fois. Aux entreprises d’abord, en leur faisant miroiter un abaissement du coût du travail, aux salariés ensuite en leur ouvrant la perspective d’une augmentation des salaires ; à l’opinion enfin, en lui faisant croire qu’il y aurait là une nouvelle source de recettes permettant à la fois de vaincre nos déficits et de faire face à l’augmentation des dépenses. Le flou des promesses des candidats permet d’utiliser tour à tour ces arguments.

Mais les mots mêmes d’« allègements de charges » ou de « détaxation du travail » sont trompeurs.

En fait d’allègements, ce que l’on propose est un transfert de charges.La prétendue détaxation du travail repose sur un jeu de chaises musicales entre différents impôts, contributions et cotisations. On propose d’en augmenter certains, jugés moins nocifs et plus vertueux, pour en diminuer d’autres. Avec souvent en ligne de mire, deux propositions : une TVA sociale qui permettrait de faire payer les produits importés, une taxation écologique pour faire payer la pollution. Nous ne reviendrons pas sur la dénonciation que nous avons souvent faite de ces deux fausses bonnes idées pour nous contenter de rappeler que seules des personnes paient des impôts. Dire que l’on taxe les produits importés, c’est dire que l’on va taxer les consommateurs de ces produits. Dire que l’on va taxer la pollution c’est dire encore que l’on fera payer le consommateur à commencer par l’automobiliste.

Quant aux concepts de « charges sociales »ou de « taxation du travail », ils méritent eux aussi d’être démontés.

D’abord parce que les « charges sociales » qui sont censées peser sur les entreprises, font partie du coût global du travail. Les comparaisons de charges patronales souvent avancées par le MEDEF pour prouver la surcharge des entreprises françaises n’ont guère de sens. Seul compte économiquement pour l’entreprise le coût total du travail. Or à niveau de développement économique et social comparable, les chiffres montrent que les pays où les cotisations patronales sont les plus fortes sont aussi ceux où les salaires sont les plus faibles et qu’inversement dans les pays où les cotisations sont faibles les salaires bruts sont plus élevés. Ce n’est que logique. Ainsi si au Danemark les cotisations sociales ont été largement transférées sur la TVA (25%), cette augmentation des coûts a été tout naturellement compensée par des salaires plus élevés. Le coût du travail est donc largement comparable et nous ne sommes pas envahis de produits danois devenus moins chers.
Cette fiction des charges patronales conduit à de multiples exonérations pour encourager à travailler moins (les 35 heures), à embaucher chez certaines catégories plutôt que d’autres, ou compenser les hausses politiques artificielles du SMIC. Si certaines promesses électorales sont tenues, d’autres exonérations fiscales et sociales, relatives aux heures supplémentaires leur feront pendant pour encourager cette fois à travailler plus. Merveilleuse logique des politiciens français, prêts à subventionner tout et son contraire.
Une approche plus conforme à la réalité économique conduirait à supprimer la fiction de «charges patronales» par une «feuille de paie vérité», rendant visible le salaire complet. Pour un salaire brut de 100 donnant lieu à 20 de cotisations salariales et 40 de cotisations patronales, passons à 140 de salaire super- brut donnant lieu à 60 de cotisations (exclusivement salariales). Le coût du travail ne changera pas, le salaire net non plus et les ressources des organismes sociaux pas davantage.

Ensuite parce que les «charges sociales» sont en réalité des «cotisations sociales» à des «assurances sociales» obligatoires ouvrant droit à des prestations (maladie, chômage, retraites…). Elles constituent dans la tradition sociale française un « salaire différé » et non un impôt ; un achat de couverture maladie ou de prestations de retraites. On pourrait d’ailleurs imaginer que le salaire complet soit versé aux salariés qui paieraient directement leurs cotisations à des régimes d’assurances maladies ou de prévoyance retraites, tenues par un cahier des charges assurant la péréquation nationale.
Sortir de la logique des cotisations sociales n’est pas sans risques. S’en remettre à l’impôt, c’est considérer que votre couverture sociale n’est plus payée par vous, mais par le lointain et nébuleux budget de l’Etat. C’est distendre un peu plus le lien entre les sommes que l’on paie et les services d’assurance et de prévoyance que l’on consomme. Ceux-ci vous sont dus par l’Etat. Quand aux services payés par vous, se substituent des services payés par les autres, l’esprit de responsabilité (à l’origine de nos mutuelles et de nos assurances sociales), ne peut que se détendre. L’esprit de revendication se voit encouragé.
Cette étatisation de notre système d’assurances sociales repose sur l’idée qu’en matière d’assurance maladie la base professionnelle des cotisations ne peut suffire à assurer la solidarité, compte tenu du nombre élevé de personnes non couvertes par des cotisations que l’assurance maladie doit prendre en charge.
Le MEDEF d’ailleurs, ne manque plus une occasion de dire que l’assurance maladie relève de la solidarité nationale et, à ce titre, d’un financement fiscal, sans bien réaliser qu’il participe ainsi au mouvement d’achèvement de l’étatisation de notre système d’assurance maladie.
Or, s’il est raisonnable de distinguer la solidarité nationale payée par l’impôt, de l’assurance ou de la prévoyance payées par des cotisations, on se doit alors d’ attribuer à la solidarité le régime des prestations familiales (on ne s’assure pas contre le «risque» d’avoir des enfants !), les prestations liées aux handicaps, le financement compensatoire de ce que l’on a longtemps appelé les «charges indues» des couvertures de certaines catégories de non cotisants imposés par l’Etat au régime d’assurance maladie. La CSG constitue la base naturelle de financement de cette solidarité nationale.
Les cotisations d’accidents du travail se doivent d’être à la charge de l’entreprise responsable de la sécurité du travail.
L’assurance maladie et la préparation de la retraite devant rester financées par des cotisations clairement payées par les personnes disposant d’un travail.

Nous vivons hélas dans un monde de faux semblants où, à force de faire mentir les mots (détaxer le travail, faire payer la pollution ou les produits importés….), on perd le sens des réalités.

Alain Madelin

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Au banc d’essai des libéraux
Le programme économique de François Bayrou

Une première analyse du discours de François Bayrou à laquelle vous pourrez ajouter vos propres commentaires.



SBA à la française ?
Pour les ministres en charge des PME ou les candidats aux présidentielles en mal de programme, la Small Business Administration (S.B.A) créée il y a plus de cinquante ans aux Etats-Unis reste une précieuse source d’inspiration. Il est vrai que le mot «administration» marié à la libre entreprise a de quoi séduire notre tempérament national. Au risque de chagriner les candidats qui viennent de découvrir cette idée neuve, la S.B.A est le vestige d’une époque révolue et un exemple guère transposable en France. La S.B.A est liée à un programme de développement du capital-risque que les Américains ont arrêté en novembre 2004, car aujourd’hui capital-risque et capital-investissement sont devenus une véritable industrie financière (le chaînon manquant en France est celui du statut fiscal des business-angels). L’autre grande politique menée par la S.B.A, celle que François Bayrou voudrait importer en France avec « un S.B.A à la française », c’est un accès réservé aux marchés publics de 30% (il est de 23% aux USA). La proposition à de quoi séduire. Elle se heurte cependant aux chiffres publiés par l’Observatoire économique de l’achat public installé par Thierry Breton, qui montre que sur la totalité des commandes issues du secteur public, les PME récoltent 49% des montants 73% des marchés attribués). Et si l’on exclut les PME filiales de grands groupes, elles récoltent 36% des montants (64% des marchés). On ne peut pas tout savoir… Beaucoup de bruit pour rien !


Les «nègres» dans la campagne
Relevée dans le Figaro, la chronique de Stéphane Denis : «Ce n’est plus une campagne, c’est un panier percé. Même les nègres s’expriment. (…) Le nègre 2007, si j’en crois celui de l’UMP, qui n’a su résister ni au portrait ni à l’interview n’est plus un nègre. D’abord il récuse le mot, il méprise la plume dont je lui accorde qu’elle fait un peu vieillot. Il se veut conseiller. Il complète, il concepte, il élabore de la pensée en la traitant d’égal à égal avec le candidat. Avoir des idées serait insuffisant : sa présence est un gage. Commentant son œuvre, il se cite, s’analyse, se pèse, veille à la concurrence et proteste quand un coucou s’introduit dans sa chose ; on sent l’auteur. C’est la première élection où les candidats ne font même pas semblant de savoir lire et écrire.»


Un libéral pessimiste
Dans «Volatilité électorale», notre ami Jacques Garello explique son pessimisme : «Comment s’y retrouver dans un tel brouillard électoral ? Faute d’un programme complet et cohérent, inscrit dans un projet de société original, les électeurs risquent d’émettre une fois de plus un vote négatif, ou un vote passionnel ou pas de vote du tout.»
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Droits de succesion
Dans la Tribune, Pascal Salin dénonce, au nom de l’éthique, les droits de succession. «Comment, en effet, justifier un prélèvement, qui reste élevé, sur un mort au seul motif qu’il a su se constituer ou entretenir dans sa vie passée un capital ? Cela remet en cause la légitimité de la propriété du capital et par conséquent la liberté du propriétaire de donner la destination qu’il souhaite à ce capital après sa mort.»
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Réforme de l'Etat : une méthode libérale
Dans «La fin des privilèges», les économistes Jacques Delpla et Charles Wyplosz, redécouvrent près de 30 ans après la présence de Margaret Thatcher (1979/1990) au 10, Downing Street, les recettes libérales pour réformer l’Etat.
Les auteurs ne dénoncent pas seulement les avantages acquis devenus indus, qui empêchent la création d’emplois, ils donnent la méthode socialement juste et politiquement acceptable, pour sortir de cette situation : indemniser ceux qui bénéficient des rentes de situation que l’on veut éliminer. Une méthode que les libéraux ont développée depuis belle lurette.
Voir aussi "méthode pour réformer l'Etat" et notre dossier "réforme de l'Etat"

Leçon italienne
Relevé dans le Monde, «Du Chianti pour la croissance» d’Eric le Boucher. L’auteur y analyse la récente crise politique et compare les objectifs italiens aux propositions économiques de la présidentielle française. «Objectivement, l'Italie est plus mal en point que la France, mais les ressemblances sont grandes. Tout se résume dans notre similaire croissance chétive, l'Italie nous ayant rattrapés en 2006 avec 2 %.
Romano Prodi a lancé un vaste programme pour changer le visage de l'Italie en cinq ans. Rigueur budgétaire, mutation de l'administration, libéralisation, réformes des retraites, de la "sécu", développement de la recherche et de l'éducation, investissements massifs au Mezzogiorno, etc. Le chef du gouvernement a avancé avec difficultés à cause de la politique, mais il a avancé.
Que dit-il ? La croissance, la croissance, la croissance. L'Italie sera coulée, si elle ne parvient pas à redynamiser son économie. Au regard de nos prétendants nationaux qui ne parlent que de social et dont la stratégie économique est peu claire, le discours italien souligne l'avantage de se choisir un chef de gouvernement qui touche sa bille en économie.»

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Vive l'impôt ?
Dans un article intitulé «Pourquoi nous devons changer l’impôt», publié par les Echos, Pierre Garello et Emmanuel Martin répondent à l’initiative du site Internet du mensuel « Alternatives Economiques » qui fait signer une pétition en faveur de l’impôt (voir «Vivement les baisse d’impôts»). «Les pays les plus imposés sont aussi les moins performants en matière de croissance économique» plaident-ils. Et de proposer une "démocratisation fiscale" à travers un «système compréhensible où les pouvoirs de dépenser les deniers publics et de lever l’impôt sont liés de telle sorte que le citoyen puisse contrôler l’usage qui est fait des sommes prélevées sur ses revenus.»
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Toujours à propos de cet appel lancé par «Alternatives économiques». Ricardo Uztarroz écrit dans Libération que les pétitionnaires oublient que la fiscalité ne vise pas à financer la protection sociale. «On ne consent pas à l'impôt, on le paie », écrit-il, en rappelant l’histoire de l’impôt en France et les objectifs économiques qui ont présidé à sa création. Il conclut que la gauche «en crise d’identité » fait maintenant de l’impôt « son nouveau credo rédempteur»
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