La Lettre du 2 juin 2006

Le retour
du père Noël
Le Parti socialiste rajeunit. Son programme retrouve tous les accents de la rupture avec le capitalisme : dépenses publiques, impôts, interventionnisme économique.

Le parti socialiste vient de publier son programme pour 2007. Ce qui frappe au premier abord, c’est un formidable retour en arrière vers les solutions dirigistes et la dépense publique dans une France qui étouffe sous la réglementation et ne sait déjà plus comment faire face au défi du remboursement de ses dettes. Nous avions déjà souligné à l’occasion des travaux préparatoires de ce programme cette volonté de rupture avec le libéralisme (voir : «Le socialisme de la terre plate») qui est en fait une rupture avec l’économie et le monde réel.

Le résultat c’est, une étonnante panoplie de mesures qui, si elles devaient être appliquées, conduiraient à un isolement de notre pays et à une régression sans précédent de notre économie.

Florilège de quelques mesures phares :
- Augmenter la progressivité de l’impôt par la fusion de l’impôt sur le revenu et la CSG (dans le cadre d’une option d’un niveau de prélèvement obligatoire élevé) !
- Remise en cause des baisses d’impôts sur le revenu et l’ISF et création d’un impôt européen !
- Calculer l’impôt sur les sociétés en tenant compte de la proportion de CDI !
- Retour de la politique industrielle et des investissements publics (dans des entreprises innovantes qui prennent en compte des missions de service public) !
- Limitation du coût du loyer à 25% du revenu des ménages locataires ! (sympathique mais le plus sûr moyen de créer une pénurie de logements)
- Renforcer les services publics et re-nationaliser à 100% EDF et GDF et créer de nouveaux services publics ( petite enfance, service bancaire de base, eau...) !
- Réformer les autorités de régulation de la concurrence (comprenez restreindre la concurrence) en incluant des élus, des syndicats...
- Relance de la consommation par le relèvement des prestations sociales !
- SMIC à 1500 euros pour 2012 !

Au total les socialistes se sont très certainement fait plaisir en rédigeant, sans se soucier des coûts de leurs promesses et des effets pervers, une longue lettre au père Noël. Malheureusement il n’est pas sûr que le père Noël existe.

Certes dira-t-on, il ne s’agit que d’un programme. Discutant, il y a quelques jours avec un imminent dirigeant du parti socialiste, dont je tairais le nom – pour que ses relations et ses propos coupables ne soient pas instruits à charge contre lui –lui faisant remarquer le caractère quelque peu régressif de telles propositions – ce dont il convenait volontiers – il me confiait que tout ceci n’était qu'une base destinée à être amendée. Il ajoutait surtout qu’une fois le ou la candidate désignée pour les présidentielles, si celui-ci ou celle-ci bien entendu affirmait qu’un tel programme constituait une base utile et indispensable pour une campagne, il ou elle aurait bien entendu à cœur de faire des propositions plus réalistes.

Curieuse approche tout de même que celle qui consiste à préparer une échéance aussi importante par des propositions aussi démagogiques.

Il n’en reste pas moins que la star des sondages du PS, Ségolène Royal, fait entendre une musique différente. Ses propos sur la famille, la délinquance, les vertus qu’elle prête à la politique de Tony Blair, lui donne une image davantage tournée vers le centre gauche que l’extrême gauche. A y regarder de plus près sans doute découvrirait-on une Ségolène Royal plus socialiste qu’elle ne le parait aujourd’hui, mais peu importe, puisque dans le climat de scepticisme des Français aujourd’hui vis à vis de la classe politique le jeu des apparences prend le dessus.

La percée de Ségolène Royal – et c’est son intérêt – bouleverse profondément le paysage de gauche.

Au lendemain de la victoire du non au référendum on pouvait craindre que le PS ne choisisse de donner un vigoureux coup de barre à gauche. Le succès de Ségolène Royal – du moins dans les sondages – montre que tout au contraire les chances de victoire des socialistes se situent plutôt au centre gauche.
Ceci rend certes, la compétition plus difficile pour la droite mais dans le même temps ceci devrait encourager cette dernière à faire des choix plus franchement libéraux

Alain Madelin

Les AUTRES EDITORIAUX

>> LE CHIFFRE >> CITATION

39
jours par an

Il s’agit de la moyenne annuelle des congés pris par les Français (31 jours de congés payés et 8 jours de RTT) qui sont de loin « les champions du monde des vacances », comparée aux Allemands (27 jours), les Britanniques (24 jours), les Canadiens (19 jours), les Australiens (17 jours) et les Américains (14 jours). Toutefois pour bénéficier en France du nombre maximal de jours de vacances mieux vaut être un homme salarié à plein temps. A l’inverse, les salariés indépendants ne prennent en moyenne que 18 jours de vacances par an.

"La plupart
des hommes apprennent
de leurs erreurs.
Les hommes intelligents apprennent
des erreurs
des autres
"
Anatole Kaletsky

"Une erreur
ne devient
une faute
que si l'on refuse
de la corriger.
"
J.F Kennedy


 

Financer autrement la protection sociale ?
Comment baisser le coût du travail en baissant les charges sociales ? Cette idée est au cœur des programmes présidentiels de gauche comme de droite. Les libéraux ont déjà expliqué qu’il n’existait pas, hélas, d’alchimie fiscale miraculeuse ( voir : « TVA sociale : le retour des alchimistes ») et que les baisses de charges sociales souvent annoncées ne sont en réalité que des transferts sans véritable effet positif et même porteurs d’effets pervers.
On se souvient du Président de la République qui avait proposé de transférer les cotisations patronales vers la valeur ajoutée des entreprises. Le groupe de travail commun entre Bercy et le ministère des Affaires sociales vient de rendre un rapport très négatif.

Beaucoup plus intéressant, on lira le rapport de notre ami Jacques Bichot «Comment financer la protection sociale» publié par l’Institut Montaigne qui reprend notamment quelques points chers aux libéraux comme :
- Séparer assurance et redistribution
- Contingenter ce qui peut et doit l’être : les cotisations vieillesse
- Vers un financement « assurantiel » des assurances sociales
- Fusionner la CSG et l’impôt sur le revenu

L’Agenda 2012 : 37 propositions pour une meilleure maîtrise de la dépense publique
Pour mettre un terme à la dérive de nos finances publiques, l’Observatoire de la Dépense publique de l’Institut de l’entreprise propose trente-sept pistes d’économies.
Une boite à outils dans laquelle tous les responsables politiques sont invités à puiser pour donner corps à une stratégie de maîtrise de la dépense publique.
Un rapport lancé par l’Institut de l’entreprise. Site de mobilisation de l’opinion publique autour des enjeux économiques et sociaux au cœur de l’élection présidentielle de 2007.
Vos commentaires et réflexions sur ce rapport nous intéressent

En 2007, les libéraux devront choisir. Aujourd’hui l’heure n’est pas au choix des personnes, elle est à l’élaboration et au choix des programmes.
En toute liberté, les libéraux entendent présenter leurs idées, leurs propositions et les placer au cœur du débat politique. Le site «libéraux2007» (en construction) présente d’ores et déjà les premiers éléments qui vont nous permettre de construire ensemble un programme de réflexion.



La 2ème Rencontre de « Réforme & Modernité »

aura lieu le Mardi 6 juin de 18h30 à 21 h 00, Salle Victor Hugo à l’Assemblée Nationale, 101 rue de l’Université – 75007 Paris
et sera consacrée au thème : «Après la crise, la confiance ?»
Contact / pré-inscriptions : reformeetmodernite@yahoo.fr

La directive services : libéralisation zéro
A lire dans le Figaro l’article de Drieu Godefridi, Directeur de l'institut Hayek, qui soulève les problèmes engendrés par l’adoption d’une version allégée de la directive Bolkestein, qui juridiquement n’apporte rien. Or, «le problème, rappelons-le, est que les services représentent 70% de l'économie européenne. En ne les libéralisant pas, l'UE reste en deçà de l'objectif des traités fondateurs de 1957 : il n'y a pas de marché commun européen. Depuis dix ans, l'intégration économique européenne recule. Ce qu'ont en définitive enterré les élites politiques européennes le 30 mai 2006, c'est l'essence même du projet européen.»
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A LIRE
Tocqueville retrouvé Genèse et enjeux du renouveau tocquevillien français
de Serge Audier,
Librairie Philosophique
C’est une révolte ? Non, Sire, c’est une révolution
de Charles Gave,
Bourin Editeur
«Tocqueville retrouvé» après une longue période d’oubli, s’est imposé comme une référence centrale dans la pensée française contemporaine. L’enquête de Serge Audier se concentre sur l’analyse rigoureuse des différentes lectures de Tocqueville en France et s’inscrit dans le cadre d’une histoire des interprétations. Loin de se réduire à un discours idéologique le «renouveau Tocquevillien» permet de poursuivre le débat, encore inachevé, sur le sens de la modernité et le statut de l’individu à l’âge démocratique.
A lire l’essai extrêmement brillant de Charles Gave, économiste et financier international, qui nous annonce des temps révolutionnaires. Nous sommes entrés, depuis un certain temps déjà, dans la troisième grande révolution technologique que l’humanité ait connue. Cette révolution qui touche l’infrastructure économique va nous amener vers des modèles politiques beaucoup plus démocratiques, car beaucoup plus décentralisés. L’auteur ne nous livre pas une vision pessimiste de l’avenir. Charles Gave est confiant car la France a d’incroyables atouts. Nous allons vivre des temps remplis d’opportunités mais il faudra «libérer la France de son Etat et de la tyrannie qu’exerce sa fonction publique, couper les cordes qui la retiennent et laisser Gulliver se relever».

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