Le
grand retour
de l’Etat
dans l’Economie
Le mariage Suez - GDF et les mesures
annoncées pour « protéger » les
sociétés françaises signent un retour
dangereux et malsain de l’économie mixte.
C’est
une belle victoire patriotique
que le gouvernement vient de remporter sur le front de la
guerre économique.
Ainsi l’offensive ennemie de l’Italien Enel
(et de ses obscurs alliés français) vient
d’être contrecarrée dans une manœuvre
éclair où le Premier ministre Dominique de
Villepin joue avec panache le rôle de «chevalier
blanc».
Si cette fusion Suez-GDF a assurément un sens économique,
elle pose immédiatement la question de la nature
de la nouvelle entreprise née de ce mariage mixte:
privatisation de Gaz de France ou nationalisation de Suez
?
Pour
réaliser cette opération le gouvernement
devra faire voter d’urgence une nouvelle loi pour
défaire la toute récente loi Raffarin-Sarkozy
du 9 août 2004. Pour transformer EDF et GDF en société
anonyme - et faire plaisir à une CGT qui n’en
demandait pas tant - l’Etat s’était alors
engagé à maintenir une participation d’au
moins 70% dans ces sociétés. Il s’agit
donc indiscutablement d’une privatisation partielle
de GDF.
Mais cette opération verra également une grande
entreprise privatisée en 1987 - Suez - se fondre
dans un ensemble où l’Etat français
sera le premier actionnaire avec au moins 34% du capital.
Et dans laquelle, le Premier ministre assure que l’Etat
exercera «un contrôle fort sur les décisions
stratégiques du nouvel ensemble». C’est
donc tout aussi indiscutablement une nationalisation partielle.
Après
le socialisme du « ni-ni » ( «
ni » nationalisations, «ni» privatisations)
voici que la droite invente la politique du « mi-mi
» : «mi» privatisation, «mi»
nationalisation.
Il y a peu de temps Dominique Strauss Kahn proposait de
protéger les grandes entreprises françaises
par des «nationalisations temporaires». Ce qui
apparaissait alors comme une régression socialiste
devient aujourd’hui politique gouvernementale.
Ce
grand retour de l’Etat dans la vie des entreprises
est une double erreur.
D’abord parce qu’à l’heure de l’Europe
et des économies ouvertes, il constitue le symptôme
d’une fièvre protectionniste dangereuse et
contagieuse. Il nourrit et se nourrit des peurs qui fabriquent
une France anxiogène : peur du plombier polonais,
peur du milliardaire indien, peur de l’agresseur transalpin...
Au nom d’une rhétorique guerrière et
derrière les plis du drapeau du patriotisme économique,
le gouvernement déploie ses armes de protection massive.
C’est le grand retour de l’Etat actionnaire,
via la mobilisation de la Caisse des Dépôts
chargée de constituer des noyaux durs patriotiques
dans les grandes entreprises françaises.
C’est le décret anti-OPA visant à protéger
des secteurs d’activités «stratégiques»
dans une conception semble-t-il bien trop large au regard
du droit européen et contestée par le commissaire
européen au marché intérieur. C’est
encore l’amendement anti-OPA inspiré du dispositif
américain des «pilules empoisonnées»
aujourd’hui en perte de vitesse compte tenu de leur
effet dépressif sur les cours de bourse.
Autrement
dit, dans la guerre économique les OPA sont
une arme au service des entreprises françaises quand
elles permettent à Saint Gobain de s’emparer
du britannique BPB ou à Arcelor de s’emparer
du canadien Dofasco... Mais elles doivent être vigoureusement
combattues quand elles s’exercent sur une entreprise
française (ou chère à la France comme
Arcelor, ne serait ce qu’en raison de la facture payée
par les contribuables).
L’énergie est un secteur national stratégique
en France mais il est normal qu’EDF - entreprise d’Etat-
soit numéro 1 en Grande-Bretagne, numéro 2
en Italie, numéro 3 en Allemagne !
Ce
retour de l’Etat dans la vie des entreprises
est aussi et surtout profondément malsain. Il institue
une connivence de fait entre dirigeants politiques et dirigeants
économiques. Qui ne voit le conflit d’intérêts
que représente un Etat à la fois entrepreneur
et régulateur ? Qui peut encore croire que l’intelligence
économique de l’Etat est supérieure
à celle des acteurs économiques ?
Lorsque les décisions ne se prennent plus sur les
marchés financiers, elles se nouent dans un obscur
marché politique dans lequel les beaux mots de «patriotisme
économique», «politique industrielle»
ou de «champion national ou champion européen»
servent moins à protéger les salariés
ou les intérêts vitaux du pays qu’à
rendre service à certains dirigeants dans de petits
arrangements entre amis.
Pour
retrouver la croissance en France et dans la zone
euro nous avons besoin de davantage de concurrence, non
de moins. Nous devons faire reculer -et non progresser-
l’ingérence de l’Etat dans l’économie.
Le vrai «patriotisme économique» ne consiste
pas à construire d’éphémères
lignes Maginot mais à bâtir un environnement
fiscal, social, concurrentiel et réglementaire compétitif
pour toutes nos entreprises.
Nous
n’avons pas à vivre dans la crainte
de quelques OPA étrangères. Ce qui menace
plus sûrement la France c’est cette OPA de l’Etat
sur la vie économique. Et, le fait que tous semblent
s’en accommoder 
Alain
Madelin
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Coup
de froid sur les statistiques de l’emploi
Les
mauvais chiffres du chômage en janvier (+ 0,7%) annoncent-t-ils
que le gouvernement est en train de perdre la bataille de l’emploi
alors qu’il affirme «être en train de la gagner»
?
En
réalité pour gagner cette bataille le gouvernement
compte moins sur la progression de la création d’emplois
que sur le recul statistique du chômage. Recul lié
à la multiplication des emplois aidés, aux radiations
après contrôle des personnes qui ne sont pas vraiment
à la recherche d’un emploi (largement compensé
ces derniers temps par une inscription massive à l’ANPE
de jeunes venus de zones sensibles) .
Sans
doute escompte-t-il aussi bénéficier de l’effet
d’aubaine d’une diminution du chômage sous le
double effet démographique des départs à la
retraite et des diminutions du nombre de personnes actives. Nous
avons déjà dit, dans cette
lettre, pourquoi cet argument démographique était
des plus contestable.
La
lutte contre le chômage ne passe ni par la division du travail
(le partage des 35 h.), ni par le déplacement des emplois
(au moyen de nouveaux contrats aidés), ni par la soustraction
de personnes actives mais par la création d'emplois et la
croissance.

>> HUMEUR :Un
récent rapport nous apprend que les entreprises françaises
bénéficient de quelques 2 550 aides publiques diverses
et variées accordées par l’Europe, L’Etat
et les collectivités territoriales. Au point que l’on
a même créé des logiciels pour permettre aux
entreprises de tailler leur chemin dans ce maquis des aides publiques!.
Il ne se passe pas de semaine sans que l’imagination au pouvoir
n’ajoute de nouvelles aides à cet arsenal...
On attend que le patronat dit «
libéral » propose de supprimer l’essentiel de
ces aides.

| >>
LE CHIFFRE |
>>
LA CITATION |
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C’est
le nombre de salariés rémunérés
sur la base du SMIC en 2005. Un record, puisqu’il s’agit
du plus haut niveau enregistré depuis 20 ans, selon une
étude récemment publiée par le ministère
de l’Emploi. Cette hausse s’expliquerait principalement
par l’augmentation du SMIC horaire pour la troisième
année consécutive : + 5,5% par an en moyenne entre
2003 et 2005. |
"Un Etat
sans les moyens de changer
se prive des moyens
de se conserver"
"Un
Etat
qui n'a pas les moyens d'effectuer des changements
n'a pas les moyens
de se maintenir"
Edmund Burke |
La
fausse piste du contrat unique (suite)
Nous
avions déjà dénoncé dans cette
lettre la fausse piste du contrat unique de travail, explorée
tant par l’UMP que le gouvernement . Dans un éditorial
de l’hebdomadaire Challenge Raymond Soubie,
expert social bien connu, pose quelques bonnes questions «Ne
serait-il pas contraire à ce principe général
de notre droit que plusieurs sortes de contrats puissent co-exister
en matière de droit du travail, comme en tout autre domaine
? A-t-on regardé si ce contrat existait ailleurs et quels
étaient ses effets ? Pas réellement ». Pour
lui « experts et politiques mettent trop souvent en avant
des idées apparemment plus ambitieuses et séduisantes
– par exemple, le contrat unique dont il est loin d’être
certain qu’il réglerait les principaux problèmes».
Conclusion désabusée «Il arrive souvent en France
que les théories et propositions précèdent
la réflexion».
Vu,
lu entendu CPE (suite)
«Dés l’annonce du CPE, nous
avions eu l’occasion de dire ici même qu’en filtrant
les statistiques on s’aperçoit que les actifs qui souffrent
le plus du chômage sont d’abord les femmes avant les
jeunes en général. Pour autant, personne, n’oserait
concocter un CPE réservé aux femmes. Alors pourquoi
les moins de 26 ans ?» remarque Jean-Louis Gombeaud
dans un article du Figaro.
Environnement
Les Cercles libéraux continuent de réagir
vigoureusement sur les conclusions de la convention UMP sur l’écologie.
Nous avions présenté notre contribution, notre ami
Max Falque n’hésite
pas à dire «Il y a longtemps que je n’avais
pas lu un texte aussi nul sur la forme comme sur le fond !».
Dominique
Garrigues quant à lui, a publié
une analyse critique détaillée du discours de
clôture de la convention.
A
LIRE |
La raison des nations
de Pierre
Manent,
Gallimard |
Le
conservatisme impossible
de
François Huguenin
Editions de la Table Ronde |
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Le
philosophe Pierre Manent, disciple de
Raymond Aron et François Furet, s’interroge
sur la vie de la Nation - son effacement, peut être
son démantèlement-. Il aborde, par ce biais,
la vie des démocraties qu’il juge gagnées
aujourd’hui par le vertige du «renoncement».
L’auteur s’interroge également sur
l’influence des religions dans la crise de notre
communauté nationale et de l’Europe. Cet
essai nous met en garde contre la «vacuité
spirituelle» de l’Europe «qui
a peur de son ombre» afin de nous inciter à
mieux ranimer et poursuivre l’aventure de l’Union.
Pour ce penseur libéral, «les nations
sont toujours la réalité dans laquelle vivent
les citoyens et il faut s’en féliciter, car
privée de l’Etat-nation européen,
la démocratie se mue en pure gestion». |
Ce
nouvel ouvrage de l’historien François
Huguenin nous invite à une vaste exploration
intellectuelle des droites en France. L’affrontement
entre un courant libéral et une pensée réactionnaire
a abouti à un dialogue de sourds. Tocqueville,
Constant, Guizot puis Aron et Jouvenel d’un côté,
Maistre, Bonald, Maurras de l’autre (sans oublier
les inclassables de Burke à Boutang) se sont affrontés
empêchant une résistance commune au socialisme.
Une histoire qui expose pourquoi à la différence
des autres grandes démocraties le pôle conservateur
n’a jamais surgi en France. |
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