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Le
débat national Université-Emploi : Branle-bas de combat à l’Alma Mater ! Les présidents des universités, fébriles, ont demandé à toutes les commissions de se réunir. A l’ordre du jour, le débat national Université-Emploi. La lecture de l’allocution
du Premier Ministre ouvrant le « débat » en Sorbonne,
à la fin Allons cependant plus loin dans la lecture de ce discours. Le Premier Ministre « propose » que la réflexion soit engagée dans deux directions : la professionnalisation des formations universitaires, mais surtout et en premier lieu l’orientation. Il faut, nous dit-il, « mieux informer les étudiants pour leur permettre de trouver la filière qui correspond justement à leur attente ». Il n’y a pas un mot sur la sélection des étudiants, ce qui renverrait à la « qualité » du baccalauréat. Car bien sûr, on ne peut traiter du débat Université-Emploi, sans traiter de l’enseignement primaire et de l’enseignement secondaire ! Le fond du discours est clair : tous ceux qui ont eu le baccalauréat ont droit à leur diplôme. Il n’y a pas de mauvais étudiants : il y a de mauvaises orientations. D’ailleurs, il n’y a pas que les étudiants qui soient désorientés… Quelle est la proposition du Premier Ministre ? « Un service public de l’orientation » ! CQFD. Il faut par ailleurs, leitmotiv du Premier Ministre, lutter pour l’égalité des chances. Notamment, ce dernier propose que les étudiants boursiers continuent de bénéficier de leur bourse pendant trois mois après leur diplôme obtenu. Il ne nous est pas dit si ce financement est un RMI Etudiant déguisé, et, en tout état de cause, où les fonds seraient trouvés. Mais qu’importe ! Il suffit de satisfaire quelques syndicats d’étudiants. Plus largement, le Premier Ministre veut une réflexion sur la « modernisation » du système universitaire. Trois sujets sont mis en exergue. D’abord, selon un terme convenu, la « gouvernance » : « il faut renforcer leurs moyens de gestion et d’administration, pour plus d’efficacité ». Traduction : il faut embaucher plus de fonctionnaires au sein des universités pour tenter de faire marcher le second mammouth. Après les syndicats d’étudiants, voilà les syndicats de fonctionnaires qui devraient se réjouir ! Ensuite, l’autonomie. L’audace du Premier Ministre est proverbiale : « ce n’est pas un sujet que nous pourrons trancher au cours des prochains mois ». Comme le débat doit être bouclé sous quelques semaines, il ne sera pas tranché, et certainement pas par le Premier Ministre actuel. Or, sous le doux mot d’autonomie se cache en réalité le point essentiel : la question de la privatisation des universités. Que nous dit précisément le Premier Ministre, qui bien entendu n’utilise jamais le terme de privatisation ? « Le système actuel doit évoluer vers une plus grande liberté et davantage de responsabilité pour les universités ». Tout cela est fort timide, mais c’est mieux de rien. La suite, elle, vaut le détour : « Et l’Etat doit jouer un rôle stratégique pour garantir l’excellence des universités partout sur le territoire national ». Le terme liberté a été cité une fois, le terme Etat l’est trois fois en quelques lignes. Où se situe la modernité revendiquée ? On pensait que l’Etat avait toujours joué le rôle stratégique mis en valeur par le Premier Minsitre et qu’il avait toujours échoué. Enfin, le financement. Le premier Ministre martèle que « l’Etat est prêt à prendre toute sa part dans cet effort collectif (sic) » et qu’il « prévoiera les efforts financiers nécessaires pour faire de l’Université un lieu d’excellence et de réussite sociale ». A contrario, on croit comprendre que l’Université, monopole de l’Etat depuis de très longues décennies, n’est pas ce lieu d’excellence et de réussite sociale, mais le Premier Ministre ne nous dira pas pour quelle raison. Le Premier Ministre ne se pose pas plus la question de savoir ce qu’est l’Etat que ses lèvres prononcent pourtant avec tant d’avidité. Il ne nous dit pas plus comment notre Etat en faillite va réussir à financer les universités. En substance, le « débat » Université-Emploi est verrouillé. Toutes les questions essentielles sont évacuées ab origine. Quoi qu’en dise le Premier Ministre, qui multiplie les références à la modernisation ou au mouvement, il fait montre de l’immobilisme le plus total. Dernier mot, qui
vaut son pesant d’or : le Premier Ministre proclame que «
chaque étudiant a droit, quel que soit son établissement,
à un enseignement de qualité qui le mène vers la
réussite ». Voilà un nouveau droit-créance
inventé par nos hommes politiques, droit que Jean-Philippe
FELDMAN |