La TRIBUNE des LECTEURS

Qui aurait pu anticiper une telle déliquescence politique depuis le référendum de 2005 ? Outreau, émeutes en banlieue, Clemenceau, CPE, Clearstream : autant d'évènements majeurs et hyper-médiatisés dans notre vie politique intérieure en si peu de temps.

Sans parler des camouflets infligés à notre pays à chaque intervention
présidentielle à l'étranger : Afrique francophone, Inde, Arabie Saoudite, Algérie.

Pour ne citer que ceux-ci, du jamais vu en France. On attend la suite avec inquiétude, notamment sur l'immigration.
Après une position politique sans précédents en 2002 (majorité
présidentielle, à l'assemblée, au sénat, dans les régions), les positions se perdent une à une.

La gauche, pourtant quasiment anéantie en 2002, a déjà gagné les régionales en raflant toutes les régions sauf l'Alsace, et la porte lui est grande ouverte pour 2007. Ce n'est pas elle qui a gagné mais la droite qui a perdu.

Quel boulevard également pour tous les partis des extrêmes, communautaristes de droite comme de gauche, ce qui est plus inquiétant. On entend de toutes parts des sympathisants convaincus, voire des militants actifs, de l'UMP au PS, évoquer un vote extrême aux prochaines présidentielles.

Charles de Gaulle a fait l'histoire, et restera comme celui qui a sauvé la
France et restauré son aura, ce dont nous pouvons être fiers.
Mitterrand est rentré dans l'histoire comme celui qui a restauré la
légitimité de la gauche, même si ce n'est pas ma tasse de thé.

Chirac laissera une trace indélébile dans l'histoire, comme celui qui aura précipité notre pays dans le clan des ridicules, ce que je déplore.
Ou plutôt devrait-on dire une trace débile ? Quel bilan calamiteux : le pire de la cinquième république. La liste des erreurs, bévues et autres
billevesées, pour ne pas parler de fautes, est trop longue à énumérer depuis 1995, voire depuis bien avant.

La grandeur liée à la fonction suprême voudrait qu'il démissionne, n'en
déplaise aux légitimistes de tous bords, car que reste-t-il de légitimité? En effet, comment imaginer pouvoir prendre quelque décision utile, quand on sait que celle-ci sera automatiquement sujette à caution ?

Sur le plan intérieur, quelle mesure pourra trouver l'adhésion de la
population, quand celle-ci est aussi divisée qu'elle ne l'a jamais été ?

Sur le plan européen, quel apport attendre de la France, quand celle-ci a refusé le projet d'institutions, et perdu du même coup son leadership ? Sur le plan mondial, quelle crédibilité peut avoir la France, alors qu'elle montre une telle image, même si celle-ci est caricaturale ?

Il ne suffit pas d'être une machine à gagner les élections pour être un
grand homme. Il faut avoir des idées et les défendre, bien choisir et mener ses troupes, comprendre son environnement, et garder lucidité et force de conviction. L'ambition personnelle est nécessaire et indispensable pour gagner, c'est indiscutable, mais il faut savoir l'effacer une fois la victoire acquise. C'est à ces seules conditions qu'on peut espérer exercer le pouvoir efficacement.

Quant à nos institutions, que certains, aux vues de la situation, voudraient changer pour une énième république, elles ne sont responsables en rien dans le bilan actuel. Elles sont et restent un outil de gestion de l'appareil d'état, et comme tout outil, dépendent de son interprétation et de celui qui le tient.

Et pendant ce temps, le fossé se creuse jour après jour avec la majorité de nos partenaires. Que ce soit sur le plan industriel, commercial, de l'emploi, des finances publiques, de la paix sociale, il n'y a pas de sujet qui ne soit à caution et sur lequel nous ne perdions du terrain.

Il parait délicat d'envisager des élections anticipées, difficiles à imaginer à cause des vacances qui approchent et du peu d'empressement de certains à perdre leur siège.

Car n'en doutons malheureusement pas, 2007 s'annonce difficile pour la droite. C'est dommage, car cela aurait pu créer un électrochoc nécessaire et salutaire, et aurait peut-être pu sauver la droite du naufrage, en coupant l'herbe sous le pied des postulants.

Pourquoi autant d'amertume, me direz-vous ? Parce que je vote et que je milite à droite depuis 35 ans, et qu'à chaque fois j'ai le sentiment d'avoir voté et milité pour rien. J'ai le sentiment que nous avons été leurrés, particulièrement depuis 1995. A quoi sert-il de militer pour son camp, quand celui-ci mène une politique à l'opposé de celle pour laquelle il a été élu.

La défense du fameux "modèle social à la Française" et des non moins fameux "acquis sociaux" sont du ressort de la gauche et de ses syndicats associés, ce qui est dans la juste répartition des rôles, et que je n'ai pas à contester ici en tant que libéral, n'étant pas inscrit dans ce schéma anti-libéral. La droite se doit de défendre d'autres valeurs, libérales en particulier, celles de l'homme placé au centre du système, au contraire du collectivisme qui place l'homme au second plan. J'ai malheureusement le sentiment profond que la droite a fait l'inverse de ce que l'on attendait d'elle, au même titre que la gauche. C'est peut-être cela le paradoxe français, mais ce n'est pas le mien.

A défaut donc, vivement 2007, que la situation soit claire. Nous risquons plus que jamais d'être dans l'opposition, et je ferai tout pour l'empêcher, mais ça ne peut être pire qu'aujourd'hui.


Claude FEUERSTEIN
email : cfeu@free.fr