La Lettre, du 5 mai 2006

Mais si les réformes libérales sont possibles !
L’échec des réformes en France n’est pas l’échec de réformes vraiment libérales, ni celui des méthodes de réforme libérale.

Il est de bon ton, de juger «la France irréformable» et les Français «allergiques à toute réforme libérale». Cette thèse n’est pas sans poids quand on voit le gouvernement devoir battre en retraite devant un CPE certes maladroit, mais somme toute bien anodin. Quand on lit aussi les enquêtes d’opinion qui classent les Français bons derniers, dans la confiance dans l’économie de marché et les libertés économiques.
Il est vrai, comme nous n’avons cessé de le répéter, que les fausses réformes libérales chassent les vraies. Et, que la droite au lieu d’assumer la pédagogie libérale des réformes nécessaires, a laissé s’installer une opposition suicidaire entre le «libéral» et le «social» en cédant trop souvent – par manque de conviction ou par démagogie - aux pulsions sécuritaires et protectionnistes de l’opinion ou des corporations.

Mais la politique, comme disait le Cardinal de Richelieu (dans son Testament politique)« ce n’est pas l’art du possible, mais l’art de rendre possible ce qui est nécessaire».

Préparer 2007, suppose une claire vision de ce qui est nécessaire (nous y reviendrons). Mais, c’est aussi mener une réflexion approfondie sur comment rendre possible ce qui est nécessaire.

Plusieurs réflexions s’imposent :

1 – En 2007, il ne faudra pas suivre l’opinion mais l’éclairer car l’opinion est contradictoire : Les jeunes veulent à la fois et tout autant être fonctionnaires et entrepreneurs ; les Français n’aiment pas l’économie de marché mais croient aux vertus de la concurrence... Or, les solutions libérales, chaque fois qu’elles sont présentées comme des nouvelles libertés d’agir et de choisir (travailler plus pour gagner plus, faire ses courses le dimanche, choisir l’école de ses enfants...) recueillent toujours la faveur de plus de deux Français sur trois.

2 – La légitimité démocratique est le premier levier des réformes.
Une double victoire aux élections présidentielles et législatives ouvre, répétons-le, une fenêtre de tir de 200 jours pour une action réformatrice audacieuse : 100 jours d’action par ordonnances après une loi d’habilitation et 100 jours d’action parlementaire d’octobre à fin décembre 2007 avec le vote du budget 2008 et quelques réformes clefs. Bien entendu, cette légitimité démocratique exige que ces réformes aient été clairement inscrites dans le programme du Président élu et de sa majorité.

3 - Il ne faut pas céder au mythe de la négociation et de la concertation avec les partenaires sociaux. Les syndicats globalement appartiennent au clan du statu quo. Et souhaiter leurs appuis c’est se condamner à des reformes chèvres choux ou des caricatures de réformes. Ce serait une folie que d’imaginer comme vient de le proposer un rapport remis au Président de la République (voir l’éditorial : la loi des syndicats) un cadre unique et obligatoire de négociations pour toute réforme. Cela ne signifie pas, bien entendu, qu’il faille renoncer à tout dialogue social, à chercher pour telle ou telle reforme l’appui d’un ou plusieurs partenaires sociaux, à établir avec eux des « diagnostics partagés ». Et peut être pourrions-nous, comme cela se pratique couramment aux Etats-Unis – même si ce n’est pas notre tradition - envisager quelques sujets de réformes élaborés de façon bi-partisanne. Dire cela, ce n’est pas nier le rôle des partenaires sociaux mais distinguer le domaine qui relève clairement du législateur, de l’espace de réforme contractuelle proposé aux partenaires que l’on ferait bien d’élargir et de reconnaître.

4 – Les réformes exigent enfin de la méthode et de l’habilité.
Les libéraux parce qu’ils ont la réforme audacieuse ont aussi la réforme prudente. Nous avons hélas le défaut des grandes reformes conduites au nom de l’intérêt général supérieur sensé vaincre aisément la somme des petits intérêts particuliers. Le problème c’est que les Français sont très attachés à ces petits intérêts particuliers et qu’ils jugent assez rapidement injuste qu’on s’attaque à eux quand ils semblent susciter de si grands privilèges. C’est la raison pour laquelle les libéraux ont tiré les leçons, tant de nos échecs et de nos succès, que des reformes menées à l’étranger, pour élaborer un discours de la méthode et une boite à outil efficace. Conduire avec succès une réforme c’est d’abord identifier les blocages, les adversaires, les opposants, c’est aussi identifier ses partisans et savoir les mettre en mouvement.
C’est une méthode qui ne s’attaque pas aux avantages acquis pour les supprimer ou les rogner, mais les échanger (un statut de fonctionnaire contre un statut d’actionnaire privilégié par exemple), les racheter (une prime de départ ou de reconversion) ou les éteindre pour les nouveaux entrants (dans telle ou telle activité publique par exemple).

C’est une méthode qui conduit non pas à supprimer les droits trop généreux distribués hier par notre Etat providence mais d’abord à faire la vérité sur ses faux droits qui ne pourront être honorés le moment venu comme par exemple les droits à la retraite dans un système de répartition menacé par la démographie. D’où leurs propositions, sur ce dernier exemple, de transformer tous les faux droits acquis, y compris dans les régimes spéciaux, en vrais droits calculés en point de retraite ayant une vraie valeur économique déterminée chaque année en fonction de la croissance, de la démographie et du nombre de départ en retraite. Ce qui permettait en plus à chacun de choisir librement l’âge de sa retraite.
C’est encore une méthode qui préfère l’expérimentation et l’ouverture de brèche dans nos grands systèmes bloqués plutôt que de tenter d’hasardeuses réformes d’ensemble.
C’est ainsi que l’on peut permettre aux caisses, aux mutuelles et aux assurances de devenir assureur santé au premier euro, de conventionner les prestations de santé avec les médecins, les hôpitaux, les cliniques et donc sans remettre en cause le système de protection sociale existant, instituer une concurrence innovante et efficace.
De même, dans le domaine scolaire, sans reforme d’ensemble on peut permettre aux établissements qui le souhaitent d’opter pour un statut de pleine autonomie avec des moyens financiers garantis mais laissant une très large liberté de moyens dans le cadre d’une évaluation des résultats....assorti d’une liberté de choix des parents pour l’école de leurs enfants.

Appliquer à la réforme de l’Etat, cette méthode conduit non pas à se focaliser sur les coupes budgétaires ou la réduction du nombre de fonctionnaires mais à se concentrer sur la redéfinition du périmètre et des missions de l’Etat en déléguant chaque fois que possible des activités exercées par l’Etat ou les collectivités locales à des acteurs privés dans le cadre d’un cahier des charges (on retrouvera le détail de nos propositions dans le dossier : Réforme de l’Etat).

Enfin, ce qui différencie sans doute les vraies réformes libérales des autres réformes – et hélas de celles qui sont trop souvent présentées comme libérales – c’est qu’elles ne condamnent pas les Français à une cure d’austérité et de rigueur mais qu’elles ouvrent le chemin de la croissance et du pouvoir d’achat. Elles seules peuvent permettre de maintenir le haut niveau de protection sociale, auquel les Français sont attachés, pour faire face encore à la charge des dettes et déficits accumulés depuis 30 ans.
Nous nous attacherons dans les temps qui viennent à montrer que ce qui est nécessaire est libéral, ce qui est libéral est social et que ce qui est libéral et social est nécessaire

Alain Madelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avec la disparition de Jean-François Revel les libéraux ont perdu une référence et un ami.
La référence, c’était celle de cet intellectuel qui a toujours porté haut les idées de liberté. Contre le totalitarisme et le communisme d’abord, à un moment ou tant d’autres intellectuels sombraient dans la fascination ou la complaisance. La référence, c’était encore plus récemment, cette plume acérée et lucide qui savait s’emporter contre une droite qui trahissait sa vocation libérale ou qui cédait aux sirènes de l’antiaméricanisme primaire.
L’ami, c’était pour les libéraux le compagnon de beaucoup de nos combats. On se souviendra de la magistrale introduction qu’il livra à la journée sur « les 4 vérités de la mondialisation » organisée le 15 novembre 2003 par les Cercles libéraux. Si Revel n’est plus, son héritage intellectuel demeure plus vivant et plus actuel que jamais.
Lire l’hommage d’un de nos lecteurs, Serge Weidmann, membre du Cercle de Clermond Ferrand, à Jean-François Revel
En 2007, les libéraux devront choisir mais aujourd’hui l’heure n’est pas au choix des personnes. Elle est à l’élaboration et au choix des programmes.

Sans attendre nous avons un devoir : placer au cœur du débat qui s’engage un ensemble de propositions libérales nécessaires au sursaut du pays. Avec deux objectifs : faire peser nos idées dans le débat, servir de référence pour juger des idées des uns et des autres.

A nous maintenant de regrouper les idées et les talents et de définir un programme de travail et de publication.

Les responsables des Cercles libéraux se réuniront à cette fin le 10 mai prochain.


La mascarade du débat Université-Emploi
«Branle-bas de combat à l’Alma Mater ! Les présidents des universités, fébriles, ont demandé à toutes les commissions de se réunir. A l’ordre du jour, le débat national Université-Emploi.
La lecture de l’allocution du Premier Ministre ouvrant le «débat» en Sorbonne, à la fin du mois d’avril est édifiante.
» Pour Jean-Philippe Feldman «le débat Université-Emploi est verrouillé. Toutes les questions essentielles sont évacuées dés l’origine». Aucun mot sur la sélection des étudiants pas plus que sur l’enseignement primaire ou secondaire. Il n’y aurait pas de mauvais étudiants mais de mauvaises orientations. En réponse le Premier Ministre propose donc «un service public de l’orientation» !
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>> LE CHIFFRE >> CITATION

73%

C’est le pourcentage des franciliens favorables à l’ouverture des magasins le dimanche. Si les politiques hésitent souvent devant des réformes libérales c'est parce qu’ils craignent qu’elles soient impopulaires. Ce sondage montre, une fois de plus, que toutes les réformes lorsqu’elles sont présentées comme des libertés d’agir et de travailler recueillent la confiance de deux Français sur trois.

"La résistance
française
au libéralisme
provient d’une part,
de ce que les Français placent l’égalité
au-dessus
de la liberté,
d’autre part
de ce qu’ils acceptent
les inégalités
lorsqu’elles sont
dues à l’État et non
à la concurrence
des talents.
"
J-F Revel

La feuille d’impôt pré-remplie :
une fausse bonne idée

«Ce que nos princes appellent une «réforme fiscale» peut se résumer à un principe extrêmement simple : «comment prendre toujours plus d’argent dans les poches du contribuable à son insu». Car, ne nous leurrons pas, sous le prétexte fallacieux de nous faciliter la vie, l’Etat nous trompe encore une fois se facilitant la tâche». C’est l’analyse de notre ami Jean-Louis Caccomo à propos de l’instauration de la feuille d’impôt pré-remplie.
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A LIRE
L’Obsession anti-américaine
de Jean-François Revel,
Pocket
En août 2002, le regretté Jean-François Revel publiait «L’Obsession anti-américaine», brillant plaidoyer pro-américain dans lequel il dénonçait l’anti-américanisme primaire des élites françaises. L’académicien s’attachait à explorer les fondements et les différentes facettes de ce phénomène politico-culturel à la lumière de l’évolution des Etats Unis, devenu à la fin du XXème siècle, l’unique «hyperpuissance» tant au niveau économique, stratégique que culturel.
Jean-François Revel avait déjà traité avec succès en 1970 de la question de l’antiaméricanisme dans «Ni Marx, ni Jésus» mais force était de constater que l'hostilité à l’égard de l’Amérique n’avait fait qu’augmenter jusqu’au terrorisme religieux du 11 septembre 2001.
C’est avec toute son habilité intellectuelle et un ton incisif et clair que cette grande figure du libéralisme défendait l’idéal démocratique fondé sur la défense des libertés individuelles. Quatre ans après la publication de cet excellent ouvrage, la lecture de ce pamphlet toujours d’actualité, nous permettra de redécouvrir l’intelligence et la justesse de la pensée de Jean-François Revel.

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