La
société
de défiance
De la confiance dans la liberté, on est passé
à la défiance et à l'exploitation de
toutes les peurs.
Cette
fin de campagne n'est guère réjouissante
pour les libéraux. Personne ne parle vraiment de
réduire l'intervention de l'État dans l'économie
et la société. Même la presse chinoise
a relevé notre anachronisme (voir ci-contre «Quand
la France s'éveillera !»).
Assurément la France méritait de meilleures
réponses à ses problèmes d'avenir.
Quelque soit le résultat
des élections, la facture de ce mauvais
débat sera difficile à régler.
Il est frappant de voir combien en matière de propositions
libérales la droite et le centre ont régressé
depuis les années 80. Le catalogue de cette régréssion
serait bien long. A titre d'exemple, non seulement on ne
parle plus d'ouvrir nos services publics à la concurrence,
mais on se propose d'en étendre le champ en mettant
définitivement fin à notre système
d'assurance-maladie, et en étendant la responsabilité
de l'État -que ce soit par de nouveaux services publics
ou par des «droits opposables»- au logement,
à la dépendance, à la garde d'enfants...
De la confiance dans la liberté,
on est passé à la défiance.
Il est vrai que dans les années 80, venues de l'Ouest
avec Ronald Reagan et Margareth Thatcher, les idées
libérales soufflaient sur la France. C'était
l'époque où Chirac se disait libéral,
et où Alain Juppé proposait «un reaganisme
à la française» !
La chute du mur de Berlin,
si elle a consacré la victoire des idées libérales
au niveau mondial, a sans doute eu un effet boomerang sur
la vie politique française. Les gros bataillons intellectuels
du marxisme qui caractérisaient la France ont dû
se reconvertir. De l'exaltation des lendemains du socialisme
qui chante, ils sont passés à une critique
du quotidien qui déchante. Ne pouvant plus guère
fait rêver à une alternative au capitalisme,
tout est devenu prétexte à une critique du
libéralisme. Et la droite, dont la plupart des responsables
sont issus du vivier de l'État sentaient intuitivement
que la modernité libérale allait rogner leur
pouvoir sur la société et l'économie,
s'est mise à la remorque de cette critique.
Tout se passe comme si
les politiques -qui pour la plupart font preuve d'addiction
à la société de commandement- étaient
devenus les alliés objectifs des fabricants de peur.
Peur de l'insécurité, peur de l'immigration,
peur du réchauffement climatique, peur du plombier
polonais, peur de la concurrence déloyale des pauvres
travailleurs chinois, peur de la voracité des milliardaires
indiens, peur du déclassement social, peur du grand
méchant marché, peur de l'Europe libérale...
L'exploitation de toutes ces peurs qui nourrissent le spectacle
médiatique (victimes, compassion, boucs émissaires...)
engendre une société anxiogène, frileuse
et facilement liberticide.
Tout se passe comme si les politiques disaient aux Français
«vous avez raison d'avoir peur» et proposaient
comme remède la confiance renouvelée à
l'État. «Faites-moi confiance».
Or l'enjeu de la modernité
est très exactement l'inverse: un État qui
fait confiance aux citoyens.
Il ne s'agit pas bien sûr de nier les aspirations
à la sécurité d'une France inquiète
et paupérisée. Il s'agit d'apporter de bonnes
solutions qui ne peuvent passer que par des solutions de
liberté, de responsabilité et un État
recentré.
Il y a quelque temps déjà
nous disions en boutade «si vous avez aimé
l'État-providence, vous allez adorer l'État
sécuritaire».
Bien entendu les promesses de sécurité d'aujourd'hui
se révéleront tout aussi fausses que les promesses
de l'État-providence d'hier. Mais nous aurons retardé
le moment des vrais réformes.
Les
DERNIERS EDITORIAUX d'ALAIN MADELIN
Socialistes,
conservateurs, centristes… et libéraux
Bonnes
questions pour un candidat
Vive
le Capital ! - Le
fantôme de la croissance
Détaxer le travail disent-ils…
Cherche
politique économique désespérément
Déficit d'offre - Vivement
les baisses d'impôts !
...AUTRES
EDITORIAUX
A
LIRE |
Essais
de philosophie,
de science politique et d’économie
Friedrich A. Hayek
Editions des Belles Lettres |
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Pour
découvrir l’œuvre et la pensée
de celui qui a été le plus influent
et vigoureux acteur du renouveau libéral
au XX° siècle, le lecteur français
peut en principe se reporter à quelques
grands titres tels que La Route de la servitude,
La Constitution de la liberté ou Droit,
législation et liberté et La présomption
fatale. Mais plus aucun de ces titres de Hayek
n’est depuis longtemps disponible en librairie…La
publication des Essais de philosophie, de science
politique et d’économie (1967) va
donc à la fois enfin combler un bien étrange
vide éditorial et satisfaire tous ceux
qui veulent par eux-mêmes en savoir plus
sur une présentation fondamentale des idées
libérales. |
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Quand la France
s’éveillera !
Dans le mensuel Capital, un correspondant à
Paris du journal chinois Le Quotidien
de l’économie s’étonne
: «Ce qui me frappe, c’est que les
candidats ne parlent pas vraiment de réduire
l’intervention de l’Etat dans votre
économie. Je sais bien que c’est
chez vous une tradition séculaire et qu’il
ne sera pas facile d’y renoncer, mais ce
n’est pas vraiment le meilleur modèle
pour le capitalisme moderne. J’ai suivi
l’affaire Airbus, dans laquelle l’intervention
de l’Etat complique tout. Drôle de
façon de diriger une entreprise…».
Socialisme
et gaullisme
Lue dans la Tribune, cette phrase tirée
du baromètre de l’Institut
Limelight qui a interrogé une
vingtaine de grands dirigeants français.
«Les présidents (ndlr des grands
groupes) restent cette année encore très
sévères vis-à-vis des politiques
français de tous bords, qu’ils accusent
de perpétuer un antilibéralisme
nuisible, hérité du socialisme comme
du gaullisme.»
Populistes
contre économistes
Dans sa dernière chronique du Monde : «Les
économistes face au populisme», Eric
le Boucher jauge les propositions économiques
des candidats : «Les hommes et les femmes
qui se présentent à nos suffrages
connaissent très mal le monde économique
réel et ils minimisent l’incroyable
ampleur des défis qui sont posés
au pays par la mondialisation, l’accélération
technologique et le vieillissement. La tournure
franco-française prise par la campagne
présidentielle et le récent tournant
sur l’ «identité nationale»
prouvent que leur esprit et leurs propositions
ne sont placés ni sur les bons sujets,
ni au bon niveau. Au mieux, ils promettent de
panser les plaies sociales des changements économiques
mais sans s’attaquer aux causes, sauf de
façon incantatoire.»
Lire
l’article
La
présidentielle de Wall Street
Le Wall Street Journal note l’évolution
du candidat Sarkozy dont la rhétorique
embrasse le Gaullisme traditionnel et l’idéologie
de l’Etat. Ses discours de campagne sont
devenus des diatribes contre le capitalisme et
le libre-échange mondial et ses incessants
appels à l’interventionnisme rendent
malade pour la France si il atteint le stade ultime.
Le 6 mars dernier à Cormeilles, dans la
banlieue de Paris, il a cité le mot «Etat»
plus de 70 fois et le verbe «protéger»
plus de 40 fois.
Lire
l’article
Social
et libéral
Les libéraux en parlent et le
veulent depuis longtemps. Dans une interview aux
Echos, Martin Hirsch, Président
d’Emmaüs France et directeur général
de l’Agence Nouvelle des solidarités
actives, revient sur sa proposition de Revenu
de Solidarité Active qui «permettrait
de cumuler durablement revenu d’activité
et revenu de la solidarité avec la garantie
que toute heure supplémentaire travaillée
procure un gain de revenu». C’est
là une proposition fort proche de l’idée
du Revenu Familial Garanti, sorte d’ «impôt
négatif» défendu depuis longtemps
par les libéraux. (voir "Instituer
un revenu familial" ) Comme quoi, on
peut être libéral ET social.
Demain,
le verdict libéral !
Dans la Nouvelle Lettre, notre ami Jacques
Garello tranche dans le débat
présidentiel : «Les candidats ont
tous des propositions libérales isolées
au sein de programmes plus ou moins étatistes.
De fait, il n'y a aucun candidat qui exprime de
vision libérale de la vie en société.
Nicolas Sarkozy est plus libéral que François
Bayrou sur le thème de l'Education Nationale.
François Bayrou est plus libéral
que Nicolas Sarkozy sur le thème des institutions.
Philippe de Villiers est plus libéral que
Nicolas Sarkozy sur le thème du droit opposable
au logement. Nicolas Sarkozy est plus libéral
que François Bayrou sur le thème
du syndicalisme. Et pour le clin d'oeil, Olivier
Besancenot est plus libéral que Nicolas
Sarkozy, François Bayrou ou Philippe de
Villiers lorsqu'il dénonce les subventions
que touchent les grandes entreprises !»
Lire
l’article
Assurances
sociales
Dans les Echos, notre ami Jacques Bichot
dans un article: «Baisser fortement les
prélèvements obligatoires ?»
nous propose de considérer autrement les
prélèvements obligatoires. «Nos
hommes politiques scrutent le taux de prélèvements
obligatoires. Ils ne savent pas comment le faire
baisser. Faute d’idées, certains
entonnent la rengaine «ne remplacer qu’un
fonctionnaire sur deux partant à la retraite»
: c’est le «demain, on rasera gratis»
de la droite. Pourtant, la solution est sous leur
nez. Pour la voir, il suffirait de prendre conscience
des erreurs de gouvernance qui ont amené
à financer par un prélèvement
fiscal ou quasi fiscal des services qui pourraient
tout bonnement être payés par ceux
qui en bénéficient.(…) Il
suffirait de réformer notre système
de protection sociale en séparant nettement
ce qui relève de la main tendue aux personnes
en difficulté, à financer par l’impôt,
et ce qui est une production de services d’assurance
ou de report de revenu d’une période
à l’autre de l’existence, dont
la nature est d’être vendus. (…)
Redonnons du sens à l’expression
«assurances sociales», sortons de
l’ornière du «tout redistribution»
où nous nous enlisons.»
Lire
l’article
Un
service public de la dépendance ?
Dans une interview au Echos, Gérard
de la Martinière, Président
de la Fédération Française
des Sociétés d’Assurance s’oppose
clairement à l’éventuelle
création d’une 5e branche de la Sécurité
Sociale : «La dépendance est un risque
nouveau, encore peu balisé. C’est
un risque de long terme en forte croissance puisque
le nombre de personnes dépendantes pourrait
être multiplié par deux d’ici
à trente ans. Nous sommes effectivement
partis en croisade contre cette cinquième
branche car nous pensons que la puissance publique
ne doit couvrir la dépendance que pour
les personnes qui n’ont pas les moyens de
prendre ce risque en charge. Dans le cas contraire,
vous risquez de créer un nouveau droit,
qui créera automatiquement une source de
déficit énorme.»
Court
terme
Dans un débat organisé par Les Echos
face à Michel Sapin , Hervé
Novelli précise la proposition
de Nicolas Sarkozy : «L’exonération
des heures supplémentaires ne constitue
qu’une solution de court terme. A moyen
terme, il faudra négocier un assouplissement
des contrats de travail.»
Lire
l’article
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