La Lettre du 6 octobre 2006

Parlez-nous
de croissance
Le problème de la France et la source de la plupart de nos maux, c’est une croissance trop molle. Libérer la croissance, c’est l’enjeu des présidentielles.

A écouter ou à lire les candidats – ou les prétendants candidats – à l’élection présidentielle, on a le sentiment que tous, hélas, passent à côté de la question essentielle du prochain quinquennat : celle de la croissance et des moyens à mettre en oeuvre pour doper celle-ci.
On nous parle de valeurs, d’ordre juste, de réhabiliter le travail, de la République, de l’identité nationale, des insécurités, de l’augmentation du pouvoir d’achat... mais de croissance point.
Il est même à craindre que, comme en 2002, notre fragile retour de croissance d'aujourd'hui soit tenu pour un acquis qui invite les candidats à esquiver cette question cruciale.
Pourtant la croissance molle dans laquelle nous sommes enfermés depuis de longues années est la source essentielle de nos problèmes : la panne du pouvoir d’achat, la très faible augmentation des salaires, le chômage et la précarité, la paupérisation de l’Etat, l’aggravation de nos déficits sociaux, notre fuite en avant dans l’endettement et le sacrifice des générations futures...
Nous avons aujourd’hui une croissance « potentielle » comme disent les économistes 2-2.1/4% et le rapport Camdessus nous a rappelé que faute d’un sursaut cette croissance potentielle était appelée à décrocher d’un demi-point encore dans les années qui viennent.
C’est pourquoi la France – et les Français – ont besoin de renouer avec une forte croissance, une très forte croissance, nous avons même dit une «hyper croissance» ; qu’il nous fallait pour cela non pas une politique de rigueur mais une politique de vigueur.
Cette hyper-croissance est indispensable pour résoudre nos problèmes. Il est absurde d’opposer le libéral et le social : Il n’y a pas de justice sociale et progrès social sans progrès économique.

S’il n’est pas dans le pouvoir de l’Etat de décréter la croissance, il est dans son devoir de la libérer.
Il existe trois moyens pour cela :

1 – une réforme fiscale et sociale majeure pour libérer le talent et l’énergie des créateurs de richesse. Si le travail de tous contribue à la richesse d’un pays, la croissance se fait à la marge par le risque et l’initiative de quelques-uns. C’est la raison pour laquelle, une réforme fiscale tournée vers la croissance ne doit pas avoir pour objet - comme on l’a fait ces dernières années de redistribuer du pouvoir d’achat aux Français pour qu’ils consomment plus - mais de réduire le total des prélèvements marginaux (fiscaux et sociaux) sur le travail (voir les propositions libérales sur la fiscalité).
Il est évident qu’à la marge si un effort supplémentaire est taxé (fiscal + social) à 66% il sera davantage découragé que s’il n'était taxé qu'à 33%.
De même, si un impôt sur le capital modéré peut se justifier, la cascade ISF + plus-values + impôts locaux + successions est devenue contre productive. Le résultat de telles réformes, les expériences étrangères le montrent, n’est pas comme on pourrait le craindre une diminution des recettes fiscales mais au contraire l’augmentation de celles-ci grâce à une dynamique de croissance. Les riches ne payent pas moins d’impôt mais davantage dans un jeu gagnant-gagnant ou le total des richesses augmente.

2 – L’ouverture à la concurrence de secteurs protégés et la réforme de l’Etat. Elargir la sphère de la concurrence, c’est élargir la part de l’économie marchande dans notre société, favoriser les initiatives entrepreneuriales, augmenter la productivité et donc la croissance. C’est aussi le moyen de réduire le périmètre de l’Etat et de le renforcer dans ses fonctions régaliennes (à commencer par la Justice)
La recherche d’une croissance forte passe par l’ouverture de nos secteurs protégés y compris ceux que nous voulons - à contre courant du monde et de l’Europe- protéger en les qualifiant de «service public» mais l’existence de missions d’intérêt général – dites de service public – ne justifient en rien les monopoles qui leur sont associés car elles peuvent être exercées plus efficacement et avec davantage d’innovation en les ouvrant à la concurrence d’entreprises privées dans le cadre d’un cahier des charges. C’est vrai pour nos infrastructures, nos universités, notre assurance maladie et de nombreuses missions de l’Etat qui peuvent être ainsi déléguées (sur les obstacles à la concurrence voir le rapport Cahuc-Kramarz).

3 – La libération du marché du travail. La nouvelle croissance de la société de la connaissance de demain ne se trouvera pas avec des relations de travail reposant sur un droit du travail conçu pour la civilisation de l’usine et des salariés en situation de totale subordination. Alors que l’économie a besoin de beaucoup de souplesse, il est aujourd’hui paradoxalement plus facile de divorcer que de licencier! Pour pouvoir fonctionner, le marché du travail a besoin d’une très grande liberté de contrats de travail (et non d’un chimérique contrat de travail unique) adaptés à des situations spécifiques dans le cadre bien entendu d’un socle unique fixant les garanties d’ordre public et des règles de négociation équilibrées des contrats. Pour être efficace le marché du travail a besoin aussi de ne pas voir les signaux des prix perturbés par des coups de pouce politiques au SMIC et des exonérations de charges sous certains seuil qui conduisent à une «smicardisation» de la société française (voir «Attention, smicardisation»). (Un SMIC de base devrait être fixé par une autorité indépendante et complété par des SMIC professionnels négociés). Les exonérations de charges devraient être converties en franchise de charges sur les 300 ou 400 premiers euros de salaire.
Libérer le marché du travail c’est non seulement permettre un meilleur ajustement favorable à la création d’emplois mais aussi libérer des salaires aujourd’hui artificiellement comprimés.

Pour retrouver la confiance et une croissance forte et durable il faut inscrire ces trois libérations au
programme du prochain quinquennat.

Alain Madelin

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Remettons les clandestins au travail...
Dans une récente interview sur la chaîne Direct 8, Alain Madelin a plaidé pour une plus large régularisation de l'immigration : "Parce que je suis un libéral, je suis plutôt pour une certaine forme de liberté de l’immigration. Si vous regardez le miracle espagnol, c’est deux régularisations de 500 000 personnes qui ont fait passer la croissance de 1,2 à 3,5%. Si vous regardez la croissance britannique, c’est 1,5 millions d’immigrés. Et quand il y a des clandestins, c’est que vous n’êtes capable ni de les empêcher de rentrer ni de les faire sortir. Puisqu’ils sont là, je préfère qu’ils travaillent, plutôt qu’ils soient dans une situation de clandestinité propice à tous les trafics et à toutes les déviances. Donc, je suis partisan de remettre les clandestins au travail. Pas par la régularisation systématique, ce qui serait une erreur, mais par une très large régularisation."
On estime aujourd’hui à 200 000 le nombre de clandestins. Vous leur donneriez des papiers ?
"Les travailleurs clandestins, oui. Les gens qui veulent travailler en France, dès lors qu’il y a un certain nombre de travaux qui sont délaissés, oui. Le meilleur ajustement des immigrés à l'économie, c’est d’avoir un emploi. Ou vous avez un emploi et vous êtes régularisé même provisoirement, ou vous n’en avez pas et vous n’avez pas vocation à rester en France. En plus, quand vous avez un emploi, c’est la meilleure intégration possible ..."
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Dominique Strauss-Khan :
social-démocrate

Dominique Strauss-Khan affiche la couleur : social-démocrate. Cela fait peut-être encore neuf au PS mais la social-démocratie a pris un sérieux coup de vieux dans le monde (depuis le congrès de Bad-Gödesberg en 1959 les socialistes allemands se sont convertis à la social-démocratie)
On lira avec intérêt dans le Monde l’article de Wolfgang Nowak organisateur en 2000 du «sommet des modernisateurs» (Blair, Clinton, Jospin…) qui se moque des «bons vieux sociaux démocrates» pour prôner le blairisme autour de trois principes :
«Premier principe : la responsabilité du citoyen ne doit pas être étatisée, nationalisée ce qui est une attitude social-démocrate typique. Pour Blair le citoyen doit être à même de décider sa vie en société. Le deuxième concerne l’Etat, les sociaux-démocrates croient dans un Etat tout puissant qui règle tous les problèmes. L’idée de Blair est que l’Etat est là pour apporter des garanties mais qu’il ne fait pas tout lui-même ». Enfin, troisième principe « Blair a essayé de remplacer la dépendance par une forme d’égalité des droits et des chances. Le but est d’émanciper le citoyen de la tutelle de l’Etat, qui n’est pas là pour confisquer la responsabilité de citoyen.»
Lire l'article de Wolfgang Nowak

Chiffrer les programmes des candidats
L’Institut de l’entreprise vient de lancer une cellule de chiffrage des programmes des grands partis politiques : Pour le PS, ce sera 46 milliards contre 18 milliards à l’UMP.
Le coût des principales propositions du projet socialiste
Le coût des propositions de Nicolas Sarkozy

La refondation de l’Université, au centre du débat présidentiel
Claude Goasgen, dans le Figaro du 03 octobre dernier appelle à une refondation de l’Université française : «l’Université est la clef de l’économie de la connaissance (…) ce débat devra être au centre de l’élection présidentielle en 2007». Pour lui «l'Université «de masse» uniforme, née du baby-boom, doit laisser place à des universités différenciées, complémentaires, regroupées et mises en concurrence par une évaluation systématique».
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Ségolène : derrière les mots
Relevé sur le site de l’ALEPS, lorsque Madame Royal parle d’économie elle utilise «des mots sympathiques : «réconcilier les Français avec l’entreprise», «reconstruction de la valeur travail», «ordre juste», «décentralisation» … mais, derrière ces mots sympathiques se cache une réalité beaucoup plus simple, sa pensée économique reste fondamentalement socialiste.»
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Le banc d’essai de François Bayrou
Nous avions signalé les cinq propositions de François Bayrou.
Cette semaine un de nos lecteurs nous livre ses réflexions sur chacune de ses propositions.
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HUMEUR
Le Premier ministre étudie une réforme du permis à points. Bravo ! Mais s’il existait des radars du déficit budgétaire cela ferait longtemps que les dirigeants politiques de gauche et de droite auraient perdu le permis de conduire un gouvernement pour excès de dépense budgétaire.
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Libéralisations à la Française
Pour Philippe Escande, chroniqueur aux Echos « Libéraliser un marché sous monopole revient à vouloir faire cohabiter pacifiquement dans un aquarium géant une baleine, quelques requins blancs et un banc de sardines. Avec au milieu de la mêlée une autorité de régulation, frêle homme-grenouille, pour tenter d'empêcher les plus gros de manger immédiatement les plus petits. Et puis on attend. Que la baleine perde du poids, que les requins s'assagissent et que les sardines grossissent. C'est ce que l'on a tenté dans les télécoms, la poste, l'électricité, et que l'on devrait voir un jour dans les chemins de fer. »
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L’Etat «nounou» en débat
A la question l’Etat nous materne-t-il trop, Mathieu Laine répond par l’affirmative et en appelle à «une société de responsabilité» fondée sur l’autonomie de l’individu alors que Clémentine Autain, élue communiste, réclame une organisation collective luttant contre «les déterminismes sociaux».
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Cercles thématiques
A lire dans le courriel bimensuel des Cercles thématiques "La réforme de l’Etat : supplique de nos dirigeants" de Dominique Garrigues et "le comble de la démagogie" de P. Golt
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Fêtez l’entreprise
Le jeudi 19 octobre 2006 prochain, ce sera la fête de toutes les entreprises, faites là !

A lire le communiqué pour le lancement de la 4ème édition de la Fête de l’entreprise