Cercles libéraux
Courriel bimensuel des Cercles
thématiques N° 20
15 septembre 2006

Vous recevez la « Lettre des Libéraux », diffusée chaque semaine par Alain Madelin. Le présent « Courriel bimensuel des Cercles thématiques » vise à offrir aux Cercles d’étude un espace d’information et d’expression.
Y sont accueillis avec plaisir tous papiers, courts (2.000 signes maximum), rédigés en termes modérés, papiers qui seront revus par un indulgent comité de lecture avant publication…
Prière de les envoyer à garrigues@iegre.net


La réforme de l’Etat : supplique à nos dirigeants

Nous savons bien qu’il faut réformer notre Etat français, mais c’est si difficile…
Et pourtant ! Parcourant la Revue des Deux-mondes d’avril 2004, nous lisions ceci, sous la plume éminente de Renaud Girard :
« A la fin des années 1990, l’inspection générale des Finances a réalisé une longue enquête sur la manière de réduire le train de vie de l’Etat. Une des conclusions de son rapport fut qu’il y avait en France 500.000 postes de fonctionnaires qui pouvaient être supprimés, sans que n’en souffre le fonctionnement de l’Etat. Le rapport a été immédiatement enfermé dans un coffre de Matignon, et personne n’a osé le ressortir, ni même l’évoquer depuis…»
Cinq cent mille postes ! Il fallait absolument en savoir plus ! Très intrigué, nous avons pris notre plus belle plume le 13 juillet 2005, et posté vers le « Chef du service de l’Inspection des finances » une aimable lettre demandant quelles démarches accomplir pour pouvoir compulser cet utile document, se promettant une lecture des plus passionnante. Notre missive resta sans réponse, assez bizarrement. Une courtoise relance du 20 octobre n’eut pas plus de succès.
Ceci nous étonne grandement, étant connue l’ancienne tradition de haute courtoisie de nos élites institutionnelles républicaines.
En tant que Français moyen, volontiers râleur et procédurier, nous avons voulu savoir quelles dispositions légales ou réglementaires nous auraient permis d’exercer d’efficaces pressions. Qu’est-il prévu pour aider le public vers l’accès aux documents établis ou détenus par l’administration ? C’est notre administration, après tout ?
Dans notre France bien organisée, tout questionnement a suscité une Agence ou une Haute Autorité pour y répondre. Nous avons ainsi trouvé la CADA, « Commission d’accès aux documents administratifs », dont le site internet affirme solennellement, à notre jubilation, que le public a accès à tout… mais hélas sauf ceci (avec une pointe de sadisme subliminal) : « Lorsqu'il s'agit d'un document qui s'inscrit dans un processus de décision et revêt à ce titre un caractère préparatoire, le droit à communication est suspendu jusqu'à ce que le processus de décision soit achevé ou, le cas échéant, définitivement abandonné. » Quelle déception !
Et quelle perplexité ! Le processus de la réforme de l’Etat français est-il « abandonné », comme tout le laisserait croire ? Ou bien fait-il l’objet d’un processus de décision, lancé vers 1997-99 ou avant, et toujours non « achevé » bientôt dix ans plus tard ?
Que nous reste-t-il à faire ? Tenter de passer en force, brandissant la CADA ? On pourra toujours nous répondre que la réforme est encore en cours (notons au passage que cela vide le droit d’accès de tout contenu réel…)
Il y a mieux à faire : une supplique à nos dirigeants, comme au temps des rois. Monsieur Chirac, Messire Villepin, voulez-vous nous faire la grâce de bien vouloir nous communiquer ce rapport, nonobstant les dispositions CADAiennes, par une bienveillante dérogation toute spéciale ? 49 % des Français seraient très intéressés de le parcourir (49 %, c’est tous ceux qui ne vivent pas de l’Etat, de ses dépenses et de ses ramifications), et cela rentabiliserait le coût élevé de son élaboration…
J’entends votre objection : ce serait là une rupture par rapport à votre attitude politique de long consensus sur ces sujets ? Peut-être en effet, mais pourquoi pas ? Les temps ne sont-ils pas venus ?

D. Garrigues
Auteur du Manuel des réformateurs de terrain (L’Harmattan)


Cercle thématique « Les protections sociales »


Le comble de la démagogie – P. Golt
Deux footballeurs, idoles des foules, multimillionnaires et bien-pensants, ont invité au stade de France soixante-dix sans-papiers.
Ces braves cœurs, qui vivent dans de somptueuses résidences et roulent dans des voitures de luxe, n'ont pas eu l'idée de pousser un peu plus loin leur sollicitude en invitant leurs protégés à partager leurs demeures ou même à leur proposer un emploi.
Au-delà du coup médiatique parfaitement réussi, il s'agit d'une incitation au viol de la loi, ce qui augure mal de l'intégration de ceux dont on veut faire des Français à part entière.
C'est en outre un encouragement à un accueil sans limite de tous les migrants, ce qui est la tentation naturelle de toute personne compatissant à la misère du monde. Comme l'a fait fort justement remarquer un premier ministre socialiste, Michel Rocard, « la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde ».
La solution n'est certainement pas dans l'ouverture inconsidérée des frontières ni dans de massives régularisations périodiques.
Selon les chiffres de la FAO, 850 millions de personnes dans les pays en développement et en transition souffrent de la faim et plus d'un milliard d'êtres humains vivent avec moins d'un dollar par jour. Si l'Union Européenne, qui compte environ 450 millions d'habitants, devait accueillir tous ces malheureux chaque Européen devrait se charger de deux personnes, c'est-à-dire qu'une famille de quatre personnes aurait à assumer huit pauvres.
Comme, par ailleurs, il n'est pas possible de repousser ces vagues d'immigrés sans un recours difficilement admissible à la violence, la solution paraît devoir être recherchée dans une aide au développement qui soit concrète au lieu d'agiter des gadgets dérisoires tels que la taxe sur les billets d'avion de Jacques Chirac ou sur les e-mails ou SMS, comme le prône un certain Lamassoure.
Si au lieu de protéger à l’excès nos agriculteurs, on ouvrait les frontières de l'Europe et des Etats-Unis aux exportations agricoles des pays en développement, ceux-ci bénéficieraient de ressources incomparablement plus élevées.
Il faudrait en outre veiller à ce que l'argent de l'aide ne soit pas détourné par les dictateurs au pouvoir dans la plupart de ces pays.
Mise à part l'émotion que chacun peut ressentir, il ne paraît pas souhaitable de régulariser automatiquement tous les sans-papiers dont un enfant est scolarisé. En effet, s'il suffit d'entrer en fraude sur le territoire (en quelque sorte, par effraction) et d'inscrire un enfant à l'école pour être régularisé, la France risque d'être envahie par « la misère du monde ».
Dans le cas particulier de Cachan, il serait particulièrement injuste de loger par priorité les squatters expulsés, alors que nombre de leurs compatriotes titulaires d'un permis de séjour attendent depuis plusieurs années leur relogement en HLM.
Pour conclure, voici un extrait du « bloc-notes » de Bernard Henri Lévy (Le Point, 31 août 2006) :
«…Tous les sans-papiers ? Vraiment tous ? Et Sarkozy dans le rôle du méchant, de la brute, du chasseur d'enfants voués à la déportation, du barbare ? A ceux qui, ces dernières semaines, ont battu les estrades sur ce thème, aux démagogues qui mélangent tout et jouent sur nos émotions pour mieux nous refiler leur camelote, aux trafiquants de l'imaginaire qui en sont presque à voir en Klarsfeld fils une version douce des salauds pourchassés par Klarsfeld père, on aimerait recommander une lecture, une seule - celle d'un petit livre de Jacques Derrida, « De l'hospitalité », montrant comment l'idée d'hospitalité inconditionnée est, hélas, contradictoire dans les termes.
Accueillir largement les immigrés, oui. Traiter les drames au cas par cas, bien sûr. Mais faire d'un devoir moral infini une politique d'ouverture illimitée, voilà le sophisme, voilà l'imposture. »