Bayrou n'est pas mon gourou

Quand je pense que sur le site de l'UDF, on peut y lire que l'UDF "est dépositaire du libéralisme...", permettez-moi d'éclater de rire.
Voilà un parti qui prétend discrètement être libéral sans jamais le clamer, ni revendiquer de véritables idées libérales. Les propositions de Bayrou sont à l'image de sa ligne politique. Voilà un candidat présenté comme le 3ème homme et qui risque de faire un résultat probant "par défaut" (comme souvent lors des élections en France).


Proposition 1 : « Je propose une mesure d’urgence : l’ouverture du droit pour chacune des entreprises de notre pays, de créer deux emplois nouveaux sans charges. Contrat garanti pendant cinq ans, n’assumant que les charges de retraite (10 % de charges en tout et pour tout), sans autre condition, ouverte à tous les types d’emplois, à tous les âges, à toutes les formations. »
une demie mesure, une de plus. Une vraie position libérale sur ce sujet consiste à prôner la liberté contractuelle totale assortie du versement complet du salaire (restitution du montant des charges salariales à l'employé et suppression des charges patronales). L'efficacité de la lutte contre le chômage passe par la libre négociation entre employeur et employé de leur relation. Les Français, dans leur diversité, ont une approche différenciée du travail en termes de temps de travail, d'heures supplémentaires, de recherche d'un meilleur pouvoir d'achat, etc). Laissons ces différences s'exprimer pour permettre l'épanouissement professionnel de chacun et supprimons la réglementation uniformisante !

Proposition 2 : « Nous proposons donc de changer le régime des heures supplémentaires : nous proposons d’élargir à toutes les entreprises, même celles de moins de vingt salariés, le régime des heures supplémentaires à 25 % de prime. Il est scandaleux pour nous que l’heure supplémentaire dans une petite entreprise rapporte moins au salarié que dans une entreprise de plus de vingt ! Ça n'est pas juste ! Et nous proposons que cette prime de 25 % soit intégralement déduite des charges sociales. Parce que quand un salarié a travaillé 35 heures, il a déjà payé sa quote-part de la protection sociale.»
chez les libéraux authentiques, le problème d'exonérer ou pas de charges sociales les heures sup disparaît lorsque vous supprimez les charges patronales et rendez au salarié le montant de ses cotisations pour qu'il assure lui-même sa protection sociale comme il l'entend auprès d'un éventail riche et varié d'assureurs privés (à bas le monopole public du panier percé de la Sécu ! ). Personnellement, je ne suis pas certain qu'il faille surrémunérer (autant) les heures sup, source d'un renchérissement du coût du travail assez dissuasif pour l'entreprise et, au final, pénalisant l'emploi. Pour ma part, le calcul est simple : nombre d'heures travaillées x taux horaire de base = salaire. Ce qui n'empêche pas le développement d'incentives tels que primes de résultat, commissions sur ventes ou sur chiffre d'affaires, etc.

Proposition 3 : « Nous sommes des défenseurs d'un service civil universel, de six mois, qui concerne l'ensemble des jeunes. Nous défendons cette idée, non pas depuis aujourd’hui, mais depuis 2001 ! Je suis décidé à soumettre l’idée d’un service civil à référendum pour lui donner la base populaire nécessaire à une si grande idée. Et j'ajoute que je suis partisan que ce service civique ne concerne pas seulement les jeunes Français nationaux détenteurs d'une carte d'identité française. Je suis partisan qu’il concerne tous les jeunes, y compris les jeunes immigrés qui ont grandi en France et que l’accomplissement de ce service soit une clé de l’attribution de la nationalité française »
une vision conservatrice du service civil. Bayrou en fait un élément coercitif dans le but d'imposer un sentiment de citoyenneté et d'appartenance commune à une génération. C'est à mon avis là l'effet pervers de la proposition. L'idée n'est bonne que si elle est soumise au libre choix de chaque jeune concerné. Le volontariat de ce service suffira à démarquer les jeunes qui seront passés par cette "case" de ceux qui n'y seront pas passés et, au final, je parie que le taux de jeunes intéressé par cette véritable 1ère expérience professionnelle grimpera. Du reste, pourquoi limiter sa durée ? Pourquoi ne pas l'envisager comme une possibilité de véritable emploi à durée indéterminée. On peut penser que maintes missions sociales seraient concernées par ce type d'activité. Or, les besoins étant énormes en la matière, il serait dommage de briser des vocations sociales à cause d'une activité réglementairement limitée dans le temps. Ne reproduisons pas l'effet "second best" ou "deuxième choix faute de mieux" provoqué par les emplois-jeunes et laissons à cette idée de service civil la possibilité d'un tremplin vers un véritable emploi durable.

Proposition 4 :
« Pour sortir les exclus de l’exclusion, il faut un immense effort national : l’activité universelle. Tu connais l’informatique, viens enseigner l’informatique, il y a une association pour cela. Tu es sportif, viens être moniteur. Tu sais garder des enfants, il y a des associations d’aide pour les familles. Tu es valide, viens surveiller la sortie des écoles. Tu sais remplir des papiers, viens aider ceux qui ne savent pas. Tu sais conduire une voiture, viens transporter des personnes invalides, ou viens faire des courses pour des personnes seules et malades. Bien sûr, cela ne peut pas concerner le secteur de l’emploi marchand. Cela ne peut concerner que le secteur associatif et celui des collectivités locales. Mais c’est un immense secteur, qui a besoin d’un immense coup de main. »
d'accord, mais pour réaliser cela, il faut supprimer les charges sociales et surtout le SMIC qui provoque un effet de seuil à l'embauche et pénalise le retour à l'emploi des plus exclus. Pour qu'un employeur, de quelque secteur que ce soit, prenne le risque d'embaucher sur des tâches peu qualifiées mais ô combien utiles une personne déconnectée du marché du travail depuis longtemps et dont la valeur économique (= de nécessaire rentabilité pour l'entreprise) est devenue très incertaine, il faut abaisser, voire supprimer le SMIC. C'est possible, d'autant plus si une allocation unique de base (en remplacement du maquis d'aides sociales existantes) est versée à chaque citoyen, quelle que soit sa situation matérielle. En la matière, Alternative Libérale a vu juste !

Proposition 5 : « Je suis partisan du principe de la représentation proportionnelle, comme en Allemagne, 50 % des sièges par circonscription, qui représentent les territoires, 50 % des sièges par liste qui représentent les opinions. »
plutôt d'accord. Aujourd'hui nous avons un réel problème de représentation démocratique. 61% des Français ne se reconnaissent plus dans le bipartisme. Il existe d'autres formations politiques prêtes à percer électoralement, mais les règles du jeu sont telles qu'elles favorisent le status quo. Attention à la réaction populaire lorsque le peuple se sent oppressé par une classe politique qui ne représente plus qu'elle-même. L'introduction d'une forte dose de proportionnelle obligerait à sortir des clivages politiciens stériles dont souffre notre pays. Ce serait un moyen de pousser les clans politiques à travailler au service de la population plutôt qu'au maintien de leurs propres avantages. Ce "verrouillage" de la vie politique par les 2 plus grandes formations (dont le bilan négatif sur les 30 dernières années est patent) m'exaspère. Quitte à ce qu'une situation soit bloquée, je préfère que ce soit à cause de la représentation proportionnelle, synonyme de pluralité démocratique, plutôt qu'à cause de la mainmise de l'UMPS.


DG alias Archilibéral