|
|
On a assez reproché à Ségolène ROYAL de parler pour ne rien dire et de ne pas avoir de programme pour ne pas s'intéresser à ses premières déclarations en matière économique. Elle en a réservé la primeur aux militants réunis à la fête de la rose à Quimperlé. La candidate avance un objectif tout à fait louable : elle veut " réconcilier les Français avec l'entreprise ". Jusque là, c'est beau comme un discours du MEDEF. Mais comment faire ? Il faut changer les choses et cette réconciliation passe par " une meilleure écoute et un plus grand poids des syndicats ", car " en France, nous sommes au Moyen-âge des relations sociales ". Et d'ajouter pour couronner le tout : " La réconciliation sera difficile quand la chronique est défrayée par le comportement des patrons voyous ". Cela fait beaucoup de contrevérités en peu de lignes. En réalité, la réconciliation des Français avec l'entreprise passe par le rôle des entrepreneurs (qui ne sont pas des patrons voyous) et par une meilleure compréhension du fait que ce sont les clients qui, en fait, dirigent l'entreprise. En France, le poids des syndicats est déjà énorme, disproportionné à leur taille réelle, puisque 8% des Français à peine sont syndiqués, et moins de 2% dans le secteur privé. Or ces syndicats ont, depuis la Libération, des privilèges considérables et un monopole de représentation des salariés. Leur financement ne provient pas des cotisations, puisqu'il n'y en a pas, mais des prébendes que leur a accordées la législation " sociale ". Que faire de plus pour eux ? Ils n'ont aucun sens des responsabilités et sont capables de bloquer la France en une journée. Notre économie souffre de ce trop-plein syndical et accroître encore leur poids, c'est faire le choix des rapports de force et de la lutte des classes dans les rapports sociaux. Ségolène ROYAL avait d'ailleurs avancé il y a peu une proposition phare : rendre obligatoire l'adhésion des salariés à un syndicat. On sait ce que ce système avait donné en Grande-Bretagne (avec le closed shop) et même chez nous avec le monopole d'embauche de la CGT pour les dockers et les ouvriers du livre. Devant le tollé général (y compris des syndicats) elle a dû reculer, reconnaissant que cela " ne correspond pas à la culture syndicale française ". Autre proposition : un " ordre juste économique ". Ca commence comme du HAYEK et ça finit comme du DELORS. C'est la justice sociale qui est ici la seule recherchée, concept comme on le sait vide de sens et qui vise à remplacer les rapports contractuels par les rapports de force. D'ailleurs, elle réclame " la rééquilibrage du rapport entre le capital et le travail au profit du travail ", alors que ce rapport est déséquilibré par le code du travail au profit des seuls salariés et au détriment des entrepreneurs. Et c'est cela qu'elle appelle " la reconstruction de la valeur travail " : sans doute en travaillant moins et en gagnant plus. Enfin, la candidate à l'investiture socialiste souhaite aller beaucoup plus loin dans la décentralisation. On ne peut que s'en réjouir. Mais là encore elle procède à une subversion du vocabulaire. Car en quoi consiste pour elle la décentralisation ? A donner aux régions la gestion des aides économiques. C'est-à-dire à prolonger le socialisme étatique par un socialisme local, régional ou communal. A cette sorte de décentralisation socialiste, nous préférons la subsidiarité, qui consiste à rendre aux entreprises et à la société civile en général leurs pouvoirs. Madame ROYAL utilise des mots sympathiques : réconcilier les Français avec l'entreprise, reconstruction de la valeur travail, ordre juste, décentralisation,… Mais elle leur fait subir une déformation à 180°. Et derrière ces mots sympathiques se cache une réalité beaucoup plus simple. Sa pensée économique reste fondamentalement socialiste. De la sorte, elle a bien raison sur un point : elle est l'héritière du François MITTERRAND de 1981.
|