Questions internationales
Conclusions synthétiques


Les questions internationales sont gérées par les Etats (la diplomatie, la défense…), mais les libéraux ont cependant tout à dire à leur sujet. Répandre la démocratie, ouvrir les frontières aux relations commerciales - faites le négoce, pas la guerre !… Les bienfaits de la mondialisation en termes économiques, sociaux, culturels sont reconnus par tous, sauf les caciques nord-coréens, cubains, et une petite frange de Français…
Notre monde a heureusement tourné le dos aux désastres des guerres mondiales du XXème siècle, issues d’idéologies et d’affrontements aux antipodes du libéralisme. Mais d’autres menaces se font jour, dont la plus pressante : celle du fanatisme islamique, qui se munira immanquablement d’armes de destruction massive un jour proche. Et aussi, la prolifération nucléaire, qui bouleversera nos fragiles équilibres actuels.
L’horizon est sombre ? Non pas, si nous portons haut les valeurs libérales. La vraie réponse sera la sortie de la misère pour tous. Elle apportera l’éducation des femmes, le contrôle des naissances, la fin des dictatures… Seuls, les libéraux savent comment réduire dans le monde la faim, la pauvreté, l’illettrisme et donc le fanatisme et l’aventurisme terrorisme ou guerrier, et aussi l’immigration incontrôlée.
La planète est entrée dans une étonnante phase de développement rapide, que peu d’observateurs anticipaient - à la malheureuse exception de l’Afrique et des pays du Proche-Orient. La priorité, pour nous Européens, est là : l’Afrique est notre voisine, aidons-la à se tirer d’affaire.


Nous pouvons, sur ces bases, proposer l’approche libérale des questions internationales.

Pauvreté dans le monde : libérer le commerce mondial
Ouvrons d’urgence nos marchés des pays développés aux productions des pays pauvres, en supprimant toute barrière tarifaire, tout quota, et cessant de subventionner nos exportateurs. Tout particulièrement dans le domaine agricole. Ne nous donnons pas pour alibi que l’Australie en profitera avant le Niger, ni que les Etats-Unis ne l’ont pas fait.
Le rôle de l’OMC est clé dans ce processus.
Laissons se développer les achats éthiques, les micro-crédits…
L’autre moyen, l’aide financière entre Etats est à réexaminer sérieusement. Elle est trop souvent dévoyée vers le maintien en place de régimes corrompus, et se perd dans des méandres administratives ou mafieux, avec une infime partie réellement utile. Diminuons sensiblement les 60 milliards d’euros que la France envoie chaque année vers les pays en développement. Et cessons d’aider les dictateurs.

L’islamisme : aider l’évolution culturelle
Nouis savons qu’il existe une étroitre parenté philosophique entre islam et libéralisme : pour l’un et l’autre, la loi de la majorité ne suffit pas pour faire le juste ; la volonté divine de l’islam et les droits de l’homme des libéraux ne sont pas antagonistes.
Aidons l’islam modéré en soutenant ses principaux porte-parole, contribuons à l’étude historique des débuts de l’islam, à l’herméneutique du Coran, à distinguer ce qui est textes fondamentaux et simples commentaires : quelle est la vraie parole divine ? faisons entrevoir l’enfer aux kamikaze…
Les libéraux appellent les chefs spirituels de la chrétienté à ouvrir un vaste dialogue public avec les responsables religieux musulmans.
Aidons à l’évolution des pays musulmans par des bourses pour l’enseignement supérieur, des échanges de jeunes dans l’enseignement, la place d’internet, la pratique des sports…
Laissons se créer des universités en France pour la formation des imams, en contrôlant strictement leurs programmes ; facilitons la construction et le fonctionnement de mosquées.
La loi sur le voile à l’école était inutile, les libéraux ne sont pas contre le port de signes religieux, si c’est sans aggressivité.

Défense : connaître et mesurer notre responsabilité
Les questions de défense entrent-elles dans le champ de réflexion libérale ? Oui, si l’on rejette toute idée d’expansionnisme, pour n’accepter que les actions armées purement défensives. « Les démocraties ne font pas la guerre » (M. Doyle), et les démocraties libérales encore moins.
Toute personne a le droit de se défendre contre une agression, d’où la notion de « guerre juste avec des moyens justes », admise sans réserve par les libéraux.
La guerre préventive peut se justifier, si c’est l’option la plus efficace (mais seulement en cas de préparatifs agressifs manifestes : donc pas de frappe préventive sur les centres nucléaires iraniens…). Nous admettons, bien entendu, les opérations militaires de maintien de la paix, comme en Yougoslavie, au Darfour, ou en Irak. A condition d’avoir reçu mandat d’une organisation internationale ou d’un tribunal mondial.
La France, trop petit pays pour se défendre seul devant les menaces mondiales, ne peut que placer sa sécurité dans un cadre européen intégré et autonome : accroissons sensiblement les budgets militaires des états membres (par décroissance des autres dépenses), améliorons les moyens de défense contre le terrorisme, renforçons les garde-frontières, augmentons la force de réaction rapide et sa logistique, dotons-nous des moyens de planification, d’observation, créons une école d’état-major européenne… Fin des alliances au coup par coup. Le tout en amitié et étroite coopération avec les Etats-Unis, mais en maintenant les moyens de notre totale indépendance européenne, car rien ne garantit que les intérêts des Etats-Unis seront les nôtres dans une génération.
Pas de monodécision d’un président de la République sur les questions de défense, le contrôle parlementaire doit s’appliquer strictement.
Nous apporterons une assistance techniques aux zones en difficulté, en leur proposant des modèles d’organisation inspirés de l’Union européenne : autonomie de régions ou d’ethnies, ou de communautés religieuses au sein de fédérations locales (Irak, Côte-d’Ivoire…), regroupées en fédérations plus vastes (Proche-Orient, Afrique de l’Ouest, du Centre, etc.).

Europe
Les libéraux veulent le libre échange à l’échelle de la planète. L’Union européenne se diluerait dans cet ensemble si elle n’avait pas une personnalité politique. Ce serait intenable, chaque Etat membre est trop faible devant les mastodontes du monde de demain. Le concept libéral de responsabilité nous mène à refuser cette option.
Il faut au contraire construire une unité politique européenne, ce qui suscitera la naissance d’un « sentiment national européen ». Un moyen de favoriser cette solidarité est de faire élire le Parlement européen à la proportionnelle sur des listes paneuropéennes.
L’intégration n’est pas possible immédiatement à 25 ou à 30 : il faut passer par des étapes. Nous appelons à la constitution d’un noyau dur supranational en politique étrangère et de défense (éventuellement sans la France si elle s’y refuse). Pour les autre sujets (à part le maintien du marché unique, une part de la police transnationale et de l’écologie transnationale), le principe de subsidiarité nous mène à les traiter au niveau des Etats, ou des régions.
La Turquie sera un jour étroitement associée à l’Union européenne, mais n’entrera pas dans le noyau dur supranational.
Pas de nationalisme industriel (sauf dans le domaine de la défense et sauf contre les acquéreurs à capitaux d’Etat). Pas de politique commune énergétique (sauf quelques points comme les réserves stratégiques).
Pas d’harmonisation obligatoire sur la fiscalité ou les charges sociales, ni sur le droit du travail. Une saine émulation entre Etat apportera le progrès. Maintien de la règle de l’unanimité sur les domaines économiques, fiscaux et sociaux, pour nous protéger efficacement contre toute tentative d’immixtion des autorités européennes. Gestion totalement indépendante de la monnaie unique par la banque centrale.
Urgence de la mise en place des préconisations du sommet de Lisbonne sur la compétitivité européenne.
Fin des subventionnements agricoles, des subventionnements pour l’aménagement du territoire, avec réorientation vers les nouveaux membres.
Ouverture des services intérieurs à la concurrence (assurance maladie…) ; pas de traitement particulier des « services d’intérêt général ».

Immigration
Les excès de l’immigration incontrôlée rendent impossible l’assimilation, et la situation deviendra rapidement explosive. Il n’est que de voir la montée des sentiments populiste dans l’Europe : l’action est urgente. Le développement économique des pays pauvres, et surtout de l’Afrique, donnera la solution à terme, mais il faut aussi traiter le présent.
Renforçons sérieusement la police des frontières, y compris les garde-côte en Méditerranée, en plaçant le tout au niveau de l’Union européenne. Unifions les règles dans les pays de l’espace Schengen (contrôle et gestion de l’immigration, acquisition de la nationalité…). Maintenons l’acquisition de la nationalité française par le droit du sol, avec démarche volontaire forte si les parents sont étrangers (à peu près le système actuel).
Nous voulons restreindre strictement la définition du « regroupement familial ». Maintenir le droit d’asile, mais en se donnant les moyens nécessaires pour le contrôler sérieusement. Renvoyer les irréguliers dans leur pays. Revoir le statut des travailleurs saisonniers (alléger la réglementation et les déclarations, envisager la notion de visa multi-annuel ?). Pour l’immigration de travail, nous sommes réticents devant la notion de quota, d’inspiration trop planificatrice

Organisation mondiale
Favoriser la démocratie dans tous les pays. Notre action en sa faveur confortera rapidement le progrès du monde. Aidons l’Ukraine, la Géorgie, la Biélorussie…
Conseil de sécurité de l’ONU : faire entrer l’Inde, le Japon, le Brésil… L’Union européenne remplacera la France et le Royaume-Uni ; suppression du droit de veto, qui bloque les bonnes décisions.
Tribunal international, qui jugera des hommes et non des Etats.
Intransigeance sur les droits de l’homme, sauf pays à graves difficultés (le travail des enfants peut être admissible dans certains cas). Parlons haut et clair quand il le faut, notamment vers la Russie.

D. Garrigues (Cercles libéraux, d’Alain Madelin) - 28 mars 2006
Cercle « Les enjeux internationaux »