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CPE
: entre ébullition
et raison
L'actualité sociale est aujourd'hui focalisée sur la question
du Contrat Première Embauche, objet de toutes les inquiétudes
et de multiples violences. Les premières sont souvent injustifiées,
les secondes doivent être condamnées car elles fragilisent
notre démocratie. Le rappel de quelques vérités devrait
permettre un retour à la raison.
• 1 – Est-il vrai que les entreprises françaises ont
très généralement des effectifs sous-dimensionnés
?
Oui : les entreprises, à des degrés divers selon leur taille,
sont toutes sujettes aux mêmes interrogations devant le Code du
travail et la lourdeur des procédures pour ajuster les effectifs,
quand un retournement de conjoncture l'impose. C'est la peur ou le recul
devant l'embauche, que connaissent de nombreux artisans, les PME, et bien
des entreprises plus importantes, qui préfèrent sous-traiter
plutôt que de recruter. Les entreprises ont donc tendance à
limiter au maximum leur personnel permanent.
• 2 – Est-il vrai, que les entreprises françaises,
quand elles envisagent d'embaucher restent longtemps hésitantes
avant de finaliser le recrutement ?
Oui. Bien entendu, ce n’est ni la loi, ni la forme du contrat qui
crée l'emploi. C'est la croissance. Mais, même dans l'hypothèse
où l'entreprise entrevoit un développement de son marché,
elle retarde souvent l'embauche jusqu'au moment où elle est quasi
certaine de la pérennité de l'emploi qu'elle veut pourvoir.
Ce recrutement risque, en effet, si son marché vient à faiblir,
de mettre en péril le résultat de l'entreprise, voire son
équilibre général. Pour l'essentiel, contrairement
à ce que l'on dit souvent, le CPE n'est pas fait pour mettre le
salarié à l'épreuve mais pour vérifier que
l'emploi qui lui est proposé est durable.
• 3 – Est-il vrai que la France est depuis des décennies
en tête de ce championnat du malheur qu'est la situation comparée
des taux de chômage en Europe ?
Oui. Aujourd'hui au deuxième rang avec 9,2 % en janvier 2006 –
seule la Grèce fait plus mal que nous –, la France détient
ainsi une médaille d'argent dont on se passerait. Notre pays est
aussi troisième au classement général européen
du chômage des jeunes actifs : ce sont 400 000 garçons et
filles qui sont inscrits comme demandeurs d'emploi en janvier dernier.Les
moins qualifiés sont les plus touchés. Le CPE est particulièrement
fait pour eux. La pire des précarités n'est-elle pas celle
du chômage ?
• 4 – Compte tenu de ces vérités, ne convient-il
pas de saluer le courage d'un gouvernement qui n'hésite pas à
soulever un tabou en cherchant à atténuer les effets d'une
réglementation du travail qui pèse sur l'emploi des jeunes
? Et au-delà du seul CPE, la Présidente du Medef n'est-elle
pas au coeur de la question quand, en considérant « la grande
mutation économique à laquelle notre pays est confrontée
et les incertitudes auxquelles les nouvelles générations
doivent faire face », elle propose aux organisations syndicales
« une grande réflexion, sous forme, le cas échant,
de négociations sur toutes les flexibilités et toutes les
précarités, en y incluant les enjeux de formation et de
qualification ».
• 5 – Dans l'immédiat, le CPE apparaît comme
un réducteur d'incertitudes pour les entreprises qui hésitent
à embaucher, et qui se jetteront d'autant plus à l'eau que
l'emploi ainsi créé, s'il n'est pas durable, pourra être
supprimé sans lourdes procédures dans le respect de la dignité
du jeune chômeur engagé, qui reste, quoi qu'il en soit, le
principal bénéficiaire de cette opération : en supposant
même que son recrutement soit seulement accéléré
par le CPE, c'est autant de mois de chômage en moins pour le jeune
demandeur d'emploi. En économie, anticiper c'est encore créer.
• 6 – Enfin, s'agissant de la lutte contre la précarité,
faut-il rappeler que le CPE apporte à un jeune davantage de garanties
qu'un CDI, aussi longtemps qu'il n'a pas atteint les deux ans d'ancienneté
? En effet :
- le préavis en CPE, en cas de rupture du contrat est plus long
qu'en CDI : 15 jours à un mois, au lieu de 8 jours à 1 mois.
Et en CDI, il n'y a aucun préavis pendant la période d'essai
qui peut durer plusieurs mois.
- l'indemnité de licenciement en CPE (jusqu'à 2 mois de
salaire au bout de 2 ans) dépasse d'autant plus celle du CDI…
qu'il n'y a aucune indemnité légale pour un CDI de moins
de 2 ans, et rarement une indemnité conventionnelle.
Toujours en cas de rupture du CPE, le jeune est plus rapidement indemnisé
au titre de l’assurance-chômage (au bout de 4mois de travail
seulement) qu'un salarié en CDI (où il lui faut 6 moisde
travail avant d'entrer dans les fichiers de l'Unédic).
• 7 – Reste la vraie question de la motivation du licenciement.
Ramenons d'abord le problème à sa juste dimension. Quel
est l'employeur qui se sépare de son salarié sans lui donner
une explication ? Et le fait qu'il n'y est pas tenu par la loi sur le
CPE, de même qu'il n'y est pas tenu par le Code du travail pendant
la période d'essai en CDI, change-t-il quoi que ce soit à
la réalité ? Sauf exceptions rarissimes d'employeurs qui
viendraient à abuser de la situation - attitude que l'UIMM a condamnée
en février dernier - une rupture de contrat en CPE, comme en CDI
à l'essai, se traduit toujours par une explication.
Le point est de déterminer si cette explication relève ou
non de l'appréciation des tribunaux.
Rappelons que la loi sur le CPE maintient intégralement
la compétence des tribunaux sur les licenciements abusifs et discriminatoires.
Pas plus qu'en CDI, l'employeur ne pourra se séparer d'un salarié
en CPE, par exemple, dans le cas d’une jeune femme enceinte. Aucune
prétendue nouvelle liberté de l'employeur dans ce domaine.
Reste alors le cas de la suppression du poste ou de l'inadaptation
du salarié à ce poste. Le vrai changement qu'apporte ici
le CPE est la sécurité juridique qu'il donne à l'entreprise,
pendant 2 ans - contrepartie des sécurités évoquées
ci-dessus pour le salarié - en lui permettant d'éviter d'être
traînée devant les tribunaux pour discussion de ce motif.
C'est bien encore une fois la peur d'une procédure
longue (qui prend près de 100 pages dans le Code du travail) et
semée d'embûches, qui est le principal moteur du découragement
à l'embauche, comme le soulignent les chefs d'entreprise interrogés
à ce sujet.
Il est d'ailleurs
extraordinaire qu'avec un des Codes du travail les plus protecteurs au
monde – les études de l'OCDE ne trouvent que 3 pays de l'Union
européenne qui aient un « indice de protection de l'emploi
» supérieur au nôtre (1) nous ayons parallèlement
le taux de chômage des jeunes actifs pratiquement le plus élevé
d'Europe !
• 8 – On peut contester les vérités qui viennent
d'être dites, maison peut contester aussi que la Terre tourne autour
du Soleil. Pour autant, il est toujours possible d'améliorer la
situation des jeunes actifs, par une prise en charge plus adaptée
en cas de rupture d'un CPE, notamment par un processus de formation dynamique,
mais aussi par un examen des conditions de la rupture (entretiens, explications)
dès lors que celle-ci n'enclenche pas une procédure sans
fin et donc une insécurité juridique qui réduirait
à néant le rôle de cet instrument d'encouragement
à l'embauche des jeunes que représente le CPE.
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* *
Faut-il rappeler, avec le Professeur Marseille, dans ce climat de folie
que nous connaissons aujourd'hui, qu'un chef d'entreprise ne pense pas
tous les matins au nombre de personnes qu'il va licencier dans la journée.
Bien au contraire, il cherche tous les jours les idées et les moyens
qui assureront la pérennité de son entreprise et donc celle
de ses employés. Et, faut-il rappeler que lorsqu'un employeur a
conservé 1 an, 18 mois, 2 ans dans son entreprise un salarié
qu'il ne connaissait pas auparavant, qu'il lui a donné une formation
appropriée pour s'adapter au mieux au poste qu'il lui a confié,
il n'a aucun intérêt à s'en séparer, sauf à
y être contraint par une situation économique imprévue.
Faut-il rappeler que dans la pire des hypothèses - celle où
il ne serait pas maintenu dans l'entreprise au bout des 2 ans fatidiques,
le jeune aurait au moins une expérience professionnelle à
inscrire sur un CV. Cette première expérience à laquelle
se réfèrent toutes les petites annonces, et qu'il est aujourd'hui
si difficile d'acquérir.
Puissent ces quelques vérités ramener un peu de raison dans
un débat où l'on dit tout et n'importe quoi au risque de
déboussoler une jeunesse qui est notre avenir à tous.
Et, quoi qu'il arrive dans les jours qui viennent, le débat aura
eu le mérite de poser le problème d'une organisation du
marché du travail qui est aujourd'hui défavorable à
l'emploi dans notre pays.
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