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Aux
Etats-Unis,
Comment et pourquoi, et avec quelles conséquences, le terme et par suite l’idée de libéralisme en sont-ils venus outre-Atlantique à signifier presque exactement et paradoxalement l’inverse de leur acception courante dans toute l’Europe continentale fidèle en cela au sens légué par la tradition libérale du XIX° siècle ? Voici les questions, jusqu’alors laissées dans l’ombre, auxquelles s’emploie à répondre avec un luxe d’informations inédites en histoire des idées le nouveau livre d’Alain Laurent, Le libéralisme américain – Histoire d’un détournement *. Prenant appui sur les textes canoniques des grands libéraux européens exprès choisis parmi les plus modérés (Humboldt, Constant, Tocqueville, Laboulaye, le J.S. Mill des débuts), l’auteur démontre d’abord que le « new liberalism » anglais des années 1880-1920 (Hobhouse, Lloyd George…) puis le « modern liberalism » américain apparu au moment du New Deal, théorisé par J. Dewey et mis en pratique par F.D. Roosevelt représentent l’un et l’autre une falsification social-étatiste de la philosophie libérale classique dont ils usurpent et détournent le label à des fins politiques. Plus près de nous, le « politically correct » et John Rawls, Hilary Clinton ou George Clooney en sont d’exemplaires incarnations. Mais pourquoi n’en a-t-il pas été de même en Europe continentale ? Une deuxième partie établit que malgré quelques tentatives avortées (le solidarisme, le « socialisme libéral », le « néo-libéralisme » du colloque Walter Lippmann en 1938…) le libéralisme y a conservé son contenu historique car mue par l’égalitariste idéologie de la lutte des classes, la gauche européenne n’a pas éprouvé le besoin de se réclamer de la liberté et donc de piller le libéralisme abhorré. C’est d’ailleurs d’Europe (avec Mises et Hayek) que dès avant la deuxième guerre mondiale s’amorce le grand « revival » qui va avec le succès que l’on sait faire renaître le libéralisme classique de ses cendres (le prétendu « néo »-libéralisme) avec les Etats-Unis comme terre d’élection première : ce qui est l’objet d’une troisième et dernière partie. Toutefois, le terme « libéralisme » y ayant été confisqué et détourné en prenant définitivement un sens voisin de ce qu’on appelle en Europe social-démocratie (parfois passablement gauchisée par les « liberals »), les dynamiques et vrais héritiers américains du libéralisme historique (de M. Friedman à M. Rothbard en passant par Ayn Rand et les premiers néo-conservateurs) ont dû se choisir de nouveaux labels – « conservatives » et « libertarians » - non sans âprement dénoncer l’imposture dont ils ont été victimes. Tout au long de l’ouvrage, Alain Laurent procède aussi à une mise en garde : en France, actuellement, se multiplient des tentatives insidieuses d’importer et acclimater ce sens américain frelaté du libéralisme. Et ce n’est pas l’un des moindres intérêts de l’entreprise que de montrer qu’il s’agit là d’une manière supplémentaire de discréditer le regain de l’authentique tradition libérale en voulant faire passer celle-ci pour « ultra ». Alain Laurent
* Les Belles Lettres, 2006 ; 330 pages/21 euros.
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