La Lettre des Cercles Libéraux, du 7 avril 2006

Quel gâchis !
Retirer l’anodin CPE constituerait une faute lourde.

Soit, nous l’avons dit, le CPE est un mauvais contrat reposant sur un mauvais diagnostic. Il apporte une mauvaise réponse à une bonne question (l’aménagement du droit du licenciement). Mais - nous l’avons dit aussi - le procès fait au CPE est un bien mauvais procès. Et dès lors que le front du refus est essentiellement devenu le front des adversaires des réformes dont la France a besoin, celui des marchands de peur et des vendeurs de fausses sécurités, il va de soi que le gouvernement et la majorité doivent tenir bon.

Et pour tenir bon le cap d’un CPE qui, malgré tous ses défauts, constitue une chance de plus pour des jeunes relégués au chômage, à des stages ou au CDD, il est nécessaire – comme nous ne cessons de le dire depuis le début – de dissiper les malentendus qui ont fait du CPE le symbole du licenciement arbitraire et donc de la précarité.

Il eût été facile – et il reste possible – de corriger le tir en précisant que la rupture du CPE à l’initiative de l’employeur se doit d’être motivée. Ce n’est pas là dénaturer le CPE car un employeur ne licencie jamais sans motif et qu’au surplus celui-ci peut être exigé en cas de contestation devant les tribunaux.

On peut donc raisonnablement penser que, dès lors que ce malentendu serait dissipé, le mouvement anti-CPE s’effilocherait après quelques barouds d’honneur devant un gouvernement et une majorité tenant fermement le cap.

Malheureusement, au lieu de décider et d’agir vite, le Chef de l’Etat et le gouvernement ont choisi de réouvrir une négociation – dont nous disions ici même la semaine dernière qu’elle était impossible (voir : Circulez, il n’y a rien à négocier) – au niveau des groupes parlementaires de l’UMP ! Et ce, dans les pires conditions, car face au front syndical uni pour demander l’abrogation du CPE, les parlementaires UMP offrent le spectacle de leur désarroi et de leurs divisions, nombre d’entre eux n’hésitant pas publiquement à s’affirmer favorables à l’abrogation !

Tourments que Libération du 7 avril résume ainsi «comment accoucher d’une mesure qui est la couleur d’une abrogation, la saveur d’une abrogation, l’effet d’une abrogation mais qu’on n’appellerait pas abrogation»

Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est qu’une capitulation face à l’ultimatum politico-syndical pour retirer l’anodin CPE constituerait une défaite durable pour toutes les réformes indispensables au retour de la croissance et de l’emploi.

Le drame, c’est que la droite ne veut pas voir ce péril et préfère se rassurer par un pseudo discours de la méthode : pour mieux réformer, il faut mieux écouter les Français et davantage négocier avec les syndicats.

Derrière cet apparent bon sens, il y a beaucoup d’erreurs.
- D’abord parce qu’écouter l’opinion, c’est prendre le risque de la facilité, de la démagogie et de la soumission à ses caprices. Rappelons, que le 16 janvier dernier dans un sondage de l’Humanité « 75 % des Français accueillaient le CPE favorablement »
La première qualité d’un homme politique n’est pas sa capacité d’écoute, mais sa capacité à comprendre les problèmes de son pays, à trouver les bonnes réponses, à les mettre en oeuvre avec détermination et pédagogie.
- Ensuite, parce qu’il est difficile, et même impossible de dessiner avec les syndicats les réformes libérales nécessaires à la France, sauf à accoucher de mauvais compromis. Quand la France décroche, comme l’a rappelé le rapport Camdessus, la politique des petits pas, des compromis, des réformes chèvres choux n’est plus de saison.

Le paradoxe est que les jeunes auraient de bien meilleures raisons que le CPE pour se révolter : l’héritage d’une dette abyssale ; des systèmes sociaux en déficit chronique, financièrement insoutenables ; des diplômes assignats dévalués dans des universités en crise ; une croissance anémique ; un chômage persistant ; des salaires en panne et tirés vers le bas...

Toutes les réponses à ces problèmes passent par une confiance retrouvée dans les libertés économiques et l’économie de marché. Malheureusement c’est en France que cette confiance dans l’économie de marché est la plus faible (sur 20 pays nous sommes bon dernier avec seulement 36% de confiance)

La droite, en refusant d’opter franchement pour le libéralisme, n’est pas pour rien dans cette perte de confiance. Au moment des élections européennes nous écrivions qu’en «faisant passer les réformes libérales portées par l’Europe comme autant de dérives dangereuses, la droite s’interdisait de mettre en oeuvre ces réformes au lendemain des élections européennes et même de les présenter au suffrage des Français lors de l’échéance de 2007 » .
Ce diagnostic pessimiste reste, hélas, plus que jamais d’actualité

Alain Madelin

AUTRES EDITORIAUX
Circulez, il n’y a rien à négocier Courage fuyons ! Le mauvais procès du CPE Attention, «smicardisation» Le grand retour de l’Etat dans l’Economie Un nouveau droit pas très adroit Bravo Boorlo Islam: on se calme Mieux disant libéral? Les apprentis sorciers Régression sociale Concours de beauté sociale Libérer l’école La faillite, nous voilà ! Le socialisme de la terre plate Mi-mi Merkel est mal partie L'Etat sauvage Vivement la crise Le faux libéralisme chasse le vrai La grande coalition de la «droiche»

 

 

Les réactions des lecteurs
La famille libérale est en ébullition. Si elle n’avait guère de sympathie pour le CPE, elle réagit vivement aux actuelles palinodies du gouvernement et de la majorité. Quelques réactions révélatrices...
«Cette fois ci, c’en est trop!...»

«Pourquoi continuer à voter pour un parti de girouettes.»

«Ceux qui manifestent...»
«Strange country France.»
«Je suis un jeune de 26 ans plutôt pour le CPE mais...»
«Si je pouvais encore nourrir quelque illusion...»
«Marre, marre et re marre...»
«Mon indignation face à la lâche attitude de nombreux députés...»
«Nous sommes la risée du monde...»
«Je trouve que Julliard a raison...»

A propos de l'UNEF
Une erreur a été relevée par nos lecteurs dans l’éditorial de la semaine dernière lorsque nous avons tiré des propos de Bruno Julliard qu’il faudrait que les jeunes de 18 ans travaillent jusqu’à 49 ans alors qu’il fallait lire que selon lui il faudrait 49 années de cotisations pour bénéficier d’une retraite à taux plein (alors que 40 années suffisent ...en principe). Bruno Julliard aussi fâché avec les chiffres car contrairement à ce qu’il véhicule dans les médias, l’UNEF n’est plus la première organisation étudiante de France puisqu’elle a perdu plus de la moitié de ses sièges lors des dernières élections.

>> LE CHIFFRE >> CITATION

41,7%

En 2005, un ménage français avec deux enfants a subi une pression fiscale de 41,7% contre 40,7% en 2000. Une étude de l'OCDE montre que les salariés français sont non seulement parmi les plus taxés au monde, mais que la pression fiscale sur leurs revenus n’a cessé d’augmenter depuis 5 ans.
Lire l’étude de l’OCDE Les impôts sur les salaires


"Nos doutes
sont des traîtres,
qui nous font perdre la victoire

que nous aurions
dû emporter,
si nous n’avions pas craint d’agir... "

Shakespeare


Il est temps de reconstruire !
Le mouvement Ethic - Entreprises à Taille Humaine, Indépendantes et de Croissance – et le collectif VLC - Vaincre Le Chômage – se sont conjointement prononcés en faveur d’un CPE « remanié » qui « doit être un véritable outil contre le chômage ». Ils proposent que l’essai soit ramené à un an et que le contrat ne puisse être rompu sans motivation écrite afin de protéger l’employeur « contre le risque de contentieux lié à cette rupture ». Ils suggèrent une « conversion possible du CPE en CDI à tout moment, en conservant l’exonération de charges de la durée prévue » et qu’il soit « réservé aux jeunes sans formation et aux chômeurs de longue durée ».
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A LIRE
Le libéralisme américain-Histoire d’un détournement
de Alain Laurent,
Les Belles Lettres
La querelle
des OGM
de Jean-Paul Oury
PUF, Collection Science, histoire et société
Philosophe et essayiste, Alain Laurent publie son dernier ouvrage sur l’histoire incroyable de la falsification du terme et de l’idée de « libéralisme» entretenue au début du XXème siècle en Angleterre et aux Etats Unis par la gauche. On y découvre la guerre menée par les courants libéraux anglo-saxons, se présentant alors comme « conservatives » ou « libertarians », pour conquérir le pouvoir et permettre ainsi la mise en œuvre de véritables politiques libérales. Une leçon d’histoire.
Pour en savoir plus, lire le commentaire d’Alain Laurent
Véritable plaidoyer pour la liberté de pensée, « la querelle des OGM », de notre ami Jean-Paul Oury, responsable du Cercle de Nancy, propose un retour au dialogue entre opposants et partisans des OGM. Allant à l’encontre des idées reçues, il permet d’envisager les enjeux de la querelle autrement et offre des solutions de réponses dans un débat où l’on est passé de « l’évaluation d’un risque potentiel » à « la gestion d’un risque jamais démontré ».
Espace de discussion aux lecteurs du livre

Un pays qui ne parvient pas à se réformer est un pays condamné….
A signaler la chronique de notre ami Jean Louis Caccomo «Un universitaire en otage» qui défend la responsabilité et le courage des gouvernants : «S’il devait céder aujourd’hui, ce serait la preuve que la France est dans l’incapacité à accepter la moindre réforme.»

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Cercles thématiques
A lire les premières conclusions d’analyses et d’argumentaires du Cercle Thématique «les enjeux internationaux» qui représentent 3 ans de travail et de recherche sur toutes les questions internationales majeures : «pauvreté dans le monde : libérer le commerce mondial», «l’islamisme : aider l’évolution culturelle», «défense : connaître et mesurer notre responsabilité», «Europe», «immigration», «organisation mondiale».

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