|
|
Laissez de Gaulle en paix !
Mais il y a plus grave. Ces thèses, finalement fondées sur
une politique de facilité et de laisser-aller, se réclament
de De Gaulle alors que rien n'est plus contraire à sa pensée
et à son action. Rappellerai-je que le redressement français,
tel qu'il le voulut en 1958, était fondé sur la force de
la monnaie et sur la bonne santé des finances publiques et sociales
? Chacun a le souvenir de la prospérité qui en est résultée.
Rappellerai-je aussi que rien n'est plus opposé à l'état
d'esprit et à l'attitude morale de De Gaulle que de s'en prendre
aux autres des déceptions, des épreuves de la nation ? En
1940, il n'a pas imputé aux Anglais et aux Américains l'effondrement
de la France, mais à nos faiblesses intérieures et aux erreurs
de nos chefs militaires ; en 1958, il n'a pas attribué au rôle
de l'étranger nos difficultés coloniales et algériennes,
mais à notre absence de lucidité et de volonté ;
et quand il a décidé notre entrée dans le Marché
commun, il a entendu ouvrir notre pays à la compétition
et à la liberté et l'a forcé à s'adapter au
monde. Pour de Gaulle, les problèmes de la France devaient être
résolus par les Français, par leur volonté, par la
politique qu'ils choisissaient, ils devaient s'en sentir responsables,
et eux seuls.
Laissons donc "l'autre politique" au vestiaire des idées
mortes ! Soyons cohérents, soyons lucides et volontaires : le redressement
de la France ne dépend pas des autres, ni de la levée des
contraintes que les autres lui imposeraient, il dépend d'elle-même.
Soyons capables, enfin, de réformer l'Etat, de diminuer les dépenses
collectives et les excès de la redistribution, de récompenser
le mérite, ce qui suppose d'abaisser les prélèvements
publics et de pousser à l'augmentation des revenus directs, de
réformer le marché du travail pour le rendre plus souple,
de développer la rapidité de nos capacités de réaction
dans la compétition mondiale, de réformer notre système
de santé, d'améliorer les résultats de nos universités
en leur donnant l'autonomie. Tout cela, nous pouvons l'atteindre avec
une monnaie stable et des taux d'intérêt faibles, comme aujourd'hui.
|