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Ou est la rupture ?
Suit illico la fameuse sortie contre la politique monétaire de la BCE. Le président de l'UMP chercherait-il un alibi ? On est tenté de lui opposer les accents de son intervention « pour la France », prononcée à Nîmes le 9 mai : « A qui fera-t-on croire que c'est l'Europe et la mondialisation qui sont responsables » de l'absence en France d'une politique économique digne de ce nom et, donc, d'une authentique politique de l'emploi ? Celle qu'on met en musique à Paris depuis trente ans - le partage du travail - étant le contraire de ce qu'il convient de faire. Nicolas Sarkozy l'a dit mieux que personne. Aurait-il oublié que, contrairement à ce que tout le monde répète bêtement, « les Etats ont du pouvoir et le devoir de l'exercer et de l'incarner » (Nîmes, encore) ? Dieu sait tout ce qu'on pourrait dire sur l'euro ! On a créé une monnaie unique et, pire, une politique monétaire uniforme pour tout un territoire politiquement non unifié. Et ce vaste territoire, contrairement à ce que prétend l'idéologie de Bruxelles, ne constitue pas un marché unique sur lequel prendre appui. Rien ne sert, comme le fait à son tour Nicolas Sarkozy - suivant la malheureuse pétition de principe proférée par Pierre Bérégovoy... en 1992 -, de supposer le problème résolu en réclamant un « véritable (sic) gouvernement économique » pour l'eurozone. Les différentes économies nationales impliquées divergent plus que jamais. Cette toile de fond, nos gouvernants ou futurs gouvernants commencent à en prendre les mesures. Cela ne les empêche pas d'y trouver un prétexte pour en rajouter : Le comble de l'incohérence, et cela d'autant plus qu'il existe une porte de sortie ! Précisons tout de suite qu'elle ne consiste pas à sortir de l'euro. Elle est assez bien configurée par le genre de politique avec laquelle un Sarkozy a jusqu'à maintenant essayé avec succès de s'identifier. Raison de plus pour relever le caractère contradictoire de sa charge inopinée contre l'euro. D'un côté, le président de l'UMP « reconnaît » que « l'introduction de l'euro a brouillé les repères monétaires et qu'il s'est bel et bien accompagné d'une forte hausse du coût de la vie et d'une chute du pouvoir d'achat ». D'un autre côté, l'orateur d'Agen accuse la BCE de « poursuivre une politique de resserrement monétaire alors que l'activité stagne ». En Allemagne, le taux de conversion est de 1 euro pour 2 deutsche Mark. Le public n'a pas pu perdre ses repères. Pourtant, l'euro a vite reçu le surnom vengeur de « Teuro » (jeu de mot avec l'adjectif « teuer » qui signifie cher). La réalité : la BCE a accompagné, non contrecarré, l'émission anarchique de liquidités à l'échelle du monde. L'avènement de l'euro a été marqué par un abaissement des taux d'intérêt. La tendance s'est amplifiée depuis lors. Une « stratégie monétaire offensive » pour l'euro ferait courir le risque majeur d'une relance de la spéculation immobilière. Celle-ci n'est-elle pas à la source de ce que Sarkozy, plusieurs fois dans le même discours, dénomme dans des termes du reste assez énigmatiques et susceptibles d'interprétations fantaisistes « la spirale suicidaire du revenu de la propriété qui explose et de la rémunération du travail qui s'effondre » ? Voudrait-on jouer les Greenspan en abaissant le taux de la BCE aux environs de 1 % ? L'Amérique gère ses affaires comme si le monde extérieur n'existait pas. Le système monétaire mondial fonctionne comme un immense mécanisme (terriblement souffleur de bulles) de soutien du dollar. L'eurozone aux mains nues se prendrait-elle pour une puissance ? Les Nicolas Baverez et autres conseillers stratèges éblouis par le modèle américain devraient d'abord répondre à cette question. La réponse n'est évidemment pas de rester passif dans un monde qui nous échappe. Dommage que ce soit dans un discours dans lequel le mot « rupture » ne figure pas que le problème de la « rupture » soit implicitement posé de la manière la plus appropriée : « (...) Il n'y a aucune raison, a dit Nicolas Sarkozy, que la zone euro soit la variable d'ajustement des déséquilibres économiques du monde. » Pour cesser en effet d'être cette résultante impotente, l'Europe aujourd'hui ne peut que s'en remettre à la capacité de réaction de ses composantes. Qu'un grand Etat comme la France commence par se donner un « gouvernement économique » digne de ce nom avant d'en réclamer un pour cette entité aux trois quarts vide, l'eurozone. Devant un tel sursaut, l'Allemagne retrouverait son talent oublié pour bien jouer sa partition ! Alors seulement se poserait en termes réalistes la question d'une réduction, offensive s'il le faut, des taux de la BCE. Une politique économique rationnelle à la Sarkozy - remettre la France au travail - serait indispensable pour préparer le terrain à une telle opération. Celle-ci s'imposerait à la BCE. Les taux bas, cela ne se décrète pas non plus ! Deux sortes de ruptures sont nécessaires pour y parvenir. L'une et l'autre exigent que l'appareil de gouvernement français commence lui-même par rompre avec deux pratiques fatales où il est passé maître. Dans l'art d'emprunter, seul le Trésor américain, et encore, est plus doué que le Trésor français. L'autre art diabolique consiste à s'introduire dans le cerveau des citoyens-décideurs. L'Etat français n'en finit pas de déployer des « aides » que les chefs d'entreprise ne lui réclament pas toujours, de leur consentir des abaissements de « charges » qui sont autant d'abandons de responsabilité. Las, le discours d'Agen a plus l'air de s'inscrire dans la continuité que d'innover par un changement de politique effectif, pas seulement rhétorique. Il est bien beau de répéter savamment : « Ce n'est pas le déficit qui crée le chômage mais le chômage qui creuse le déficit. » Quel alibi plus efficace que celui-là, éculé, pour retarder derechef dans la fonction publique le non-remplacement de tous les départs à la retraite ? Le discours contre la RTT est devenu : « Je veux que chacun soit libre de rester aux 35 heures ou d'en sortir. » Et cette autre déclaration virile : « Tu veux devenir entrepreneur ? Tu pourras aller dans une école de projets et tu pourras bénéficier d'une aide aux chômeurs créateurs d'entreprise. » Ben voyons ! Paul
Fabra
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