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Ségolène
Royal
ou la tentation du maternage et de l'infantilisation
Qui est vraiment Ségolène Royal ? Si son ascension dans
les sondages en fait la candidate idéale du Parti socialiste, certains
de ses propos la positionnent, cependant, en rupture avec la logique marxiste
de son parti. S'inspirant des succès de Tony Blair (celui-ci profitant,
sans d'ailleurs s'en cacher, des réformes audacieuses de Margaret
Thatcher), elle n'a ainsi pas hésité à proposer la
remise en cause des 35 heures (ce que la droite au pouvoir n'a jamais
osé faire) et à reconnaître que la flexibilité
du droit du travail anglais permettait à ceux qui perdent leur
travail d'en retrouver un autre beaucoup plus vite qu'en France. Être
membre du Parti socialiste et affirmer, même si c'est une évidence,
qu'il faudrait s'inspirer du modèle social anglais pour redonner
du souffle à notre économie et faire baisser le taux de
chômage n'est ni courant, ni dépourvu de courage.
Le libéralisme serait-il, comme l'a affirmé avec audace
Monique Canto-Sperber, «l'avenir du socialisme» ? Voilà
en tous les cas une idée qui, si elle a marqué la plupart
des socialistes occidentaux, demeurait pour le moins ultraminoritaire
au Parti socialiste français, incarnation de l'exception française
et petit théâtre des rivalités archaïques opposant
l'antilibéralisme rougissant de Jean-Luc Mélenchon et d'Henri
Emmanuelli (rejoints au moment du référendum sur la Constitution
européenne par un Fabius autrefois... blairiste) à l'antilibéralisme
rosissant d'Aubry, de Hollande et même, à lire ses dernières
déclarations, de Dominique Strauss-Kahn.
Si les quelques intrusions de Mme Royal dans le discours réformateur
et libéral sont douces à l'oreille, elles n'en font cependant
pas – pas encore ? – l'une de ces grandes figures réformatrices
de la gauche moderne qui, comme Tony Blair en Angleterre mais également
Roger Douglas et Ruth Richardson en Nouvelle-Zélande, Wim Kok aux
Pays-Bas ou Mary Robinson en Irlande, n'ont pas hésité à
faire table rase du collectivisme égalitariste pour engager, parfois
même contre l'avis de leur base, une vaste libéralisation
de leur pays. L'on ne peut cependant que l'encourager à poursuivre
dans cette voie, tant notre pays souffre d'un excès d'État,
d'une trop grande culture d'assistance et d'un recul toujours plus grand
de la récompense du travail, du mérite et de l'effort. Nous
aurions, en effet, tous intérêt à ce qu'une nouvelle
génération de dirigeants contribue, simultanément,
à gauche comme à droite, à déplacer le curseur
de la vie politique vers plus de liberté et de responsabilité.
La droite, frappée du fameux «surmoi de gauche» merveilleusement
identifié par Marc Fumaroli, nous a tellement expliqué qu'elle
ne pouvait être libérale tant la gauche était à
gauche, ne devrait aujourd'hui que se réjouir de telles prises
de position, fussent-elles simplement politiciennes.
Mais derrière la «libérale Royal», il faut peut-être
craindre que ne se cache «Maman Ségolène». Notre
pays est devenu une «Grande Nurserie» peuplée de citoyens
de plus en plus infantilisés, croyant dur comme fer que l'Etat
peut tout et n'hésitant pas à transférer une part
de plus en plus grande de leurs pouvoirs et de leur liberté à
la divine providence publique.
Dans un pays où seulement 36% des Français répondent
positivement à la question «le système de la libre
entreprise et de l'économie de marché est-il le meilleur
pour l'avenir ?» (1) (contre 74% en Chine ou 71% aux États-Unis),
l'homme ou la femme politique ne réfléchira sans doute pas
longtemps avant de promettre l'avènement de l'État-papa
(pourtant sécuritaire et liberticide) et de l'État-maman
(pourtant socialiste et déresponsabilisant). La popularité
de Ségolène Royal, qui n'hésite pas à jouer
de sa figure maternelle, confirme à n'en pas douter ce dangereux
«triomphe du maternage», véritable nec plus ultra des
programmes politiques.
Mais la maman qui couve, la nounou qui protège, même si elle
sait (ce qui est parfois nécessaire) sévir par amour pour
ses enfants, peut devenir envahissante et étouffer les personnalités.
Politiques comme électeurs, ne cédons pas aux sirènes
de Big Mother. Que Maman Ségolène cède donc le pas
à la libérale Royal. Que Papa Nicolas s'efface et laisse
la place à un Sarkozy défenseur d'une «France libérée».
Personne ne sait quelle sera leur stratégie finale. Et si les deux
candidats annoncés osaient cette révolution culturelle et
signaient un pacte de responsabilité pour que, tous deux, ils évitent
la surenchère maternelle et parviennent à proposer, chacun
avec leurs spécificités, une autre façon de faire
de la politique en réduisant enfin la part de l'État et
en redistribuant vraiment le pouvoir aux citoyens ? Voilà qui changerait
le cours de notre Histoire et qui donnerait aux derniers optimistes de
ce pays toutes les raisons d'espérer.
À l'inverse, si l'un et l'autre s'enfoncent dans une sinistre émulation
démagogique et clientéliste, mettant de côté
les bonnes intentions libérales pour rivaliser de promesses de
distribution et d'engagements catégoriels, la France continuera
de tomber, et les Français, de régresser.
Mathieu Laine
Essayiste, auteur de La Grande Nurserie,
Pour en finir avec l'infantilisation des Français (J.-C. Lattès)].
Publié le 05 juillet 2006
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