Faire
payer
les méchants
Après
la taxe sur "les méchants produits importés"
(la TVA sociale) voici que la droite de Nicolas Sarkozy
à François Bayrou, propose une taxe sur la
"méchante pollution".
A
la veille des vacances d’été,
nous déplorions déjà l’extraordinaire
climat de confusion intellectuelle et l’esquive des
vrais choix qui prévalaient dans le pré-débat
des présidentielles. Tout vient hélas, en
cette rentrée, confirmer cette tendance.
Si l’on excepte une
petite bouffée d’air frais
sur l’éducation (voir ci-contre), les nouvelles
propositions avancées par les uns et les autres à
l’occasion des Universités d’été
s’apparentent davantage à la catégorie
des gadgets médiatiques et démagogiques, qu’à
celle des réformes nécessaires pour nous faire
retrouver le chemin d’une forte croissance, du plein
emploi et d’une augmentation durable du pouvoir d’achat.
Le parti socialiste - à
l’exception de Ségolène Royal
dont on ne sait encore si les silences cachent
le vide de la pensée ou une distance salutaire avec
les propositions de son parti - s’enferme dans la
déclinaison d’un programme dont nous avons
souligné le caractère «surréaliste»
(voir «Le
retour du père Noël») et dont le fil
conducteur se résume à faire «payer
les méchants riches».
Si la gauche s’enfonce,
la droite patauge. Tout son programme économique
semble s’articuler autour de l’idée :
«comment faire baisser le coût du travail»
? C’est par exemple la dernière mesure gouvernementale
initiée par Jacques Chirac concernant la suppression
des charges patronales au niveau du Smic pour les entreprises
de moins de 20 salariés. Voilà qui se rajoute
aux 22 milliards d’exonération de charges sociales,
vivement critiquée par un récent rapport de
la Cour des comptes et qui sous prétexte de compenser
la facture des 35 heures ou celle des augmentations du Smic
tire les salaires vers le bas, «smicardise»
la société française en enfermant 70%
des salariés français entre 1 et 1,6 Smic.
Pour aller encore plus loin
on se souvient qu’à la veille des vacances,
Nicolas Sarkozy et François Bayrou proposaient de
concert de transférer nos charges sociales sur la
TVA afin de faire contribuer les "méchants produits
importés" au financement de notre protection
sociale. Il n’est pas besoin de démontrer ici
à nouveau la naïveté et l’inanité
d’une telle proposition (voir notre dossier «La
fausse piste de la TVA sociale»)
En cette rentrée,
après sans doute la déferlante du cyclone
Nicolas Hulot, voici les mêmes qui proposent cette
fois, toujours de concert, de transférer nos charges
sociales sur "la méchante pollution".
«Je propose que l’on se décide enfin
à substituer en parti la taxation des pollutions,
en particulier de l’énergie à effet
de serre, à la taxation du travail» dit
Nicolas Sarkozy. Et François Bayrou de proposer «un
plan progressif et de long terme de transfert des charges
sociales vers les carburants qui polluent»
Il est trop facile d’ironiser
sur de telles propositions. D’abord
pas plus que la TVA sociale ne fait payer les produits importés,
(ce sont les consommateurs de ces produits qui payent !)
la taxation de la pollution ne fait pas payer les carburants
mais leurs consommateurs. La baisse apparente des charges
sociales n’est qu’un transfert.
Ensuite, à
y regarder de plus près de quelle pollution parle-t-on
? Le CO2 ? Il fait l’objet d’une législation
internationale et d’un marché des droits à
polluer. Il ne reste au bout du compte que la consommation
d’énergie pour servir de base à une
telle taxe. Si l’on oublie le gaz et l’électricité
dont le législateur entend aujourd'hui réglementer
les prix pour qu’ils soient inférieurs au prix
du marché européen, il ne reste que les carburants
(dont on peut observer qu’ils sont déjà
assujettis à une sorte de taxe sur la pollution record
baptisée TIPP).
Au moment où les politiques,
dans un contexte de hausse des produits pétroliers,
cherchent les moyens d’en réduire la facture
pour les Français, il peut sembler curieux d’engager
la campagne présidentielle sur la promesse de nouvelles
hausses.
Au surplus
si de telles taxes devaient être efficaces pour réduire
la pollution ce seraient les recettes de la sécurité
sociale qui se trouveraient ipso facto réduites!
Mais au-delà de ces
quelques remarques, il y a une erreur profonde
à vouloir toujours plus réduire les charges
sociales pour les entreprises et à vouloir les déconnecter
du travail. Ces charges sont en réalité pour
l’essentiel des dépenses d’assurance
collective dont il est normal que leur base principale soit
constituée par les salaires (les cotisations largement
déplafonnées) et les revenus des personnes
(la CSG).
Ces charges
dans notre modèle historique de protection sociale
constituent - à l’exception de quelques dépenses
dites de solidarité nationale (comme la politique
familiale) - des assurances (assurance santé, assurance
chômage, assurance accident du travail) qu’il
serait déresponsabilisant de déconnecter des
personnes pour les transférer à l’Etat.
C’est prendre le risque d’accroître le
sentiment qu’il existe un Etat providence en charge
de nos sécurités essentielles. Ceci peut se
concevoir dans une construction socialiste mais sûrement
pas dans les valeurs de liberté et de responsabilité
censées être représentées par
la droite.
Les
AUTRES EDITORIAUX
|
|
| 
Un vent d’air
frais souffle sur l’éducation
On sait que les libéraux proposent depuis
longtemps la suppression de la carte scolaire.
Voici que Nicolas Sarkozy, Gilles de Robien, François
Fillon et même Ségolène Royal
s'engagent dans cette voie.... Ségolène
Royal ajoute même que "l’idéal
serait de supprimer la carte scolaire !".
Dans le même ordre d’idée,
on aura noté l’article collectif
publié par de nombreux responsables d’établissement
oeuvrant en Seine-Saint-Denis, dans le Monde du
29 août 2006, «Faire réussir
les lycéens sans grande réforme»
qui montre dans le droit fil de ce que proposent
les libéraux depuis longtemps, comment
on peut faire bouger l’éducation
de façon expérimentale à
partir d’établissements autonomes
et d’enseignants volontaires. Les libéraux
ne disent rien d'autre. Enfin, Nicolas Sarkozy
va encore plus loin en proposant «que chacun
reçoive un compte épargne formation
c’est à dire un compte initial de
formation par exemple de 20 années qui
s’épuisera au fur et à mesure
des années d’étude».
C’est là une idée avancée
par les libéraux dès 1984 et dont
on trouvera les modalités détaillées
dans notre
dossier Education.
A
lire dans le même esprit, sur le site de
l’Institut Montaigne, « Ecoles primaires
en ZEP : faire plus et différemment »
de Daniel Laurent, directeur des études
de l’Institut Montaigne.
 |
BANC
d'ESSAI : Sarkozy et l'écologie
L'analyse de Dominique
Garrigues sur
le discours de
N. Sarkozy à la clôture
de la Convention UMP Environnement
Ecologie du 19 octobre 2005.
Lire
le banc d'essai
|
Droit de grève
: réfléchir
avant d'applaudir
Le MEDEF, lors de son Université d’été,
a parait-il applaudi à tout rompre à
la proposition du président de l’UMP,
d’organiser un vote « à bulletin
secret » dans les huit jours lorsqu’il
y a un conflit dans une université ou dans
une administration pour en finir avec «
la dictature de certaines minorités ».
Les patrons auraient été plus avisés
de réfléchir avant d’applaudir.
Légitimer les grèves par un vote
à 51% c’est prendre le risque d’opposer
à la liberté du travail non plus
la dictature de la minorité mais la dictature
de la majorité. Une grève votée
par 51% des étudiants n’autorise
pas d'interdire la poursuite du travail par les
étudiants et les professeurs qui le souhaitent
ou à une administration d’assurer
la continuité du service public.
En
2007, les libéraux devront choisir.
Aujourd’hui l’heure n’est
pas au choix des personnes, elle est à
l’élaboration et au choix des
programmes.
En toute liberté, les libéraux
entendent présenter leurs idées,
leurs propositions et les placer au cœur
du débat politique.
Retrouvez tous
les éléments du projet des libéraux
2007 et participez au débat
|
|
|
|
HUMEUR
Feu le plan ! Il a été
remplacé à l’initiative de Dominique de Villepin
par le Conseil d’analyse stratégique (CSA), mais son
imagination technocratique n’est pas morte. A en juger par
une suggestion – il est vrai inspirée par une idée
britannique – de donner à chaque citoyen une carte
de crédit carbone qui serait débitée à
chaque achat de pétrole, de gaz, d’électricité
et de billets d’avion. A la différence du permis de
conduire la suppression des points ne leur retirerait pas le droit
de se déplacer ou de se chauffer car il pourrait racheter
des crédits carbones à ceux qui voyagent moins, se
déplacent moins ou à ceux qui ont le bonheur de vivre
dans des climats plus tempérés dans lesquels l'on
a moins besoin de se chauffer. Taxer la mobilité, donne une
prime à l’immobilisme, il fallait bien un Conseil d’analyse
stratégique pour proposer cela.
LU,
VU, ENTENDU
Une curieuse rentrée
«Vous êtes partis en vacances ? Avec le chèque-vacances,
bien sûr ! Vous rentrez ? Le chèque-rentrée
vous attend. Vous avez remarqué que l'essence a augmenté
? Le chèque-transport arrive. Vous avez des difficultés
d'emploi ? La prime pour l'emploi va vous parvenir.»
relève Lionel Stoleru, ancien secrétaire
d'Etat au Plan, dans un article paru dans le Monde le 05 septembre.
Et d’ajouter «Tout cela pour dire que Dominique de Villepin
tourne le dos au vrai progrès social, en privilégiant
les avantages en nature au détriment du pouvoir d'achat.»
Lire
la suite
Rififi
libéral autour de la class action
Pour ou contre la "class action", les libéraux
de Liberté Chérie s'affrontent avec
de bonnes raisons.
Lire
la suite
Supprimons les droits de succession
A lire l’analyse du professeur Pascal Salin
dans le Figaro du 30 août sur le projet de suppression des
droits de succession pour un conjoint survivant.
Lire
la suite
Concilier l’inconciliable
A lire l’article de notre amie Sophie de Menthon,
Présidente d’Ethic, paru dans le Figaro le 29 août,
dans lequel elle passe en revue les contradictions auxquelles sont
confrontés les chefs d’entreprises.
Lire
la suite
A
LIRE |
psychanalyse
de l’antilibéralisme
sous la direction
de Christian Stoffaës, éditions Saint Simon
|
La
France se veut quasi unanimement anti-libérale dans un
monde devenu libéral. Pour comprendre cet étrange
paradoxe il est utile de lire le brillant ouvrage collectif
sur le libéralisme français publié par
les éditions Saint Simon sous la direction de Christian
Stoffaës. Ce livre d’histoire de la pensée
politique propose une compréhension originale du parcours
historique suivi par le libéralisme en France. Il permet
non seulement d’éliminer les malentendus mais vise
aussi à promouvoir le libéralisme auprès
des intellectuels, des politiques et de la société
civile afin que dans le débat public qui cherche aujourd’hui
ses repères, le libéralisme réussisse à
imprimer sa marque.
Lire
la contribution d'Alain Madelin "La démocratie devient
libérale" |
|