La Lettre du 8 septembre 2006

Faire payer
les méchants

Après la taxe sur "les méchants produits importés" (la TVA sociale) voici que la droite de Nicolas Sarkozy à François Bayrou, propose une taxe sur la "méchante pollution".

A la veille des vacances d’été, nous déplorions déjà l’extraordinaire climat de confusion intellectuelle et l’esquive des vrais choix qui prévalaient dans le pré-débat des présidentielles. Tout vient hélas, en cette rentrée, confirmer cette tendance.

Si l’on excepte une petite bouffée d’air frais sur l’éducation (voir ci-contre), les nouvelles propositions avancées par les uns et les autres à l’occasion des Universités d’été s’apparentent davantage à la catégorie des gadgets médiatiques et démagogiques, qu’à celle des réformes nécessaires pour nous faire retrouver le chemin d’une forte croissance, du plein emploi et d’une augmentation durable du pouvoir d’achat.

Le parti socialiste - à l’exception de Ségolène Royal dont on ne sait encore si les silences cachent le vide de la pensée ou une distance salutaire avec les propositions de son parti - s’enferme dans la déclinaison d’un programme dont nous avons souligné le caractère «surréaliste» (voir «Le retour du père Noël») et dont le fil conducteur se résume à faire «payer les méchants riches».

Si la gauche s’enfonce, la droite patauge. Tout son programme économique semble s’articuler autour de l’idée : «comment faire baisser le coût du travail» ? C’est par exemple la dernière mesure gouvernementale initiée par Jacques Chirac concernant la suppression des charges patronales au niveau du Smic pour les entreprises de moins de 20 salariés. Voilà qui se rajoute aux 22 milliards d’exonération de charges sociales, vivement critiquée par un récent rapport de la Cour des comptes et qui sous prétexte de compenser la facture des 35 heures ou celle des augmentations du Smic tire les salaires vers le bas, «smicardise» la société française en enfermant 70% des salariés français entre 1 et 1,6 Smic.

Pour aller encore plus loin on se souvient qu’à la veille des vacances, Nicolas Sarkozy et François Bayrou proposaient de concert de transférer nos charges sociales sur la TVA afin de faire contribuer les "méchants produits importés" au financement de notre protection sociale. Il n’est pas besoin de démontrer ici à nouveau la naïveté et l’inanité d’une telle proposition (voir notre dossier «La fausse piste de la TVA sociale»)

En cette rentrée, après sans doute la déferlante du cyclone Nicolas Hulot, voici les mêmes qui proposent cette fois, toujours de concert, de transférer nos charges sociales sur "la méchante pollution".
«Je propose que l’on se décide enfin à substituer en parti la taxation des pollutions, en particulier de l’énergie à effet de serre, à la taxation du travail» dit Nicolas Sarkozy. Et François Bayrou de proposer «un plan progressif et de long terme de transfert des charges sociales vers les carburants qui polluent»

Il est trop facile d’ironiser sur de telles propositions. D’abord pas plus que la TVA sociale ne fait payer les produits importés, (ce sont les consommateurs de ces produits qui payent !) la taxation de la pollution ne fait pas payer les carburants mais leurs consommateurs. La baisse apparente des charges sociales n’est qu’un transfert.

Ensuite, à y regarder de plus près de quelle pollution parle-t-on ? Le CO2 ? Il fait l’objet d’une législation internationale et d’un marché des droits à polluer. Il ne reste au bout du compte que la consommation d’énergie pour servir de base à une telle taxe. Si l’on oublie le gaz et l’électricité dont le législateur entend aujourd'hui réglementer les prix pour qu’ils soient inférieurs au prix du marché européen, il ne reste que les carburants (dont on peut observer qu’ils sont déjà assujettis à une sorte de taxe sur la pollution record baptisée TIPP).

Au moment où les politiques, dans un contexte de hausse des produits pétroliers, cherchent les moyens d’en réduire la facture pour les Français, il peut sembler curieux d’engager la campagne présidentielle sur la promesse de nouvelles hausses.

Au surplus si de telles taxes devaient être efficaces pour réduire la pollution ce seraient les recettes de la sécurité sociale qui se trouveraient ipso facto réduites!

Mais au-delà de ces quelques remarques, il y a une erreur profonde à vouloir toujours plus réduire les charges sociales pour les entreprises et à vouloir les déconnecter du travail. Ces charges sont en réalité pour l’essentiel des dépenses d’assurance collective dont il est normal que leur base principale soit constituée par les salaires (les cotisations largement déplafonnées) et les revenus des personnes (la CSG).

Ces charges dans notre modèle historique de protection sociale constituent - à l’exception de quelques dépenses dites de solidarité nationale (comme la politique familiale) - des assurances (assurance santé, assurance chômage, assurance accident du travail) qu’il serait déresponsabilisant de déconnecter des personnes pour les transférer à l’Etat. C’est prendre le risque d’accroître le sentiment qu’il existe un Etat providence en charge de nos sécurités essentielles. Ceci peut se concevoir dans une construction socialiste mais sûrement pas dans les valeurs de liberté et de responsabilité censées être représentées par la droite.

Alain Madelin

Les AUTRES EDITORIAUX


Un vent d’air frais souffle sur l’éducation
On sait que les libéraux proposent depuis longtemps la suppression de la carte scolaire. Voici que Nicolas Sarkozy, Gilles de Robien, François Fillon et même Ségolène Royal s'engagent dans cette voie.... Ségolène Royal ajoute même que "l’idéal serait de supprimer la carte scolaire !". Dans le même ordre d’idée, on aura noté l’article collectif publié par de nombreux responsables d’établissement oeuvrant en Seine-Saint-Denis, dans le Monde du 29 août 2006, «Faire réussir les lycéens sans grande réforme» qui montre dans le droit fil de ce que proposent les libéraux depuis longtemps, comment on peut faire bouger l’éducation de façon expérimentale à partir d’établissements autonomes et d’enseignants volontaires. Les libéraux ne disent rien d'autre. Enfin, Nicolas Sarkozy va encore plus loin en proposant «que chacun reçoive un compte épargne formation c’est à dire un compte initial de formation par exemple de 20 années qui s’épuisera au fur et à mesure des années d’étude». C’est là une idée avancée par les libéraux dès 1984 et dont on trouvera les modalités détaillées dans notre dossier Education.
A lire dans le même esprit, sur le site de l’Institut Montaigne, « Ecoles primaires en ZEP : faire plus et différemment » de Daniel Laurent, directeur des études de l’Institut Montaigne.

BANC d'ESSAI : Sarkozy et l'écologie
L'analyse de Dominique Garrigues
sur le discours de N. Sarkozy à la clôture de la Convention UMP Environnement Ecologie du 19 octobre 2005.
Lire le banc d'essai


Droit de grève : réfléchir avant d'applaudir
Le MEDEF, lors de son Université d’été, a parait-il applaudi à tout rompre à la proposition du président de l’UMP, d’organiser un vote « à bulletin secret » dans les huit jours lorsqu’il y a un conflit dans une université ou dans une administration pour en finir avec « la dictature de certaines minorités ». Les patrons auraient été plus avisés de réfléchir avant d’applaudir. Légitimer les grèves par un vote à 51% c’est prendre le risque d’opposer à la liberté du travail non plus la dictature de la minorité mais la dictature de la majorité. Une grève votée par 51% des étudiants n’autorise pas d'interdire la poursuite du travail par les étudiants et les professeurs qui le souhaitent ou à une administration d’assurer la continuité du service public.

En 2007, les libéraux devront choisir. Aujourd’hui l’heure n’est pas au choix des personnes, elle est à l’élaboration et au choix des programmes.
En toute liberté, les libéraux entendent présenter leurs idées, leurs propositions et les placer au cœur du débat politique.
Retrouvez tous les éléments du projet des libéraux 2007 et participez au débat 


HUMEUR

Feu le plan ! Il a été remplacé à l’initiative de Dominique de Villepin par le Conseil d’analyse stratégique (CSA), mais son imagination technocratique n’est pas morte. A en juger par une suggestion – il est vrai inspirée par une idée britannique – de donner à chaque citoyen une carte de crédit carbone qui serait débitée à chaque achat de pétrole, de gaz, d’électricité et de billets d’avion. A la différence du permis de conduire la suppression des points ne leur retirerait pas le droit de se déplacer ou de se chauffer car il pourrait racheter des crédits carbones à ceux qui voyagent moins, se déplacent moins ou à ceux qui ont le bonheur de vivre dans des climats plus tempérés dans lesquels l'on a moins besoin de se chauffer. Taxer la mobilité, donne une prime à l’immobilisme, il fallait bien un Conseil d’analyse stratégique pour proposer cela.


LU, VU, ENTENDU

Une curieuse rentrée
«Vous êtes partis en vacances ? Avec le chèque-vacances, bien sûr ! Vous rentrez ? Le chèque-rentrée vous attend. Vous avez remarqué que l'essence a augmenté ? Le chèque-transport arrive. Vous avez des difficultés d'emploi ? La prime pour l'emploi va vous parvenir.» relève Lionel Stoleru, ancien secrétaire d'Etat au Plan, dans un article paru dans le Monde le 05 septembre. Et d’ajouter «Tout cela pour dire que Dominique de Villepin tourne le dos au vrai progrès social, en privilégiant les avantages en nature au détriment du pouvoir d'achat.»

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Rififi libéral autour de la class action
Pour ou contre la "class action", les libéraux de Liberté Chérie s'affrontent avec de bonnes raisons.
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Supprimons les droits de succession
A lire l’analyse du professeur Pascal Salin dans le Figaro du 30 août sur le projet de suppression des droits de succession pour un conjoint survivant.
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Concilier l’inconciliable
A lire l’article de notre amie Sophie de Menthon, Présidente d’Ethic, paru dans le Figaro le 29 août, dans lequel elle passe en revue les contradictions auxquelles sont confrontés les chefs d’entreprises.
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A LIRE 
psychanalyse de l’antilibéralisme
sous la direction de Christian Stoffaës, éditions Saint Simon
La France se veut quasi unanimement anti-libérale dans un monde devenu libéral. Pour comprendre cet étrange paradoxe il est utile de lire le brillant ouvrage collectif sur le libéralisme français publié par les éditions Saint Simon sous la direction de Christian Stoffaës. Ce livre d’histoire de la pensée politique propose une compréhension originale du parcours historique suivi par le libéralisme en France. Il permet non seulement d’éliminer les malentendus mais vise aussi à promouvoir le libéralisme auprès des intellectuels, des politiques et de la société civile afin que dans le débat public qui cherche aujourd’hui ses repères, le libéralisme réussisse à imprimer sa marque.
Lire la contribution d'Alain Madelin "La démocratie devient libérale"