La Lettre du 9 février 2007

Vivement
les baisses d'impôts !
Les objectifs sociaux des signataires de la pétition « Vive l’impôt » pourraient plus facilement être atteints par la baisse des impôts.

Vive l’impôt ! C’est le titre provocateur de la pétition relayée par le quotidien Libération. Une pétition préparée par quelques figures militantes de l’extrême gauche anti-mondialiste mais qui a su déjà recueillir la signature de quelques personnalités comme Jacques Delors, Jacques Maillot (l’ex patron de Nouvelles Frontières) ou encore Jean-Baptiste de Foucault (ex commissaire au Plan).

Cette pétition est certes révélatrice d’un nouvel «air du temps» marqué par le retour de l’Etat … et donc de l’impôt. Elle pose cependant aussi des questions de fonds qui méritent commentaire.
1ère affirmation : «Nous sommes fiers d’apporter notre contribution aux dépenses publiques nécessaires au progrès, à la cohésion sociale et à la sécurité des nations». Derrière la grandiloquence de la phrase se cache un choix de société : le maintien, voir l’extension de notre Etat Providence. Malheureusement, non seulement on voit chaque jour l’inefficacité de notre modèle social en matière d’emploi, de croissance du pouvoir d’achat et même de protection des plus faibles, mais force est de constater aussi que cet Etat Providence n’a plus le sou. A l’impôt des citoyens s’ajoute l’impôt sur les générations futures que constituent nos déficits et notre endettement. Il est vrai qu’il eût été moins altier pour les signataires de proclamer : «nous sommes fiers de nos dépenses publiques et fiers d’en reporter la charge sur nos enfants!».

Ce choix de société s’éclaire par une seconde affirmation «la qualité actuelle et future de notre vie individuelle et collective passe par un niveau élevé de dépenses publiques». Si le niveau élevé de dépenses publiques faisait la prospérité d’un pays et le bonheur des citoyens, l’Union soviétique serait encore debout ! Cette affirmation est classiquement celle des tenants d’un modèle de société socialiste où l’Etat assume une très large part de la vie des citoyens par la fourniture de services collectifs exercés sous sa tutelle.

Les libéraux sont bien entendu hostiles à ce choix.
Pour deux raisons.

D’abord parce que le niveau de prélèvements obligatoires trace la frontière entre les choix collectifs et les libres choix personnels, entre la société «marchande» et le marché politique, entre la part de votre travail que vous pouvez dépenser librement et celle qui est confisquée et dépensée par l’Etat. Pour des raisons éthiques, les libéraux préfèrent accroître autant que faire ce peut la sphère de la responsabilité individuelle. Les étatistes de toutes confessions politiques font le choix inverse. En exagérant sous divers prétexte –la solidarité, la sécurité, ils élargissent la sphère de la responsabilité collective, ils augmentent et légitiment leur pouvoir.

Ensuite parce que les choix collectifs, exercés au travers de structures étatiques ou para étatiques –sont moins efficaces. Ils apportent des solutions standardisées qui ne «collent pas» à des besoins individuels plus diversifiés. Ils sont aussi plus coûteux, tant il est vrai comme le dit le bon sens que l’on fait plus attention quand l’on dépense son propre argent que lorsque l’on dépense l’argent des autres !

En affirmant «nous récusons des baisses de la fiscalité dont la contrepartie serait l’insuffisance des moyens donnés à la protection sociale des plus pauvres, à l’éducation, à la recherche, à la santé, au logement ou encore à l’environnement», les pétitionnaires ne peuvent qu’attirer la sympathie, mais ils commettent une erreur économique : celle qui consiste à assimiler baisse des impôts avec baisse des recettes fiscales.

En effet, les libéraux soutiennent avec l’appui de la sagesse –«les hauts taux (d’imposition) tuent les totaux (les recettes)»-, de la science économique (la courbe de Laffer) et l’observation des résultats des réformes libérales de la fiscalité de par le monde, que la baisse de certains taux d’imposition confiscatoires permet de doper la création de richesses et au bout du compte d’obtenir des recettes fiscales supérieures.

C’est pourquoi une réforme fiscale d’ensemble (voir nos propositions) -qui n’est hélas au programme d’aucun candidat- qui aurait pour objectif de doper la croissance permettrait d’allier à la fois le maintien des recettes publiques nécessaires au bon fonctionnement de l’Etat et de la baisse des impôts.

Elle permettrait aussi, si la croissance augmente plus vite que la dépense publique, de réduire progressivement la part de nos prélèvements publics dans la richesse nationale et déplacer ainsi la frontière des choix collectifs et des choix individuels au profit des personnes.

Au surplus, nos pétitionnaires de «Vive l’impôt» devraient réfléchir à l’idée que l’efficacité de «la protection sociale des plus pauvres, de l’éducation, de la recherche, etc…» n’est pas qu’une affaire de moyens donnés à nos services publics et à nos organismes publics. La solidarité peut aussi largement s’exercer par des mécanismes d’assurances obligatoires et les mêmes services publics peuvent être exercés plus efficacement sous forme de délégation de «gestion» à des opérateurs privés en concurrence. Ce qui permet de conjuguer éventuellement, comme dans les pays nordiques, une sphère étendue de choix collectifs avec l’efficacité du marché.

Contribuables associés a réagi de façon plutôt plaisante à cette pétition «d’Alternative économique» et de Libération en proposant d’ajouter sur la feuille de déclaration des revenus une ligne réservée à tous ceux qui, signataires de la pétition «Vive l’impôt» voudraient verser un surplus d’impôt volontaire. (voir contribuables associés).

Alain Madelin

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Le pèlerinage écologique Un bol d’air frais Haro sur le Dalo ! La croisssance oubliée Les nouveaux marchands de bien Ségo, Sarko... euro ...AUTRES EDITORIAUX

Droit au logement (suite)
Le «droit au logement opposable» constitue pour les libéraux un concept dangereux (voir notre dossier).
Ce texte, qui sera examiné le 15 Février, semble aussi inquiéter certains à l’UMP. «C’est un slogan» dénonce Claude Goasguen. Hervé Novelli explique qu’ «il recèle des dangers et risque de mettre à mal le droit de propriété, il représente un fardeau pour l’Etat qui se traduira par des charges supplémentaires».
Yves de Kerdrel, dans le Figaro, pense que «cette création juridique inepte va donner naissance à une usine à gaz bureaucratique, à des contentieux en pagaille envers l’Etat ou les collectivités locales, et surtout à une raréfaction de l’offre de logements destinés au marché locatif.»
Lire dans le Figaro : «Le droit au logement opposable inquiète l’UMP»
Lire la chronique d’Yves de Kerdrel «Arrêtons de détrousser les propriétaires !»

L’école en mouvement ?
Nous avions déjà signalé que la meilleure partie du programme de l’UMP était sans doute celle consacrée à l’éducation. Le dernier discours de Nicolas Sarkozy confirme cette impression, avec des propositions autour de 7 grands principes: la liberté pédagogique, l’autonomie, l’évaluation, la modulation des moyens en fonction des handicaps des élèves, l’orientation, la deuxième chance et la formation tout au long de la vie.
Lire le discours de Nicolas Sarkozy
Voir notre dossier sur l'éducation

A gauche toute
On a bien aimé l’ironie d’ Alexis Brézet, dans son éditorial du Figaro, «La dame en rouge».
«Et dire qu’elle brandissait l’étendard de la politique moderne ! Et dire que, démocratie participative en bandoulière, elle se faisait gloire et vertu, de rompre avec les archaïsmes de la gauche d’avant …Moderne, vous avez dit moderne ? Mardi soir, pour son premier vrai meeting de campagne, Ségolène Royal a montré un tout autre visage…… Beau comme du Mitterrand ! La droite des privilèges, les conglomérats de la finance, les puissances de l’argent, le profit rapace et fainéant… »
Lire l'éditorial d'Alexis Brézet

Défaite du politique
"Très réussie de son point de vue, l'émission à laquelle Nicolas Sarkozy a participé est une défaite du journalisme…" affirme Stéphane Denis dans sa chronique du Figaro. D’accord avec lui ! Nous pourrions même ajouter que c’est aussi une défaite du politique. D’ailleurs Stéphane Denis note en ce sens que "aucune des questions que veut lui poser un électeur n'a plus de rapport avec ce que sont les responsabilités d'un président. Il s'agit simplement, pour l'un comme pour l'autre, de parler d'eux…. Aucun candidat ne devrait accepter de répondre à des questions comme celles dont Nicolas Sarkozy a brillamment triomphé l'autre soir. Mieux, tous les candidats devraient exiger que les chaînes les plus importantes, les plus écoutées, organisent des débats directs, fondés sur la confrontation des caractères et des idées, et des séances de questions-réponses avec des journalistes aguerris et informés."
Lire la chronique de Stéphane Denis

L’Université en débat
Le Figaro poursuit ses débats de la Présidentielle. Cette semaine, «La France a-t-elle l’université qu’elle mérite ?». Jean-Robert Pitte, Président de l’Université de Paris-Sorbonne, Howard Davies, directeur de la London School of Economics arrivent au même constat : nous ne pourrons échapper «à la mise en œuvre d’une réforme profonde de l’université». Quelles réformes entreprendre ? Une orientation ferme, une augmentation sensible des droits d’inscription afin de procurer aux universités des moyens suffisants tout en favorisant des bourses aux étudiants issus de familles pauvres, une plus large autonomie pour les universités, une implication responsable des étudiants ainsi que des équipes pédagogiques.
Lire "L’opinion se satisfait de la fiction d’une université ouverte à tous" par Jean-Robert Pitte
Lire "Tout est affaire de choix" par Howard Davies

Pour compléter ce débat, nous signalons le livre de Pierre Lunel, ancien président de l’université Paris-VIII, délégué interministériel à l’Orientation « Fac, le grand merdier ? » aux Editions Anne-Carrière, un livre choc sur les universités, un vrai pamphlet devant « tant d’inerties et d’idéologies pesantes. » Ses conclusions sont à rapprocher de celles de Jean Robert Pitte et Howard Davies . Il est de plus favorable au mécénat :
«Au nom de quoi, la fac française serait la seule à refuser l’argent des entreprises ?»

Liberté et tabac
«Qu’il faille lutter contre l’abus du tabac, c’est l’évidence», comme l’écrit Alain-Gérard Slama dans le Figaro Magazine, mais «les idéologues du droit opposable à l’air pur nous préparent un monde irrespirable.» Sans faire l’apologie du tabac, Jacques Garello regrette «qu’une fois de plus, c’est la puissance publique qui se substitue aux individus pour leur commander comment ils doivent vivre. Le principe de subsidiarité, fondement de toute société libre, est oublié au nom d’un principe de précaution, certes constitutionnel, mais foncièrement liberticide.»
Lire "Quand fumer devient un délit." d’ Alain-Gérard Slama
Lire l’éditorial de Jacques Garello

Protectionnisme
«Le patriotisme économique n’est qu’une forme particulière d’une pratique très ancienne, le protectionnisme». Pascal Salin, dans une tribune dans Valeurs actuelles montre du doigt l’Etat qui s’immisce dans les décisions des propriétaires d’entreprises. Le seul intérêt national qui vaille, c'est que les entreprises soient aussi bien gérées que possible. Laisser faire le marché, c’est améliorer les plus-values des actionnaires, mais aussi accroître les salaires et donc favoriser les salariés. De ce point de vue, la nationalité des propriétaires importe peu.
Même analyse de Zaki Laïdi, politologue au CERI, dans une tribune publiée par Les Echos. A l’approche des élections, «politiques de premier plan et commentateurs de second rang communient dans un hymne néo-protectionniste bien huilé…..Dans le cas français, le problème ne vient pas du fait que nous perdions des emplois face à la compétition mondiale, mais que nous n’en créons de façon générale pas assez.»
Lire "Contre le patriotisme économique" de Pascal Salin
Lire "Le grand bêtisier du protectionnisme" de Zaki Laïdi

A LIRE
« Le grand méchant marché
d’Augustin Landier et David Thesmar
Flammarion
Les auteurs démontrent que certains lieux communs du discours anti-capitaliste sont faux et doivent être dénoncés comme tels. Pour rendre au capitalisme sa légitimité, il faut faire des Français les acteurs à part entière d’un capitalisme financier dont ils doivent être les premiers bénéficiaires. Un livre passionnant à l'argumentaire serré.