La Lettre du 09 mars 2007

Le fantôme
de la croissance
Bonne nouvelle, le gouvernement réfléchit aux moyens de doper la croissance... à cinquante jours de l’élection présidentielle !

Etonnant gouvernement ! Voici qu’il organise à cinquante jours de l’élection présidentielle une «Conférence sur la Croissance», prend conscience du décrochage de la croissance et de la nécessité de trouver les moyens d’une croissance au moins égale à 3%. Nous parlons même depuis longtemps de l’exigence d’une «hypercroissance» (voir La croissance oubliée).

Certes, il serait facile d’ironiser sur un gouvernement qui, sans doute déçu par les dernières statistiques, à 50 jours de l’élection présidentielle, se met à réfléchir sur ce que devrait être une politique tournée vers une plus forte croissance. Quoi qu’il en soit la prise de conscience mérite d’être saluée. D’autant qu’à cette conférence sur la croissance les invités extérieurs étaient de bonne facture : Edmund Phelps, prix Nobel d’économie et Jean-Philippe Cotis, économiste en chef de l’OCDE.
Cela nous change de la dernière conférence sur l’emploi dont l’invité d’honneur fut Emmanuel Todd, qui devant le Premier ministre, les ministres et les partenaires sociaux réunis a renouvelé ses imprécations favorites contre le libéralisme et plaidé pour le protectionnisme (voir Matignon mobilise contre le libéralisme).

Le rappel de cette exigence de croissance est d’autant plus important que ce thème est totalement fantomatique dans la campagne présidentielle, alors qu’il devrait être le centre comme le dit le ministre de l’Economie et des Finances, Thierry Breton. Non seulement on ne discerne dans les programmes d’aucun des candidats de politique cohérente résolument pro-croissance mais ils semblent même avoir renoncé à toute ambition pour le prochain quinquennat, se contentant d’objectifs très modestes (2,5% pour Ségolène Royal, 2,25% pour Nicolas Sarkozy) très en dessous de nos besoins et de nos capacités.

Il y a manifestement un grand décalage entre les conclusions du Premier Ministre et les préconisations des invités extérieurs. Celles d’Edmund Phelps axées sur un droit du travail trop rigide, un environnement réglementaire et fiscal défavorable à l’entreprise, une culture entrepreneuriale trop faible. Celles de Jean-Philippe Cotis qui a mis en évidence un coût fiscal marginal du travail trop élevé et souhaité qu’on mette fin aux hausses politiques artificielles du SMIC, qu’on réforme la législation de la protection de l’emploi et qu’on réduise les obstacles réglementaires à la concurrence.

On cherchera vainement dans les conclusions de cette conférence les propositions concrètes sur les trois volets essentiels d’une politique économique résolument pro croissance à savoir
1/ une réforme fiscale d’ensemble favorisant la création de valeur ajoutée,
2/ la libération du marché du travail,
3/ une politique d’ouverture à la concurrence

Au-delà de propositions fourre-tout, cent fois répétées, la mesure phare du Premier Ministre consiste à proposer la création de nouveaux indicateurs d’INSEE qui, aux côtés de l’indice de croissance, donneraient de la France une image plus flatteuse en mesurant la redistribution sociale, la préservation de notre environnement, notre système de santé et nos services publics. Autrement dit, puisque les indices de croissance déçoivent, changeons d’indicateurs !

Certes, on le sait, le bonheur ne se réduit pas à un indice de croissance. Mais comme l’a remarqué le Premier Ministre : «Avec un taux de croissance comparable à celui des Etats-Unis au cours des 15 dernières années, le salaire moyen annuel des Français serait aujourd’hui supérieur de près de 9000 euros de ce qu’il est actuellement.»

Les nouveaux indicateurs de l’INSEE ne changeront hélas rien à ce décalage croissant. On attend toujours les réponses des candidats.

Alain Madelin

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Privatiser EADS
A l'évidence la maladie qui frappe la gestion d’EADS s’appelle l’Etat (et même les Etats français et allemand). Pourtant, alors que l’Etat est le problème, les principaux candidats à l’élection présidentielle veulent en faire une solution. Ils rivalisent dans les propositions pour renflouer EADS avec de l’argent public (que ce soit celui de l’Etat ou des régions) en faisant croire bien entendu aux salariés qu’une telle intervention publique permettrait de limiter les restructurations industrielles nécessaires ! Faire d’EADS une entreprise comme les autres faisant appel au marché sur un vrai projet industriel, EADS est une belle entreprise dont les carnets de commande sont pleins), avec de vrais actionnaires -en bref privatiser EADS- n’est venue à l’idée de personne.
Jean-Pierre Chevallier sur son blog de l’Institut Turgot commente : «L’échec d’EADS est celui de la troisième voie antilibérale antiaméricaine, du capitalisme rhénan et de cette monarchie républicaine française basée sur une cour d’incompétents intouchables qui aura coulé une grande partie du secteur de l’aéronautique européenne qui était pourtant performant et compétitif. Aux Etats-Unis, tous ces responsables auraient été condamnés à de lourdes peines de prison (24 ans pour l’un des anciens dirigeants d’Enron). Les victimes du crash d’Airbus ne devraient pas demander à ceux qui en sont la cause (les hommes politiques et les syndicalistes) de leur venir en aide. Une fois de plus, une rupture s’impose après plus de 25 ans de dérives socialisantes. EADS devrait devenir une entreprise normale, dirigée par ses actionnaires privés comme Boeing, sans intervention d’Etats ni de syndicats.»

Détaxer le travail (suite)
A la suite de notre édito «Détaxer le travail» nous avons relevé dans le commentaire d’un lecteur une idée intéressante : « Le déséquilibre actuel entre employeurs et salariés, avec un rapport de forces en faveur de l’employeur, et la nécessité, de réduire les coûts, aboutit dans certaines entreprises à des abus de pouvoir, à une pression stressante sur les salariés et au développement en fréquence et en gravité de pathologies liées à ces pressions, parfois aggravées sous la forme d’un harcèlement pour éliminer le salarié qui ne peut pas suivre. Elles peuvent être dépistées de l’extérieur de l’entreprise par la constatation d’un absentéisme plus fréquent et plus durable. L’inscription de ces affections dans le cadre des maladies professionnelles augmenterait la part assurance accidents et maladies professionnelles des entreprises concernées, les amenant à revoir leurs méthodes de gestion du personnel.»

Signatures : ne pas oublier le candidat libéral
Un de nos lecteurs ex-membre de DL ayant rejoint l’UMP et soutien de Nicolas Sarkozy se dit «révolté par le fait que les antilibéraux, de Besancenot Le Pen, en passant par Bové et Mme Buffet aient la possibilité de disposer d’un temps de parole pour fustiger le libéralisme et le capitalisme sans que personne ne leur apporte la contradiction.( ...) Bien que je ne sois pas d’accord avec la candidature du Président d’Alternative Libérale, Edouard Fillias, je pense qu’il serait injuste que l’UMP aide Le Pen ou Besancenot à obtenir leurs parrainages et qu’elle ne fasse rien pour Fillias.»

Le serpent de mer de la TVA sociale
L’idée d’une TVA sociale fait régulièrement surface dans la campagne présidentielle, dans un débat organisé sur ce thème par la Tribune (le 07/07/03), on lira avec plaisir l’analyse d’Henri Sterdyniak économiste à l’OFCE : «Il est faux de croire que la TVA sociale permettrait de faire payer notre protection sociale par les travailleurs étrangers, en taxant des produits importés. Augmenter la TVA de 5 points en réduisant d’autant les cotisations sociales employeurs induirait certes des gains de compétitivité pour les entreprises françaises mais pousserait à la hausse les prix des biens consommés importés. Dés lors, face à cette reprise de l’inflation, soit on maintiendra l’indexation des salaires, ce qui déclenchera une spirale d’inflation domestique, jusqu’à ce que les gains de compétitivité initiaux soient perdus. Soit on bloquera les salaires, les pensions et les prestations sociales, et les gains de compétitivité seront payés par les salariés et les retraités. Gare aux illusions : ce sont bien les salariés de chaque pays qui doivent financer la protection sociale.»

Leçons italiennes : à consommer avec modération
Nous avions relevé dans la Lettre des Libéraux un éditorial du Monde d’Eric Le Boucher dans lequel celui-ci donnait, en exemple, le programme de réformes de Romano Prodi, un programme qui, tout entier tourné vers la croissance -pour l’éditorialiste du Monde- tranchait avec nos prétendants nationaux qui ne parlent que de social et dont la stratégie économique est peu claire, un de nos lecteurs nous invite à regarder la réalité de plus près : «Si on voit les choses de l’Italie. M. Prodi n’a pas lancé un vaste programme pour changer le visage de l’Italie. Il a augmenté les taxes d’un seul coup de 2% du PIB. Les dépenses publiques ne sont pas contrôlées par une prétendue rigueur budgétaire. Les libéralisations sont mal faites et de taille très petite.»

A LIRE
A lire la nouvelle collection dirigée par Mathieu Laine chez JCLattès « Idées fausses/vraies Réponses » dont chaque volume revisite un thème d’actualité sous forme d’idées reçues, en repositionnant le débat avec des faits objectifs. Des livres dynamiques et optimistes, simples mais pas simplistes, qui permettent de sortir du prêt à penser et de décider librement.
La France est foutue
de Mathieu Laine,
JC Lattès
C’est trop tard
pour la terre
de Cecile Philippe
JC Lattès
Beaucoup d’entre nous sont arrivés à cette conclusion : les profiteurs du système France sont trop nombreux et les hommes politiques trop frileux.
Et pourtant, il n’y a pas de mauvais gène français. Non la France n’est pas foutue !
De nombreux pays se sont sortis de situations bien pires que la nôtre et nous montrent la voie. A nous de prouver qu’une réforme de grande ampleur n’est pas une punition, mais la solution.
Remettre les idées à l’endroit, provoquer une révolution des esprits et démontrer que notre chute n’est pas irrémédiable, tels sont les objectifs de ce livre.
Les inquiétudes -souvent légitimes- concernant l’avenir de la planète donnent lieu à de nombreuses idées reçues.
Le réchauffement de la planète, la pollution, l’épuisement des ressources, la perte de biodiversité serait les symptômes d’une civilisation qui court à sa perte. L’alarmisme environnemental alimente les propositions des politiques qui surfent avec enthousiasme et démagogie sur la vague écolo. Sauf que les remèdes proposés sont souvent construits autour de mythes. Certains risquent même de nous engager sur une fausse route, nuisible à la qualité de notre environnement.