ENERGIE :
MATIGNON ECRASE LES PRIX

Enfin, le gouvernement français a trouvé la parade contre la hausse des prix de l’énergie et contre l’inflation en général, dont nous parlons par ailleurs dans notre article de conjoncture. Comment n’y avons-nous pas pensé plus tôt ? Il s’agit du contrôle des prix par le gouvernement. Certes, il parait que le code d’Hammourabi, l’édit de Dioclétien, la loi sur le Maximum et l’ordonnance du 30 juin 1945 y avaient déjà pensé, mais depuis quelque temps on avait tendance à oublier ces remarquables succès du passé. Et il faut sûrement être aussi ignare en économie que l’était Jacques RUEFF pour prétendre que de faux prix conduisent à de fausses décisions, donc à une mauvaise allocation des ressources.

Mais voyons les faits. Face à la hausse des prix de l’énergie, le gouvernement a déclaré qu’il était « attentif à ce que les prix de l’énergie ne pèsent pas trop lourdement sur le budget des ménages ». On ne va pas en effet se laisser impressionner par la hausse du prix des approvisionnements sur les marchés internationaux. Les prix français doivent obéir au gouvernement français, que diable !

Première décision : les prix du Gaz seront gelés jusqu’au 1er juillet 2007. Ce n’est donc pas Gaz de France (GDF) ou un de ses concurrents qui doivent fixer les prix : c’est le gouvernement qui décide et les entreprises n’ont qu’à bien se tenir. Comment faire si entre temps, par malheur, les prix internationaux du gaz augmentaient ? Et bien on vendrait à perte. Favorisant ainsi, avec ce faux prix, une surconsommation de gaz. Par contre, nous n’avons pas compris pourquoi jusqu’au 1er juillet 2007. Nous ne voyons pas vraiment ce qui se passera en juin 2007, par exemple sur le plan électoral, qui justifierait le choix de cette date. Ce doit être le fait du hasard. Jusque là, la révision des prix était trimestrielle et fonction des coûts d’approvisionnements. Désormais, les prix obéissent enfin aux pouvoirs publics. On ne comprend pas pourquoi immédiatement le cours des actions GDF a chuté, au prétexte que GDF aurait 900 millions d’euros de manque à gagner. Décidemment, les boursiers ne comprennent rien à l’économie régulée. L’affaire est telle que GDF annonce qu’elle envisage d’attaquer…l’Etat en justice, c'est-à-dire son propre actionnaire !

Mais dans l’énergie, il n’y a pas que le gaz. Il y a aussi l’électricité. Et là, changement de méthode : le premier ministre a demandé au ministre de l’économie, qui s’est aussitôt exécuté avec brio, de convoquer les distributeurs d’électricité. Ont ainsi été convoqués à Bercy les représentants des cinq principaux fournisseurs présents sur le marché français, EDF, Suez, la SNET, le Suisse Atel et l’Allemand HEW, filiale de Vatenfall.

On leur a demandé des résultats concrets, dont le premier ministre s’est félicité. En particulier, le ministre de l’industrie, François LOOS, a déclaré avoir obtenu « des engagements de modération » de la part des producteurs. Comme quoi, il suffisait de demander gentiment. Ce sont les entreprises étrangères qui ont du être étonnées : elles n’avaient jamais vu cela chez elles.

Ainsi, pour que les PME-PMI ne subissent plus de plein fouet la flambée du prix du kilowattheure, qui avait le toupet de suivre les prix du pétrole, les entreprises vont proposer, à la demande du gouvernement, des « offres commerciales » qui ne suivraient plus automatiquement le prix du marché. En effet, suivre le prix du marché, c’est d’un commun ; nos ministres eux sont au dessus de cela.

Et Bercy avait pour cela des arguments imparables : les critiques formulées par des « parlementaires amis » (c’est ce que nous rapportent Les Echos). Après tout, les entreprises sont bien là pour obéir à Bercy et faire plaisir aux parlementaires amis. Ainsi, il a suffi d’un discours musclé de notre premier ministre et d’une réunion bien organisée à Bercy pour stabiliser les prix de l’énergie. On est impressionné par tant de savoir faire.

Que ces faux prix conduisent nos entreprises à connaître des déficits, donc à ne pas pouvoir se développer, investir et faire face à la concurrence au moment où le marché s’ouvre à la concurrence, représente vraiment des arguments sans importance. Comment le marché pourrait-il connaître le juste prix, le vrai prix, conduisant aux bonnes décisions économiques ? C’est trop aléatoire ; il y a trop de variables en jeu pour ce pauvre marché. Le gouvernement, lui, sait traiter l’information disponible et sait quel est le juste prix. Quant on pense que de mauvais esprits parlent d’arrière-pensées électorales, alors qu’on voit bien que le gouvernement n’a en vue que le bien commun ! Merci à Matignon d’écraser les prix pour nous. Pourquoi ne pas étendre la méthode aux prix de l’essence ?

Jacques Garello