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Misère
Que penser de l'antagonisme opposant le coryphée du prétendu « modèle social français », c'est-à-dire l'actuel occupant de l'Elysée, et Tony Blair ? Qu'incarne donc la position défendue par notre Président de la République concernant les subventions européennes accordées à l'agriculture : les atours d'une rémanence du nationalisme cocardier, une résurgence du chauvinisme face à l'insolente réussite des modèles anglo-saxons, ou bien les manifestations de l'archaïsme dont il s'est fait le thuriféraire le plus ferme? Hélas, les linéaments gouvernant et régissant ses vaines postures semblent se fonder à la fois et sur l'égoïsme national et sur la défense obstinée des pratiques les plus rétrogrades.
Dans le cadre de l'apologie, de l'éloge du pseudo-modèle social français, Jacques Chirac s'efforce de manière tout à fait patente de s'opposer, d'une part, aux principes clairement libéraux ayant mené la Grande-Bretagne à la réussite tant économique que sociale. D'autre part, le refus de reconsidérer la Politique Agricole Commune, vers lequel tendent invariablement les dirigeants français, s'inscrit assez nettement dans une logique chaotique de cloisonnement. Laquelle contribue, dans une assez large mesure, à accentuer et amplifier la débâcle économique de l'hexagone. En accordant sans ambages la priorité à l'agriculture, la France réalise un pari certes audacieux mais aussi terriblement à rebours de l'économie de l'intelligence dont la mondialisation est, de nos jours, porteuse. Loin de préparer la France à affronter les nouveaux défis du siècle qui débute, à tirer le plus large bénéfice de la mondialisation et à contrecarrer le terrorisme, Jacques Chirac, en cédant aux multiples billevesées sur la taxation des transactions financières ou des billets d'avion, l'apoltronne et l'affaiblit.
Non seulement, comme l'a subtilement souligné Nicolas Baverez, la France s'arc-boute sur son antédiluvien et caduc modèle social-étatiste, qui est à l'origine de son déclassement, mais de surcroît, en protégeant les rentes de situation des pays riches et en s'érigeant, à ce titre, en héraut du protectionnisme, elle ne contribue aucunement au développement des pays du Sud. Les subventions qu'accorde l'Union Européenne à l'agriculture française bloquent, dans les faits, l'industrialisation des pays du Tiers-Monde. En effet, elles permettent à notre agriculture d'être bien plus compétitive et performante que les leur en compensant fort généreusement les dérisoires prix de vente des produits européens par des kyrielles d'aides publiques. Il s'agit, à l'évidence, d'une concurrence biaisée, déloyale et totalement faussée. Alors qu'au surplus nos produits inondent les marchés des pays supposés en développement, la France, notamment, ferme les siens à leurs marchandises et les prive, de ce fait, de vastes débouchés. Ainsi, se forme un considérable manque à gagner à la défaveur des pays du Sud. Ce qui les empêche, par la suite, de s'industrialiser et de se doter des infrastructures nécessaires à tout progrès économique et social, bref à tout développement humain. Pour preuve, avant l'établissement de la PAC en 1962, l'Afrique était exportatrice nette. Depuis, elle est importatrice nette ! C'est-à-dire que, bien qu'elle se soit spécialisée dans la production des produits agricoles, elle en importe davantage qu'elle en exporte. Ce manque à gagner est d'autant plus colossal qu'il se cumule depuis 1962 et qu'il n'est, de surcroît, absolument pas compensé par les insignifiantes aides au développement consenties par les pays du Nord.
Puisqu'il évite de se concentrer sur les secteurs porteurs, ce protectionnisme est absurde et passéiste. Mais d'autre part, parce qu'il sape, aussi, les bases du développement dans les pays du Tiers-Monde, il s'avère être véritablement pernicieux et criminel. Loin d'être l'unique frein à l'industrialisation de ces pays, ces subventions à l'agriculture sont tout de même un facteur majeur, à la fois, et de stagnation et de régression selon les pays concernés. Il s'ensuit donc que l'inanité des options obstinément défendues, à la fois, et par Jacques Chirac et par les sectateurs du cloisonnement économique est totale.
Alexis FOURMONT |