La Lettre du 12 janvier 2007

La croisssance oubliée
Faire aujourd'hui l'impasse du débat sur la croissance, c'est se condamner à aller dans le mur demain.

Après l'autosatisfaction de l'été dernier
sur le retour de la croissance, voici que le ministre de l'Economie et des Finances après les résultats d'un troisième trimestre calamiteux (0 %), et des chiffres d'un dernier trimestre 2006 moins flambants que prévus (qui ramènent la croissance de 2006 autour de 2 %), confie qu'il «n'est pas satisfait de la croissance française». Ce à quoi les entrepreneurs créateurs de richesses pourraient aisément répliquer qu'ils ne sont pas satisfaits de la politique économique française ! Reconnaissons cependant que le ministre pose avec pertinence et constance l'impérieuse question de la croissance. Il n’en va pas hélas de même des candidats à l'élection présidentielle.
À gauche, même s'il semble que Ségolène Royal prenne quelques distances avec le protectionnisme ambiant, le raisonnement tient en quelques mots : «la croissance est le produit de la confiance, et Ségolène inspire confiance. C.Q.F.D.». Avec pour toile de fond des propositions issues de l’archéo socialisme : suppression ou distribution de pouvoir d’achat, des allègements d’impôts, créations d’impôts nouveaux, défense des monopoles publics…
À droite, la question de la croissance n’est même pas posée. Le mot «croissance» n'apparaît pas dans le programme de l'UMP. Sauf pour nous parler du «potentiel de croissance des économies ultra marines» ou pour exiger de la banque centrale européenne «une politique monétaire qui soutienne la croissance et l'emploi». Autrement dit, la croissance française, c'est l'affaire de l'Europe !

S'il est vrai que la croissance ne se décrète pas, il est tout aussi vrai que le débat essentiel, celui autour duquel devrait tourner tous les programmes présidentiels est celui des moyens à mettre en oeuvre pour obtenir ce que j'ai appelé une hypercroissance, c'est-à-dire une croissance de 3 à 4 % à la mesure du potentiel de dynamisme de l'économie française, pour peu qu'on la libère.

Cette hyper croissance est indispensable pour résoudre nos problèmes. Une hyper croissance, c’est le plein emploi, une croissance continue du pouvoir d’achat, la solution à nos problèmes de précarité et d’exclusion, le moyen de financer notre haut niveau de protection sociale (ce qui n’empêche pas de vraies réformes de nos retraites ou de notre assurance maladie). C’est l’huile dans les rouages pour mener à bien nos réformes structurelles. C’est permettre le remboursement de nos dettes (en évitant la restriction) et de diminuer la part de nos prélèvements obligatoires en augmentant la taille de l’économie marchande. Or contrairement à la vulgate économique de la «droiche», la croissance ne passe ni par une relance de la consommation, de la dépense publique ni même par le «travailler plus» que permettraient les subventions publiques aux heures supplémentaires. Elle passe par des entrepreneurs motivés, récompensés et libérés. Par une offre de produits et de services nouveaux plus compétitifs.

Au risque de se répéter (Mendès France disait: «les hommes politiques ont le choix entre se répéter ou se contredire»), il existe trois moyens pour doper la croissance :

1 – Une réforme fiscale et sociale majeure pour libérer le talent et l’énergie des créateurs de richesse. Si le travail de tous contribue à la richesse d’un pays, la croissance se fait à la marge par le risque et l’initiative de quelques-uns. C’est la raison pour laquelle, une réforme fiscale tournée vers la croissance ne doit pas avoir pour objet - comme on l’a fait ces dernières années de redistribuer du pouvoir d’achat aux Français pour qu’ils consomment plus - mais de réduire le total des prélèvements marginaux (fiscaux et sociaux) sur le travail. Il est évident qu’une taxation marginale de 66 % (fiscal + social) décourage l’effort supplémentaire quand une taxation de 33 % l’encouragerait.
De même, si un impôt sur le capital modéré peut se justifier, la cascade ISF + plus-values + impôts locaux + successions est devenue contre productive. Le résultat de telles réformes, les expériences étrangères le montrent, n’est pas comme on pourrait le craindre une diminution des recettes fiscales mais au contraire l’augmentation de celles-ci grâce à une dynamique de croissance. Les riches ne payent pas moins d’impôts mais davantage dans un jeu gagnant-gagnant ou le total des richesses augmente. (Voir "Fiscalité : augmenter ou diminuer ? Se donner les moyens d'une croissance durable").

2 – L’ouverture à la concurrence de secteurs protégés et la réforme de l’Etat. Elargir la sphère de la concurrence, c’est élargir la part de l’économie marchande dans notre société, favoriser les initiatives entrepreneuriales, augmenter la productivité et donc la croissance. C’est aussi le moyen de réduire le périmètre de l’Etat et de le renforcer dans ses fonctions régaliennes (à commencer par la justice).
La recherche d’une croissance forte passe par l’ouverture de nos secteurs protégés y compris ceux dont nous voulons - à contre courant du monde et de l’Europe- maintenir le monopole en les qualifiant de «services publics» mais l’existence de missions d’intérêt général – dites de services publics – ne justifient en rien les monopoles qui leur sont associés car elles peuvent être exercées plus efficacement et avec davantage d’innovation en les ouvrant à la concurrence d’entreprises privées dans le cadre d’un cahier des charges. C’est vrai pour nos infrastructures, nos universités, notre assurance maladie et de nombreuses missions de l’Etat qui peuvent être ainsi déléguées.

3 – La libération du marché du travail. La nouvelle croissance de la société de la connaissance de demain ne se trouvera pas avec des relations de travail reposant sur un droit du travail conçu pour la civilisation de l’usine et des salariés en situation de totale subordination. Alors que l’économie a besoin de beaucoup de souplesse, il est aujourd’hui paradoxalement plus facile de divorcer que de licencier! Pour pouvoir fonctionner, le marché du travail a besoin d’une très grande liberté de contrats de travail (et non d’un chimérique contrat de travail unique) adaptés à des situations spécifiques dans le cadre bien entendu d’un socle unique fixant les garanties d’ordre public et des règles de négociation équilibrées des contrats...

Le Droit au Logement Opposable
Suite à notre éditorial de la semaine dernière (Voir «Les nouveaux marchands de bien»), le débat sur le droit au logement opposable s'enrichit.
Eric Le Boucher, dans le Monde, offre : "Le droit au sérieux opposable": «Jusqu'au bout, Jacques Chirac aura multiplié les "droits à". Le président des aides, des subventions, des crédits, des principes de précaution, des garanties, des assurances et, maintenant, des droits "opposables", laissera la trace d'un gigantesque distributeur de billets. Et aussi de celui qui a fait passer la dette de l'Etat de 58 % du PIB en 2002 à 66,6 % en fin de parcours. La maison Chirac panse les fractures sociales à crédit.(...) Si on peut formuler un voeu en ce début d'année, c'est que l'élection mette un terme final à ce chiraquisme compassionnel. S'il est un seul droit opposable qu'il faut faire voter d'urgence en France, c'est celui de sérieux.»
Yves de Kerdrel, éditorialiste au Figaro dans son excellente «Lettre d’un locataire à son propriétaire» lui annonce : «Pourquoi arrêter de payer mon loyer ? Et bien tout simplement parce que le président de la République a décidé qu'il allait instituer très vite un droit opposable au logement.(...) Mais puisqu'il existe désormais un nouveau droit aussi sacré que le droit à la santé ou le droit à l'éducation, vous comprendrez que je me considère aussitôt, tel des millions de Français, comme un ayant droit. Et puisque j'ai un droit au logement que l'État ou les collectivités locales sont condamnés à remplir et à payer, je ne prends aucun risque à ne plus honorer mes loyers.» et conclut : «Ce droit au logement opposable va finalement se retourner contre les moins aisés et enrichir les mieux dotés.»
Jean-Yves Mano, dans Libération, adjoint au maire de Paris, chargé du logement (PS) nous dit dans «Attention au leurre»: «En quelque temps, le problème des SDF est venu se fondre dans la crise du logement, oubliant alors qu'entre les «mal- logés» et les «bien-logés», selon l'expression des Enfants de Don Quichotte, il y a les «précairement logés», cette partie de la population subissant la crise des loyers et la précarité de l'emploi, vivant dans des appartements parfois trop petits, parfois trop chers, parfois à quitter, parfois insalubres, parfois même dans des hôtels... mais peu importe, les problèmes deviennent subitement les mêmes. Du coup, la politique renoue avec ses vieux démons: une certaine capacité à croire qu'il suffit de voter la résorption des problèmes pour les voir fondre comme neige au soleil. Cette fois-ci, c'est le droit au logement opposable qui a été amené sur les fonts baptismaux.»
Des SDF à l'élysée : Lire aussi l'éditorial de La Nouvelle Lettre de notre ami Jacques Garello qui dénonce les politiciens "Sans Doctrine Fixe"

François Goulard défend les idées libérales
Dans une interview accordée au journal Les Echos, François Goulard prévient «On ne gagnera la présidentielle que si les Français qui se reconnaissent dans une modernité libérale se sentent représentés par la future majorité. Le libéralisme, ce ne sont pas les délocalisations et les stock-options. C’est d’abord la reconnaissance du caractère fructueux de la liberté des échanges. Si les échanges étaient destructeurs, nous n’aurions pas connu, depuis deux siècles, une telle création de richesses. Le libéralisme, c’est aussi une théorie politique : l’affirmation de l’Etat de droit.». Le ministre de la Recherche et de l’Enseignement supérieur ajoute «Ecarter le libéralisme sous prétexte que le mot fait peur en France et que ce courant n’a jamais trouvé une grande approbation populaire serait à la fois une erreur politique et une aberration.». Puis, il nous dit enfin «Je ne vois d’ailleurs aucune contradiction entre politique sociale et politique libérale. Il peut y avoir une approche libérale des questions sociales, consistant à introduire des segments de compétition pour accroître l’efficacité.»

Au menu des présidentielles, la réforme des retraites
On le sait, les libéraux ont été très critiques sur la Réforme des retraites Fillon. C’est une toute autre réforme qu’ils avaient préconisée, celle de la retraite par points. Le dernier rapport du Conseil d’Orientation des Retraites (COR) qui constate que le déficit continue de se creuser et que la réforme est à reprendre ne peut que leur donner raison.
Lire le rapport


Biocarburants :
Une politique aveugle
et dispendieuse

Dans son dernier numéro, l’UFC-Que Choisir nous propose un excellent dossier sur les biocarburants dont nous avons déjà dit du Plan gouvernemental qu’il était le sous-produit des lobbies agricoles et qu’il «signifiait de nouvelles subventions au nom d’arguments écologiques plus que discutables»
Présentation générale
Une politique aveugle et dispendieuse
Constats et propositions cadres de l'UFC-Que Choisir


Un impôt sur la conn... pour financer l'Etat
«S’il y avait un impôt sur la connerie, l’Etat s’autofinancerait !» écrit dans la presse suisse, Christian Luscher, député libéral suisse en réponse "à l'arrogance" d'Arnaud Montebourg:"Politicard de supermerché" qui dénonce la fiscalité suisse.
Lire l'article

...Pour être efficace le marché du travail a besoin aussi de ne pas voir les signaux des prix perturbés par des coups de pouce politiques au SMIC et des exonérations de charges sous certains seuil qui conduisent à une «smicardisation» de la société française. (Un SMIC de base devrait être fixé par une autorité indépendante et complété par des SMIC professionnels négociés). Les exonérations de charges devraient être converties en franchise de charges sur les 300 ou 400 premiers euros de salaire.
Libérer le marché du travail c’est non seulement permettre un meilleur ajustement favorable à la création d’emplois mais aussi libérer des salaires aujourd’hui artificiellement comprimés.

Pour retrouver la confiance et une croissance forte et durable il faut inscrire ces trois libérations au programme du prochain quinquennat. A ceux qui les trouveraient « trop libérales » ajoutons que ce sont aussi les plus « sociales ». Une croissance de 3,5 % par an signifie un doublement du pouvoir en vingt ans. Aucune politique gouvernementale de redistribution ne peut prétendre au même résultat.

Alain Madelin

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