La Lettre du 13 avril 2007

Une grande indifférence
Les marchés financiers restent indifférents au résultat des élections françaises. L’économie se sépare du politique.

Jamais sans doute
une élection présidentielle n'aura été marquée par une telle indifférence des milieux économiques. Certes le patronat a fait connaître ses choix de politique économique. Certes les PME, très choyées dans cette campagne, ont approuvé telle ou telle mesure, se sont inquiétées de telle ou telle disposition. Mais, globalement, les marchés financiers restent de marbre, apparemment indifférents aux résultats de l'élection.
Aucune vraie inquiétude sur une éventuelle élection de Ségolène Royal. Aucune crainte des risques de paralysie que pourrait entraîner une victoire de Bayrou. Aucune excitation sur la victoire de Nicolas Sarkozy pronostiquée par la plupart.

Le très libéral hebdomadaire économique «The Economist», (qui avait ouvertement soutenu la candidature d'Alain Madelin en 2002) apporte cette fois son aval à Nicolas Sarkozy. Sans enthousiasme. Car, pour lui, il s'agit de choisir entre «le pire, le mauvais, et le moins pire».
L'analyse n'est pas sans intérêt. D'abord pour ses préconisations sur ce que la France devrait faire pour retrouver le chemin de la croissance et la prospérité : une libéralisation radicale des marchés du travail et de la production, davantage de concurrence et moins de protection, moins d'impôts et de dépenses publiques, une solide réorganisation de nos services publics. Et pour l'hebdomadaire économique britannique de référence, les candidats français sont malheureusement loin du compte. Ségolène Royal, malgré quelques ruptures de tabous socialistes sur Tony Blair, les 35h ou les impôts reste prisonnière de conceptions économiques archaïques. François Bayrou qui semble «plus prometteur» n'a pas réussi à promouvoir un programme orienté par l'économie de marché. «Faute de mieux», il reste Sarkozy. À son crédit, son engagement en faveur de réformes radicales. À son débit, son interventionnisme économique et son protectionnisme. Il est d'ailleurs révélateur que «The Economist» illustre son choix par une couverture représentant un Nicolas Sarkozy dans la posture de Bonaparte à cheval sonnant la charge.

Quoiqu’il en soit, le décalage est grand entre les acteurs économiques et la vie politique. Même les imprécations des candidats contre les «patrons voyous», la rapacité des banques ou la voracité des fonds d'investissement ne réussissent pas à émouvoir les milieux économiques. Pas plus d'ailleurs que les divers bricolages à base de subventions ou de baisse des charges avancées ici et là pour favoriser le travail et l'emploi. Seules retiennent peut-être l'attention, les idées avancées pour maîtriser la dépense publique, réformer ou contourner l'ISF, baisser les impôts.

Les propos de campagne des uns et des autres montrent assurément aux yeux des observateurs économiques une grande ignorance des réalités du monde dans lequel nous vivons aujourd'hui. Les plus belles promesses sont accueillies avec scepticisme soit par ce que échaudé par les leçons du passé on doute qu'elles soient tenues, soit que l'on se doute que ce qui sera donné d'une main sera repris de l'autre.

Cette grande indifférence illustre aussi le mouvement mondial de séparation de la politique de l'économie. Qu'importe ce que sera le nouveau pouvoir demain, il ne saurait y avoir de trêve électorale pour les affaires. Les OPA, les fusions -qui a d'autres époques eussent été gelées en période électorale- poursuivent leur chemin. Si la politique est locale, le business est global. Comme le note de son côté le quotidien économique «Financial Times», la rhétorique économique et les tendances protectionnistes des politiciens français de droite et de gauche n'ont plus aucune pertinence au regard des grandes entreprises dont la majorité des revenus et des profits se fait désormais hors de France. Et il est vrai que quels qu'aient été les propos de campagne des candidats, les réalités économiques reprendront le dessus une fois les élections passées. Les propositions protectionnistes («préférence communautaire», nationalisme industriel, lutte contre les délocalisations, remise en cause de la BCE, limitations de la concurrence ...) ne résisteront pas à l'Europe et à l’OMC.

Mais si la valeur boursière des entreprises ne sera guère affectée par le résultat des élections, on ne saurait en dire de même pour la prospérité des Français. Car avec la mondialisation, on peut très bien assister au paradoxe d'entreprises françaises en très bonne santé dans une France en panne de croissance ou en croissance molle. Il n’est que temps de s’apercevoir en France aussi, que les entreprises dépendent davantage des lois de l’économie que des lois du Parlement. Et que plus ces dernières sont légères, plus elles respectent les lois de l’économie, plus forte est la prospérité.

Alain Madelin

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Erreurs sur l’Allemagne
La composition gouvernementale à l’allemande préconisée par François Bayrou n’est pas tout à fait ce que nous décrit. Henrik Enderlein, Professeur d’Economie politique à Berlin écrit dans les Echos : «Cette comparaison laisse perplexe. Aujourd'hui, les deux tiers des Allemands ne sont pas satisfaits du travail du gouvernement. (…) Le gouvernement allemand ne représente pas un «gouvernement d'union», tel qu'il semble être préconisé par M. Bayrou. Son origine est conflictuelle : l'image du mariage forcé serait plus appropriée. (…) Au niveau national, la grande coalition reste une anomalie. Les clivages entre la gauche et la droite sur les grands chantiers sont irréductibles. A titre d'exemple, la réforme nécessaire de l'assurance-maladie, projet phare du gouvernement Merkel, vient d'échouer. Ce type de ratage est typique d'une grande coalition à l'allemande. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, celle-ci a tendance à empêcher les «bons compromis» - si fortement ancrés dans la vision française de la politique allemande - à cause de son caractère provisoire et institutionnellement conflictuel. Les deux partis cherchent constamment des options pour quitter le pacte. La grande coalition, c'est la continuation de la politique partisane par d'autres moyens.»
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Feu l'ISF suédois
«Pourquoi la Suède supprime-t-elle l’ISF ? Parce qu’il ne rapporte pas grand-chose (un demi-milliard d’euros) et fait fuir les capitaux à l’étranger. Chaque année, entre 3 et 4 milliards d’euros trouveraient refuge en dehors du Royaume et les Suédois détiendraient entre 50 et 90 milliards d’euros dans des banques étrangères. Il décourage les talents et les incite à l’exil. Enfin, constatent les Suédois, cet impôt est devenu une bizarrerie en Europe. Seuls quelques pays le pratiquent encore comme la France, l’Espagne, le Luxembourg et la Suisse, ces deux derniers ayant par ailleurs su attirer les capitaux étrangers plutôt que de les faire fuir… » David Victoroff, Valeurs Actuelles.
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Feu l'intellectuel de gauche
Lu dans Valeurs Actuelles : «Feu l’intellectuel de gauche» de Chantal Delsol. «La faiblesse politique de la gauche, sa difficulté à se refonder depuis la chute du mur de Berlin correspondent à la fuite massive de ses intellectuels. (… ) Probablement la gauche française était-elle trop liée au “socialisme réel” pour survivre après sa disparition. Il lui faudra retrouver le chemin du socialisme irréel, le seul qui fonctionne. En attendant, elle a perdu sa base arrière, à savoir ses intellectuels. Elle ressemble à ces canards décapités qui continuent malgré tout leur course, pour quelques instants…»
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Trahison
Dominique de Villepin pourra mettre à son bilan la fondation de la toute nouvelle Ecole d’Economie de Paris, généreusement subventionnée par le gouvernement. On pourra noter, comme le fait Yves de Kerdrel dans le Figaro que l’on retrouve les signatures des principaux piliers de cette nouvelle école - Daniel Cohen, Philippe Askenazy, Thomas Piketty - à la fin d’un appel des économistes à voter Ségolène Royal. «Sur le fond, cet appel de professeurs pour une candidate dont le programme évolue chaque jour pourrait passer pour un non-événement, s'il ne provenait pas justement de professeurs d'économie. C'est-à-dire de ceux qui sont en principe les mieux à même de faire la part des choses entre le rationnel et l'émotionnel. Or, dans leur texte, on a du mal à trouver quelque chose de rationnel. Rien pour expliquer comment la France va pouvoir obtenir le point de croissance qui lui manque. Rien pour justifier comment la candidate socialiste va pouvoir réduire la précarité. Rien pour détailler comment créer un climat plus amical en faveur de l'entreprise.»
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Concurrence
Lu dans le Nouvel Economiste, l’article de Jean-Michel Lamy sur la concurrence. Il y constate «le silence étonnant des trois «grands» candidats à l’Elysée sur le rôle de la concurrence dans la vie économique et sur son impact dans la réalisation des… programmes ? (…) Au plan domestique aussi les inhibitions sur l’aiguillon de la concurrence ont également un prix. Notamment, celui de se priver de la méthode concurrentielle pour faire avancer les réformes. Dans “Objectif croissance 2007”, l’OCDE rappelle que “l’intensité de la concurrence” est nécessaire à la diffusion de l’innovation et à la montée en ligne des investissements dans les technologies de l’information.»
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Lettre aux candidats
Reprochant aux candidats à la présidentielle d’ «inciter à l’embauche» au moyen de divers subventions ou allègements de charges, Yves de Kerdrel dans une amusante «Lettre d’un patron à Ségolène et François » publiée dans le Figaro, note : «Savent-ils qu'un entrepreneur embauche non pas à cause d'une aide X ou Y, mais parce qu'il a besoin de bras pour fournir une demande ? J'ai lu un jour dans Le Figaro qu'au cours des trente dernières années il y avait eu au total près d'une quarantaine de plans-emploi. Tous bâtis de la même manière, avec des allégements de charges, ou des tas de subventions. Mais il me semble étonnant qu'un beau jour personne ne se soit dit : « Stop ! Arrêtons de distribuer de l'argent public. Faisons simplement en sorte que les entreprises puissent se développer, pour qu'elles créent spontanément du travail.»
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