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Le
CPE n’est plus reste
la question de l’emploi
La solution à la crise du contrat première embauche (CPE)
aura été le compromis d'un moment, à la fois la moins
mauvaise des réponses envisageables et une issue dont on ne saurait
se satisfaire. Nombre d'entre nous auraient préféré
le maintien d'un CPE amélioré. Les partisans de cette solution
ne manquaient pas sur le terrain, mais le retour de la paix sociale l'a
exigé autrement. Un retrait carré aurait eu sa vertu. On
ne peut faire le bonheur des gens malgré eux. Le retrait permettait
de mettre clairement les partenaires sociaux face à leurs responsabilités
dans une discussion nouvelle sur la flexibilité du travail. Le
succès de cette discussion aurait démontré que la
question était bien posée. Son échec aurait constaté
l'absence de solution, l'immaturité du débat et l'impréparation
des acteurs.
Dans ces deux solutions, maintien ou retrait, le débat sur le CPE
aurait été fondateur et utile.
La solution retenue, la moins mauvaise, acceptable et acceptée
des nombreux partenaires du débat, a une qualité d'équilibre
et un défaut de clarté pédagogique. Améliorer
l'offre des emplois aidés est une bonne idée, mais le sujet
du CPE était ailleurs. Nous nous sommes piégés à
consacrer trop d'énergie aux questions techniques. Bien sûr,
il était important d'apporter les garanties d'accès au logement
et d'éligibilité au crédit bancaire. Mais tels n'étaient
pas les sujets principaux.
La question principale est celle de la création des richesses et
des emplois. Nombre de nos concitoyens ont l'image d'un monde fermé
où les richesses se répartissent davantage qu'elles ne se
créent. Un emploi CPE ne peut venir pour eux qu'en substitution
d'un autre emploi potentiel. Rien ne servirait d'assouplir le droit du
travail puisqu'il y aurait un nombre déterminé d'emplois
à répartir. Pour eux, il ne sert à rien d'encourager
l'embauche faute d'activité supplémentaire. L'activité
- la richesse - ne se crée pas, elle se constate. Angoisse ! Dans
un récent colloque du Parti populaire européen, des collègues
anglais inquiets posaient cette question : "Pour les Français,
d'où vient la richesse ?" Il y a sans doute un stock auquel
l'Histoire et le Saint-Esprit pourvoient, mais foin de la création.
Comment enrichir le pays des 35 heures et de "la fin du travail"
?
Aujourd'hui, l'idée qu'un patron ait envie de prendre un risque
pour son entreprise et de donner sa chance pour un emploi au jeune embauché
paraît exotique. Il ne semble pas y avoir beaucoup de place entre
l'entreprise statique, statufiée, à statut, et l'entreprise
vicieuse qui licencierait arbitrairement des vagues de CPE recrutés.
Côté jeunes, l'idée qu'il faille tenter sa chance,
prendre aussi un risque, même maîtrisé, même
assorti de contreparties sociales comme une meilleure indemnisation du
chômage n'a pas prospéré. Raymond Barre avait bien
résumé : "C'est l'ANPE ou le CPE." Le message
n'a pas été compris. Quoi qu'on en dise, la part manifestante
de la société a bien confirmé la préférence
française pour le chômage. Certains souligneront qu'il s'agit
surtout d'une légitime demande de sécurité. Mais
comment transformer cette demande en mouvement créateur, sans lequel
il n'y aura pas de prospérité et de sécurité
durable plutôt qu'en rétraction stérile ?
Jacques Chirac, reprenant Jean Paul II, avait, s'adressant aux jeunes
avant le référendum européen, plaidé "n'ayez
pas peur". Il n'avait pas été entendu. Il n'est alors
pas surprenant que le CPE n'ait pas été accepté.
La question de l'emploi des jeunes reste cependant d'actualité.
Chacun comprend qu'aussi utiles soient-ils les contrats aidés ne
sont ni l'unique ni la principale réponse. Une des vertus du CPE
était de ne rien coûter à l'Etat - peut-être
était-ce pour certains inconcevable. Mesurons que l'emploi des
jeunes n'est pas d'abord affaire de budget mais de chemin. Le tabou de
la sélection étant bien intégré, on peut sûrement
faire beaucoup mieux en matière d'orientation. On pourrait aussi
améliorer la connaissance de l'entreprise par la généralisation
d'un tutorat des étudiants. Les entreprises, dont le débat
sur le CPE a révélé l'image dégradée,
devraient avoir envie de s'engager. La continuité formation-entreprise,
bien organisée dans les grandes écoles, gagnerait à
être développée à l'université.
La question de la flexibilité reste à l'ordre du jour. Aujourd'hui,
ou au lendemain de 2007, il faudra réussir ces réformes
qui permettent de stimuler la croissance et d'enrichir le contenu de la
croissance en emplois. La France ne peut pas faire l'impasse sur la flexibilité
sauf à faire l'impasse sur le plein-emploi. Convainquons que flexibilité
ne signifie pas tant anxiété que prospérité.
Nous ne pouvons partager ces choix qu'en réconciliant nos compatriotes
avec l'entreprise et avec le marché. Un sondage récent rappelle
que les Français sont, dans le monde, parmi les plus hostiles à
l'économie de marché. Même le Brésil de Lula
ne raisonne pas ainsi. Il est urgent de contrer les méfaits de
la vulgate d'extrême gauche. Il n'y a plus aujourd'hui en France
de pensée de gauche réformiste. Les sociaux-démocrates
ont disparu dans le débat sur le CPE. Dénonçons l'extrême
gauche pour ce qu'elle est, dénonçons son influence sur
la gauche traditionnelle.
"La loi du marché est comme la loi de la gravité",
déclare même Olivio Dutra, ministre du président brésilien.
Voilà ce qu'est le monde. Et, dans ce monde, l'Europe et la France
doivent et peuvent prospérer. Nous avons des atouts pour cela.
Marché doit rimer avec progrès. Cela ne vient pas facilement.
C'est le sens de notre engagement politique. Puisse alors la crise du
CPE ne pas enterrer les bonnes questions, mais bien obliger à définir
les bonnes solutions pour libérer et épanouir les talents
des Français.
Hervé
Mariton, député UMP de la Drôme
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