Les Français en contradiction


« Ces manifestations en France contre la nouvelle loi sur le travail sont inquiétantes. C’est les Français contre la France - un rite connu, et qui reflète la situation générale de l’Europe. Personne ne veut renoncer aux avantages et protections reçues du généreux Etat social, mais cet attachement à des programmes coûteux et nuisibles empêchent l’Europe de se préparer à un futur inévitable, qu’on le déplore ou non. Un futur ? c’est déjà le présent.
Le dilemme des démocraties avancées, y compris les Etats-Unis, c’est qu’elles ont fait plus de promesses qu’elles ne peuvent tenir. Les engagements politiques dépassent la capacité économique de les fournir. Revenir sur les promesses passées soulève la fureur ; ne pas s’en dégager aggrave les problèmes futurs du pays.
Les besoins de la France sont simples : assimiler une population turbulente d’immigrés musulmans et leurs enfants, payer les coûts croissants de santé et de retraite d’une société vieillissante, tout en soutenant la concurrence de l’économie mondiale. Et l’économie française marche mal. Entre 2001 et 2005, le taux de croissance annuel moyen n’a été que de 1,6 %. Par hasard et aussi volontairement, les Français ont découragé le travail.
Cela ne peut pas continuer. En 2005, la force de travail française était 2,6 fois plus nombreuse que sa population de plus de 65 ans ; en 2020, ce chiffre sera de 2. Une partie de plus en plus faible de la population française - qui déjà travaille peu - supportera la charge de coûts de retraite et de santé croissants. En 2004, l’âge moyen de départ en retraite était de 59 ans. Les prélèvements obligatoires sont déjà environ 50 % du revenu national. Le taux marginal de prélèvement risque d’atteindre 60 %. De combien ces ratios peuvent-ils encore monter sans supprimer toute incitation au travail ? Tôt ou tard, la France sera obligée d’adopter des politiques qui réduiront le chômage, augmenteront la durée du travail, retarderont l’âge du départ en retraite et diminueront les prestations sociales promises.
Tôt ou tard ? probablement tard. Les efforts pour traiter ces questions soulèvent de telles protestations… »

Robert Samuelson - The Washington Post - 28 mars