La Lettre des Cercles Libéraux, du 17 avril 2006

Un ratage et deux enterrements
En enterrant le CPE la droite développe un pseudo discours de la méthode qui risque d’enterré aussi de vraies réformes libérales.

Nous ne reviendrons pas sur le défunt CPE et sur les vieilles recettes des contrats aidés.
Nos lecteurs et quelques observateurs s’en chargent tout aussi bien que nous (voir ci contre).

La question qui domine est de savoir : comment il sera possible demain de faire passer les réformes indispensables à la modernisation de notre pays quand on recule à promouvoir, fusse au prix de quelques aménagements nécessaires, un bien anodin CPE ?

Certes on dira que le CPE n’était pas un bon contrat, que l’apparente possibilité de licenciement sans motif était un chiffon rouge de nature à mobiliser tous les refus et toutes les peurs. Bref, que c’était là une fausse réforme libérale et que les mauvaises réformes chassent les bonnes. Tout ceci est vrai, comme il est vrai qu’il faut parfois savoir reculer sur l’accessoire pour de meilleures réformes en usant demain de meilleures méthodes.

On pourrait souscrire à cette thèse si l’on voyait se dessiner à droite les réformes nécessaires et si l’on voyait poindre un discours de la méthode efficace. Or, après le «lâche soulagement» du retrait du CPE, nous ne voyons rien de tel.

Côté réforme, un vague projet de «sécurité sociale professionnelle» emprunté à la CGT, un chimérique «contrat unique» de travail (voir...), les perspectives d’une «fiscalité écologique», d’une «TVA sociale» et toutes les formes de protectionnisme....
Certes, d’ici les présidentielles, la droite a le temps de revoir sa copie – et nous essayerons de l’y aider – mais la pente est forte !.

Coté méthode, certes l’idée que nous n’avons cessé de développer selon laquelle pour combattre la tyrannie du statu quo il existe une fenêtre de tir de 200 jours au lendemain d’une victoire électorale fait son chemin. Comme l’a dit à retardement Jean-Pierre Raffarin «le plus important est de préparer notre action avant l’exercice des responsabilités. Ce qui n’est pas préparé, n’est pas fait ou mal fait». Encore faut-il pour utiliser cette fenêtre de tir, que les bonnes réformes aient été présentées aux Français, qu’on ait eu le courage d’en faire la pédagogie libérale afin de disposer d’un mandat légitime pour la mettre en oeuvre.

Mais pour le reste le langage dominant au lendemain de la déroute du CPE, est qu’il faut savoir mieux écouter les Français et mieux négocier avec les partenaires sociaux!
Il nous faut revenir sur ces idées car le problème aujourd’hui est que nous avons une opinion, qui fait très peu confiance aux libertés économiques et à l’économie de marché (36 % de confiance contre 74 % en Chine) alors que pour retrouver le chemin d’une croissance forte, qui seule peut nous permettre de payer nos dettes, maintenir un haut niveau de protection sociale, assurer le plein emploi, et faire progresser le pouvoir d’achat et la mobilité sociale, il nous faut promouvoir et engager une politique agressive de libération de l’économie.

De même, vouloir négocier les réformes avec des syndicats qui sont encore plus éloignés que l’opinion sur l’échelle de la confiance à l’économie de marché condamne au statu quo ou aux réformes chèvres-choux.
Ceci n’exclut pas, bien au contraire, une active pédagogie de la reforme libérale tant en direction de l’opinion qu’en direction des syndicats mais il faut se garder des chimères, mais il faut rendre à la politique ce qui appartient à la politique.

Un exemple : la dernière mode importée du Danemark nous invite à proposer aux syndicats de troquer davantage de flexibilité contre davantage de sécurité personnelle. Et à défaut d’accord, au bout d’une certaine durée, à redonner la main au Parlement.
Il y a deux obstacles à cette approche :
- La première c’est qu’en matière de sécurité nous avons déjà beaucoup donné et si quelques améliorations sont possibles (comme par exemple la validation des acquis professionnels pour les jeunes...) le vrai troc «donnant - donnant» serait d ‘échanger quelques aménagements du droit du licenciement contre des perspectives de création d’emplois, de croissance et d’amélioration du pouvoir d’achat.
- La seconde c'est qu'au surplus, l’histoire de la politique contractuelle en France devrait nous apprendre que le mariage à trois avec l’Etat est rarement productif. Pourquoi aller jusqu’au bout d’une négociation si telle ou telle partie sait qu'elle pourra obtenir un avantage de l’Etat qu’elle n’aurait pas obtenu dans la discussion ou trouve plus commode de laisser l’impopularité de telle mesure à l’Etat. C’est pourquoi, pour les libéraux en matière du droit de travail, la loi doit se contenter de spécifier quelques principes généraux d’ordre public, quelques règles de procédure pour veiller à l’équilibre des contrats en laissant ensuite aux partenaires sociaux un plein champ de responsabilités (après tout dans la métallurgie les partenaires sociaux ont montré qu’il était possible d’aménager très fortement les 35 heures sans nouvelles subventions de l’Etat).

A cette approche de la réforme les libéraux ajoutent depuis longtemps trois éléments essentiels.

1°) La réforme n’est pas une punition mais une chance. Ce n’est pas une purge mais un fortifiant et on a tous à y gagner. Cette pédagogie optimiste est nécessaire et elle tranche avec le discours de la droite qui trop souvent identifie sa politique à des mesures visant à renier la protection sociale ou à brider les salaires.

2°) les réformateurs gagneraient à étudier et à s’approprier la panoplie des méthodes qui permettent de contourner les obstacles (ouvrir des brèches plutôt que de lancer de grandes réformes, racheter, échanger ou éteindre les droits acquis... voir notre dossier sur la réforme de l’Etat)

3°) Enfin rien de tout ceci n’est possible sans une pédagogie convaincante des reformes libérales, or pour être convaincant il faut d’abord être convaincu

Alain Madelin

LES AUTRES EDITORIAUX

 

La fin du CPE vue du coté des libéraux

> Notre ami, le professeur Pascal Salin analyse, dans un excellent article paru dans le Figaro, les effets du retrait du CPE qui, constituent «un symbole inquiétant de la dégradation des institutions françaises, un précédent fâcheux pour toute réforme à venir et une faute politique majeure». Il dénonce l’attitude anti-démocratique de la gauche et l’incapacité de la droite à résister à la rue. Résultat de ce psychodrame à la française : un renoncement à la réforme en la substituant «par la seule chose que les gouvernements français aient su faire : prélever de l’argent sur les contribuables français pour les redistribuer au nom d’un quelconque programme fumeux d’insertion...dans une société qu’ils ont contribué à démanteler.»
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> Hervé Mariton, député UMP de la Drôme relève dans le monde que le débat sur le CPE a mis en évidence la question essentielle : la création des richesses et de l’emploi. Et l’auteur de proposer des solutions pour favoriser l’emploi des jeunes et la flexibilité. Et, il ajoute que ces choix ne pourront se faire «qu’en réconciliant nos compatriotes avec l’entreprise et avec le marché».
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> «Non ! Pitié pas d’aides !», c’est le cri du cœur du mouvement Ethic (Entreprises de Taille Humaine Indépendantes et de Croissance) après le retrait du CPE qui s’oppose à la solution de remplacement proposée par le Premier ministre qui «a oublié de préciser que les aides versées sont financées par les entreprises elles-mêmes qui seules créent de la richesse».
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>
Le billet d'humeur de Pineau Valencienne «Très difficile de proposer des mesures libérales d’envergures alors que ceux là même qui prétendaient les appliquer ont tout simplement abdiqué.»
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> Vos réactions
«la France a la droite la plus nulle du monde. Les libéraux ont-ils encore un avenir dans cette Union Manifestement Poltrone ?» N.R
«Les idées libérales ont pris une grande claque, encore une...ce n'est pas la dernière...» M.H
«Si, nous sommes capables, avec un petit contrat de travail, de mettre dans la rue 3 millions de personnes, quand saura t-il quand il faudra mettre en place des réformes structurelles comme celle du système éducatif français ?» F.H.
«Lamentables ! Nos Parlementaires ont une fois de plus capitulé...» G.L.
«En France, il faut absolument remettre les syndicats à leur place, et l’Etat à la sienne : qui aura le courage de le faire ?» P.R.
«la parole libérale va-t-elle enfin voir le jour ?» F.G.
«Est-ce possible que nos dirigeants puissent à ce point être aveugles à l'époque de la mondialisation ?» G.S
La «révolution» de mars 2006, agitée par les syndicalistes professionnels, les nostalgiques du paradis des prolétaires, les trotskistes fonctionnarisés, est au mieux un simulacre, au pire une imposture. R.B
«j’ai pris la décision de quitter la France» S.J.F
«Classe politique couarde, crise de régime sévère...» D.G.
«En accord à 90% avec les réactions des lecteurs. Qu'ajouterai-je à tout cela ?» A.V.
«La question n’est pas tant le CPE mais plutôt le symbole et le principe.» H.N.
«Il n'y a qu'une seule voie : les régions» P.P.


>> HUMOUR :
«La fourmi travaille dur tout l'été dans la canicule; elle construit sa maison et prépare ses provisions pour l'hiver. La cigale pense que la fourmi est stupide; elle rit, danse et joue tout l'été Une fois l'hiver arrivé, la fourmi est au chaud et bien nourrie...» Lire la suite de cette histoire.

>> LE CHIFFRE >> CITATION

178 689

Un étranger sans titre de séjour bénéficie depuis 1999 ( Jospin-Chevenement ) d’une couverture médicale gratuite. Et pour certaines maladies d’une impossibilité d’expulsion. Ceci est certes généreux mais le résultat était prévisible: une explosion du nombre de bénéficiaires de l’aide médicale d’Etat, 178 689 en 2005 et un appel de plus à l’immigration clandestine.

"Ce que
les Français détestent,
ce ne sont pas
les inégalités,
ce sont
les inégalités
autres que celles
qui sont octroyées par l’Etat. "
Jean-françois Revel


A LIRE
L’affaire
du plombier polonais

de Stéphane Marchand,
Fayard
La liberté
et le droit
de Bruno Leoni,
Les Belles Lettres
Stéphane Marchand, journaliste au Figaro, revient sur la campagne référendaire de 2005 où le plombier polonais est devenu le symbole de toutes les peurs : chômage, déclassement, atteinte à notre droit du travail et à notre modèle social, pour mieux démontrer qu’in fine la peur est bien mauvaise conseillère et qu’il faut aller au-delà des idées préconçues sur l’Europe.
Le juriste - philosophe Bruno Léoni, défendeur de la rule of law, sur la question du droit dans la pensée libérale rappelle que la tendance contemporaine d’élaboration de la législation présente le risque de contrarier la liberté individuelle. Il critique l’inflation législative et la loi de la majorité. Pour lui si la législation se décrète, le droit se découvre. Une réédition d’un livre fondamental plus que jamais actuel.

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A lire l’éditorial de Robert Samuelson : «Ces manifestations en France contre la nouvelle loi sur le travail sont inquiétantes. C’est les Français contre la France...»
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Les thèmes : Les protections sociales, La culture libérale, Les enjeux internationaux, La réforme de l’Etat et des collectivités territoriales, L’économie libérale.
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