Déficit
d'offre
Les
Français sont plus libéraux qu’on ne
le dit, les candidats sont moins libéraux qu’ils
ne le devraient.
Il
faut s’y faire, l’air du temps
n’est guère aux propositions libérales.
On distribue, on fabrique des droits nouveaux, on invente
de nouveaux services publics, on protège, on interdit,
on élargit la sphère de l’Etat-Providence,
on taxe, on subventionne. Il se trouve même un candidat,
José Bové pour décréter «l’insurrection
anti-libérale». Une «insurrection»
qui est davantage la résurrection du vieux combat
contre le capitalisme qu’une réaction à
de fantomatiques mesures libérales qui seraient au
coeur de la campagne présidentielle.
Et
pourtant le libéralisme ne se porte pas si mal.
Dans une étude menée en quatre vagues sur
la fin de 2006 et le début 2007 par l’IFOP,
à la demande du CEVIPOF et du Ministère de
l’Intérieur, 61% des Français se disent
favorables au libéralisme contre seulement 55% pour
le socialisme. Dans le même temps, 63% des Français
pensent qu’il faut donner davantage de liberté
à l’entreprise.
Même
si cette opinion favorable au libéralisme
recèle sans doute beaucoup de contradictions, elle
n’en est pas moins significative d’un décalage
avec ce qu’expriment la classe politique en général
et la droite en particulier. Ce décalage est encore
plus grand avec le chef de l’Etat qui, dans le livre-entretien
avec Pierre Péan, déclare : «Le libéralisme
est aussi dangereux et conduira aux mêmes excès
que le communisme. C’est pourquoi on cherche une solution
intermédiaire qui se situe entre le communisme et
le libéralisme». (C’est pourtant le même
Jacques Chirac qui disait en 1986: «Il n’y a
pas d’autre choix que le libéralisme. Plus
exactement le libéralisme, n’est pas un choix
mais une nécessité...»!)
Même
s’il existe ça et là
quelques ingrédients libéraux dans les propositions
des candidats, force est de reconnaître que les plats
de résistance qui sont au menu de leurs programmes
sont bien loin de répondre non seulement à
l’appétit des libéraux mais encore aux
exigences minimum de réformes dans notre pays.
Au point de relever ce paradoxe
qui voit aujourd'hui "la gauche italienne
plus libérale que la droite française"
comme le note David Spector, professeur à l’Ecole
d’économie de Paris – plutôt à
gauche –dans une chronique de la Tribune : «
au vu notamment de la politique de libéralisation
tous azimuts, menée sous l’égide du
ministre du Développement économique, l’ex-communiste
Pierluigi Bersani »
Les deux programmes
des deux principaux candidats (François Bayrou, échappant
à cette surenchère) rivalisent en matière
de promesses et de dépenses. Les experts indépendants
qui s’efforcent à les chiffrer ont du mal à
les départager, entre 40 et 50 milliards de dépenses
nouvelles (même si l'addition de Ségolène
Royal semble devoir l'emporter à terme). Certes,
ces chiffrages restent discutables et il faudrait sans doute
distinguer entre les dépenses de la gauche davantage
tournées vers l’extension de celles de l’Etat
et celles de la droite dont une part - hélas très
modeste - est représentée par des baisses
d’impôt.
Quoi qu’il en soit,
si les propositions en faveur de la croissance de l’Etat
sont nombreuses, elles restent quasi nulles en ce qui concerne
la croissance économique.
Au risque de se répéter
(voir "La
croissance oubliée"), affirmons que la plupart
des problèmes auxquels la France est confrontée
ne pourront être résolus sans accélération
de la croissance. S’il est sûr que l’Etat
vit au-dessus des moyens des Français, la France
vit au-dessous de ses moyens. Elle ne participe pas à
la nouvelle richesse du monde à la mesure de ses
talents et de ses capacités. Et la croissance est
assurément la meilleure de nos politiques sociales.
Or notre croissance reste profondément anémique.
Alors que le monde est au beau fixe, la croissance en France
n’aura atteint péniblement que 2% en 2006 (quand
l’Europe des 25 roule à 3%, l’Espagne
et l’Allemagne à 2,7% comme la moyenne de la
zone euro).
Si Thierry Breton a bien raison de dire que «la croissance
de la France devrait être entre 3,5% et 4%»,
les programmes de Nicolas Sarkozy et de Ségolène
Royal sont calés respectivement sur de piteuses prévisions
de croissance de 2, 25% et de 2,5%.
On a reproché à
Nicolas Sarkozy d’aligner d’un
côté des dépenses nouvelles et de proposer
dans le même temps une baisse des prélèvements
obligatoires de 68 milliards en 10 ans. Quoique nous pensions
de l’opportunité de ces dépenses nouvelles,
cette apparente contradiction pourrait assurément
être résolue par une croissance de 3,5 ou 4%
qui permettrait à la fois de réduire les impôts,
d’augmenter les recettes fiscales en augmentant la
richesse et de diminuer la part des prélèvements
obligatoires dans la richesse nationale en augmentant la
taille de l’économie marchande par rapport
à l’économie publique.
Or, on ne voit toujours pas de propositions articulées
et cohérentes susceptibles de créer une dynamique
de croissance.
Un vrai programme libéral
serait de toute autre nature. Il poserait davantage la question
de ce que l’Etat doit cesser de faire que celle de
savoir ce qu’il doit faire en plus. Il se fixerait
moins pour objectif de prendre le pouvoir en prétendant
exercer mieux, que de le rendre chaque fois qu’on
le peut à ceux qui - citoyens, entreprises associations
collectivités locales peuvent l’exercer mieux
que lui. Il ne s’inscrirait pas dans une logique de
dépenses supplémentaires mais dans celle d’une
nouvelle croissance.
S’il existe une exigence
de réformes libérales, une
opinion ouverte aux idées libérales, il n’existe
pas chez les principaux candidats «d’offre»
libérale. Voilà pourquoi beaucoup de libéraux
se sentent orphelins. Leur vote sera pour beaucoup un vote
de raison souvent par défaut. Plus rarement un vote
d’adhésion.
Les
DERNIERS EDITORIAUX d'ALAIN MADELIN
Vivement
les baisses d'impôts ! Le
pèlerinage écologique Un
bol d’air frais Haro
sur le Dalo ! La
croisssance oubliée Les
nouveaux marchands de bien Ségo,
Sarko... euro
...AUTRES
EDITORIAUX
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Au
banc d’essai des libéraux
Le programme de Ségolène Royal
Une
1er analyse du discours de Ségolène
Royal à laquelle vous pourrez ajouter vos
propres commentaires.
Sarkozy et la liberté
du travail
Dans une interview accordée aux Echos,
Nicolas Sarkozy revient sur sa
proposition : «je veux poser la question
du vote à bulletin secret dans les entreprises,
les universités, les administrations au
bout de huit jours de grève». Le
quotidien faisant observer qu'«Alain Madelin
et le PS dénoncent des risques d'inconstitutionnalité
au nom du droit individuel à faire grève».
Nicolas Sarkozy répond : «Ce risque
est inexistant. Ce n'est pas parce que 90 % des
salariés voteront pour la reprise du travail
que les 10 % restants ne pourront pas continuer
à faire grève. Ils ne pourront pas,
en revanche, maintenir des piquets de grève.»
Plusieurs observations :
1/ D’abord Nicolas Sarkozy contredit Xavier
Bertrand, son porte-parole, qui avait expliqué
à la Tribune que ce référendum
ne concernerait plus le privé et ne s’appliquerait
que dans les entreprises publiques. A moins qu’il
s’agisse d’une erreur de relecture
sa proposition semble s’appliquer à
nouveau au privé. Une nouvelle clarification
s’impose.
2/ Le vote majoritaire des non-grévistes
n’empêchera pas une minorité
de faire grève dit Sakozy. Même si
cela tombe sous le sens, cette précision
est utile. Mais alors, à quoi servira le
référendum (sauf dans certains cas
à faire une pression morale utile sur certains
syndicats) ? Surtout dans le service public où
l’on propose par ailleurs un service minimum.
3/ Mais surtout, assure Sarkozy, un vote majoritaire
contre la grève interdirait le «maintien
des piquets de grève» Est-ce à
dire qu’un vote majoritaire en faveur de
la grève autoriserait les piquets de grève
et donc interdirait légalement la liberté
du travail qui constitue dans notre droit un principe
fondamental? Rappelons qu’un piquet de grève
constitue une entrave illicite à la liberté
du travail, sanctionnable et sanctionnée
par les tribunaux sous astreinte financière
ou sous menace de recours à la force publique
et qu’il est alors du devoir du préfet
et du Ministre de l’Intérieur de
rétablir -sauf considération d’ordre
public exceptionnelle- la liberté du travail.
En l’état actuel, la proposition
de N.Sarkozy n’est pas un progrès
mais une récession.
Lire
l'interview
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Ségolène Royal
sous le signe
du cornouiller
Dans Libération du 14 février, lire
la chronique politique d’Alain Duhamel
: qui relève: «Le Royalisme s’installe
entre le modèle scandinave, l’expérience
britannique et la démocratie d’opinion.»
ou encore : «François Mitterrand
avait choisi comme emblême le chêne
et l’olivier, Ségolène Royal
pourrait adopter le cornouiller, cet arbuste,
qui peut comme elle, fleurir tantôt en blanc
tantôt en rouge.»
Lire
la chronique
Mais si, il faut
baisser les impôts
Dans la Tribune, Christian de Boissieu,
Président du Conseil d’Analyse Economique
(CAE) écrit : «La réforme
fiscale est compatible avec la maîtrise
des déficits et de la dette. Un peu partout
dans le monde, elle consiste à réduire
les taux moyens et marginaux d’imposition
et à élargir les assiettes en supprimant
un certain nombre de «niches» fiscales
Le bouc émissaire
du profit
«La France est sans doute le seul pays développé
où l’on peut voir réunis dans
la même unanimité les hommes et les
femmes politiques de tous les camps afin de dénoncer
les mots «profit» ou «bénéfice».»,
écrit Yves de Kerdrel dans
le Figaro, le 13 février 2007. «Curieusement,
dans ce pays que l’on dit envoûté
par les «déclinologues» et
plongé dans la mélancolie, il n’y
a pas un leader politique pour s’enthousiasmer
de ces résultats, et de la vigueur des
grands groupes.» Mais les profits se gagnent
toujours à la force du poignet et les gaspillages
se chassent euro après euro. Ce qui est
fainéant, c’est l’Etat lorsqu’il
peine à se réformer. Ce qui est
rapace, ce sont les charges, notamment celles
qui pèsent sur le travail. Ce qui est arrogant
enfin, c’est le politique qui considère
le profit comme un bouc émissaire idéal
de manière à rallier les suffrages
les plus divers.» conclut-il enfin.
Lire
l'article
Droits opposables
Frédéric Rouvillois,
Professeur agrégé de Droit public
et la Fondation pour l’innovation politique
dont nous n'avons pas toujours salué les
travaux viennent de publier une étude fort
intéressante «Faut-il s’opposer
aux droits opposables ?»
Lire
l'étude et l'article
Le MEDEF dans la
campagne
Sans
prendre position officiellement dans la campagne
électorale, le Medef développe utilement
à l’intention des candidats, un certain
nombre de propositions.
Tous les candidats seraient bien avisés
de lire et de s’inspirer de ces propositions.
En dehors du livre «Besoin d’air !»
nous pouvons les retrouver dans Le Figaro:«La
priorité des priorités c’est
la baisse du chômage» et «La
France est-elle en train de s’appauvrir
?» ou encore dans Le Fig Mag «Liberté,
prospérité, durabilité»
Feu d'artifice
Paul Fabra dénonce dans
les Echos le "feu d'artifice des dépenses
publiques des candidats
Lire "Wanted
: une politique économique"
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Contre
le protectionnisme
Dans les Echos du 5 février, le politologue
Zaki Laïdi pose la question : «A tous
ceux qui disent que nous sommes menacés par les pays à
bas salaires, posons la question suivante : pourquoi les
Suédois, aux coûts salariaux les plus élevés
du monde n’ont-ils pas peur de la compétition chinoise
?» Il conclut enfin son «Grand bêtisier
du protectionnisme» par la phrase suivante : «Faire
preuve de courage, ce n’est pas être favorable au protectionnisme,
c’est au contraire en soulignant les impasses dans un pays
où l’inculture économique des élites
politiques et intellectuelles est revendiquée comme un acte
d’héroïsme.»
Total, l’Erika et Ségolène
Pour
la gauche, la cause est entendue : la catastrophe de l’Erika
est une nouvelle preuve des méfaits du libéralisme.
Total, qui a de plus l’audace d’afficher des profits
insolents est responsable, «qui a pollué doit payer».
Donc Total doit payer...
Il y a seulement une faille à ce raisonnement. L'énonciation
de responsabilité de l'affreteur qui résulte de la
Convention additionnelle de 1992 sur la responsabilité en
droit maritime signée par la France. Le gouvernement était
socialiste et le Ministre de l’environnement s’appelait
Ségolène Royal.
Les libéraux, pour leur part, toujours fidèles à
la conception de responsabilité dans notre droit civil (art
1382-1384 du CC) étaient hostiles à cette disposition.
Et favorables à un dispositif analogue à celui des
Etats-Unis : l’Oil Pollution Act, qui en cas de pollution
établit le principe d’une responsabilité conjointe
et solidaire de tous les acteurs.
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