Vive
le Capital !
Opposer
le capital et le travail est stérile. Il existe un
trait d’union : les « fonds de pension ».
Hélas, plus personne n’en parle.
Le
capitalisme n’a pas bonne presse.
Il n’a pas non plus bonne réputation chez les
candidats à l’élection présidentielle.
Nicolas Sarkozy veut privilégier «l’emploi
sur les seuls cours de bourse qui font passer la spéculation
avant la production» ; Jacques Chirac fustige «l’essor
du capitalisme financier à la recherche du profit
rapide et spéculatif» ; Ségolène
Royal dénonce «ces profits arrogants qui se
gèrent sans contraintes, sans contrôle ou sans
contre-pouvoirs».
Au-delà de la contagion du virus Laguiller, de telles
condamnations ne font que refléter une grande ignorance
et une grande incompréhension du monde capitaliste.
Car
le monde est capitaliste.
Qu’on le déplore ou qu’on s’en
réjouisse. Mieux vaut d’ailleurs s’en
réjouir en constatant que ce moteur du capitalisme
sans frontières est celui qui, bien mieux que toutes
les politiques publiques d’aide au développement,
sort les peuples de la pauvreté. S’en réjouir
aussi parce que dans la nouvelle société créative
qui repose avant tout sur le capital humain, le capitalisme
financier est capable de déplacer des sommes colossales
d’un bout à l’autre de la planète
pour les remettre entre les mains de ceux qui sauront les
utiliser au mieux.
Les
principaux arguments
des contempteurs du capitalisme ne résistent pas
à l’examen.
Le capitalisme n’est pas soumis à la dictature
du court terme : la valeur d’une entreprise actualise
ses profits futurs. Les profits ne sont ni exagérés,
ni exceptionnels et ils ne se font pas au détriment
du travail (la part des salaires et des profits dans la
valeur ajoutée est stable depuis 30 ans) etc.
Il n’en reste pas moins qu’on ne peut qu’être
frappé par l’abondance des capitaux disponibles
et l’émergence de nouvelles grandes fortunes
aux aspects parfois choquants. Cette abondance s’explique.
Les capitaux ne sont plus aujourd’hui, détruits
comme ils l’étaient régulièrement
par la guerre ou l’inflation (les marchés à
terme inventés à la fin des années
70 protègent les épargnants contre le retour
de la planche à billets). La volonté de retour
à l’équilibre budgétaire rend
les Etats moins gourmands en capitaux et les grandes entreprises
consomment elles aussi moins de capitaux.
Le monde connaît une croissance record portée
à la fois par les nouvelles technologies et l’entrée
dans l’économie de marché de plusieurs
milliards d’hommes.
Dans le même temps, la révolution financière
permet à la fois la réduction des risques,
une meilleure utilisation du capital et la transformation
d’un capital autrefois dormant (immobilier, infrastructure)
en nouvelles sources de liquidités.
Cette abondance de capitaux conduit à une situation
exceptionnelle de très bas taux d’intérêt.
Et c’est tant mieux car nous avons de grands besoins
devant nous, les infrastructures des pays émergents,
les investissements dans de nouvelles sources d’énergie
(3500 milliards d’ici 2030), les défis du vieillissement
et de la longévité.
D’un
point de vue politique,
la question qui se pose à nouveau est celle des détenteurs
du capital. La reconstitution partout dans le monde de grandes
fortunes familiales interpelle. Même si ce grand capitalisme
est tempéré par le mécénat,
les fondations caritatives (...et les droits de succession),
il n’en reste pas moins que les inégalités
se creusent et bousculent notre conception de la justice
sociale.
Reste
à savoir
si notre identification très française de
la justice sociale à la lutte contre les inégalités
est encore la bonne ? Nous avons souvent fait référence
à une autre conception – inspirée de
J. Rawls - qui considère ces inégalités
comme « fécondes » lorsqu’elles
permettent de réduire la pauvreté, de créer
des emplois, d’augmenter le pouvoir d’achat
du plus grand nombre (voir
justice sociale)
Comme le remarquait cette semaine John Bradford Delong dans
Les Echos : «La Floride incarne une société
plus inégale que Cuba d’un point de vue matériel.
Mais la bonne façon de considérer la situation
n’est pas d’affirmer que la Floride est trop
inégalitaire, elle est de dire que Cuba est bien
trop pauvre.»
Quoi
qu’il en soit,
opposer le travail et le capital comme on le fait en France
ne mène à rien. Tout comme il est stérile
d’opposer le social et le libéral sur le terrain
de l’idéologie sans se soucier du terrain de
l’efficacité.
Le
monde moderne
sait réconcilier le travail et le capital. Ceci se
fait partout dans le monde par l’intermédiaire
des fonds de retraites par capitalisation
Si on avait créé de tels fonds comme les libéraux
l’avaient suggéré au début des
années 80 en les amorçant par les privatisations,
on aurait fait « d’une pierre deux coups : on
aurait résolu nos problèmes de retraite et
l’on aurait privatisé plus vite et plus largement
nos entreprises publiques (plus légitimement aussi
en rendant la propriété de ces entreprises
aux Français).
On dira que les fonds de pension ne sont pas une panacée
et que beaucoup de pays constatent leur déconfiture.
La réalité est différente. Les fonds
de pension qui au-delà de nos frontières connaissent
des problèmes sont des fonds de pension «d’entreprises»
elles-mêmes en situation difficile et/ou des «fonds
de pension à prestation définie». Les
vrais fonds de pension sont par nature multi-entreprises
afin de partager les risques, et à «cotisations
définies», c'est-à-dire qu’ils
ne peuvent distribuer que ce qu’ils ont en caisse.
Favoriser aujourd’hui la création de fonds
de pension ne résoudra pas nos problèmes de
retraite en 2030 diront d’autres. Sans doute. Mais
l’allongement de la durée de la vie est une
tendance lourde qui exige - au-delà de la retraite
par répartition- la constitution d’un capital
d’épargne par les ménages. Les fonds
de pension investis dans l’économie mondiale
offrent un meilleur rendement que la retraite par répartition
qui dépend plus étroitement de notre démographie
nationale (selon l’INSEE nous aurons 1,3 ou 1,4 actifs
pour 2 retraités en 2050 au lieu de 2, 5 aujourd’hui).
Longtemps
les programmes de la droite, du centre - et bien entendu
des libéraux - ont fait référence à
cette exigence de fonds de retraite par capitalisation.
Aujourd’hui alors que la question du financement des
retraites reste devant nous, les fonds de pension ont bizarrement
disparu des programmes des candidats. Pourtant ils restent
plus que jamais nécessaires à la préparation
de l’avenir. Nécessaires aussi pour mettre
un trait d’union entre le capital et le travail.
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Cinq prix Nobel d’économie
jugent la France.
Nos
lecteurs savent combien nous regrettons l’absence
dans la campagne présidentielle d’une
politique cohérente tournée vers
la croissance (voir «Le
fantôme de la croissance» et «La
croissance oubliée»). Ils savent
aussi que, pour nous les trois piliers d’une
forte politique de croissance sont la diminution
de la pression fiscale, l’élargissement
de la part des activités marchandes, la
libération du marché du travail.
Les
cinq prix Nobel consultés par les Echos
pour «L’Audit
de la France» ne disent pas autre chose.
Edmund
Phelps (Nobel
2006) : «Les gouvernements ne peuvent
pas conduire le changement. Mais ils peuvent améliorer
les conditions de fonctionnement de l’économie
et encourager l’esprit d’entreprise.»
«La France connaît un ralentissement
depuis vingt ans et depuis 2001, l’écart
se creuse. Je pense que la solution est à
trouver dans les forces du marché.»
Robert
Solow (Nobel
1987) : «Je ne pense pas que le partage
du travail soit une bonne idée (...) Il
eût mieux valu que le gouvernement agisse
de façon positive en ayant par exemple
une politique fiscale plus expansionniste.»
«Dans la mondialisation, la France a sans
doute plus à gagner qu’à perdre»
Gary
Becker (Nobel
1992) : «En valeur absolue, le taux
de croissance de la France n’est pas assez
élevé. Le pays ne s’est pas
suffisamment réformé.» «Le
marché du travail n’est pas assez
flexible.» «La politique économique
française suit de nombreuses fausses pistes
: le patriotisme économique, le recours
aux subventions en sont des exemples»
Edward
Prescott (Nobel
2004) : «L’économie
française est en bonne santé. Elle
pourrait même être en meilleure santé
que l’économie américaine
si elle réduisait la forte pression fiscale.»
«Si la France ramenait ses taux d’imposition
au niveau américain, le produit des impôts
serait du même ordre aujourd’hui,
car après une période de transition,
la production serait de 40% plus élevée
!»
Paul
Samuelson (Nobel
1970) : «Il me semble que les Français
devraient aujourd’hui tolérer la
remise en question de certains privilèges
et accepter que leur société soit
davantage inégalitaire.» «Dans
le monde actuel, les capitaux et les connaissances
circulent librement vers les systèmes les
plus efficaces, même s’ils sont plus
injustes et plus brutaux..» «La France
a besoin de rencontrer son Ronald Reagan, ou plutôt
son Tony Blair.»
Les doutes d’un libéral
Dans son éditorial de la
Nouvelle Lettre, notre ami Jacques Garello
réagit au discours
de Cormeilles-en-Parisis de Nicolas Sarkozy
et s’interroge : «En trois mois Nicolas
Sarkozy aurait-il fait le chemin intellectuel
que Chirac a mis 15 ans à parcourir depuis
le libéralisme échevelé en
1984 jusqu’à l’altermondialisme
en 2007? Si ses maîtres à penser
sont réellement Henri Guaino, Nicolas Hulot,
il s’attirera peut-être les voix des
étatistes impénitents, des protectionnistes
et des souverainistes (et c’est vrai qu’il
y en a dans ce pays), mais il aura du mal à
attirer les quelques centaines de milliers de
voix libérales.»
Lire
l’article
TVA sociale = dévaluation
La
TVA sociale est une fausse bonne idée.
Elle comporte de multiples effets pervers (voir
notre dossier). Son effet économique
réel n’est pas celui d’une
taxe sur les produits importés comme le
croient ses défenseurs car la TVA n’est
pas un impôt sur la consommation mais un
impôt sur les facteurs de production (la
valeur ajoutée) payé lors de la
consommation. D’ailleurs ce n’est
pas le produit importé qui paie la taxe
mais bien le consommateur de ces produits.
L’effet
économique d’une augmentation de
la TVA, comme l’avait noté Maurice
Lauré –le père de notre TVA-
lors de son instauration s’apparente une
dévaluation.
Eric Heyer, directeur adjoint
de l’OFCE, a très intelligemment
développé cet argument dans une
tribune des Echos :
«Le report des cotisations sociales sur
la TVA revient à transférer du pouvoir
d'achat des consommateurs vers les exportateurs.
Une telle TVA «sociale» ressemble
beaucoup à une dévaluation»
Normalement, une telle manipulation fiscale s’ajusterait
plus ou moins rapidement par une dépréciation
monétaire. Mais, comme nous sommes passés
à l’euro, le gain de compétitivité
n’existe, comme le note Eric Heyer, que
«si les salariés subissent des pertes
de pouvoir d’achat», et il se fait
essentiellement au détriment de nos voisins
européens.
«Si les pays voisins font de même,
le pays initiateur voit alors son gain initial
consommé par les politiques similaires
en cascade de ses voisins.» Eric Heyer conclut
: «Pour la zone euro, une fois les pays
de l'Union monétaire égalisés
en matière de compétitivité,
l'ensemble des mesures revient à un gain
de compétitivité vis-à-vis
du reste du monde. Voilà un mécanisme
bien complexe pour produire un résultat
proche d'une dépréciation de l'euro,
que la politique monétaire pourrait provoquer
plus facilement ».
Lire
l'article
Manque d’ambition
pour la croissance
La présidente du MEDEF,
Laurence Parisot a déploré
le 13 mars dernier dans une conférence
de presse le manque d’ambition en matière
de croissance des candidats à la présidentielle
: «Jamais, on ne voit la cohérence
des politiques économiques se dessiner
pour atteindre des objectifs ambitieux de croissance.
Et quand je vois Nicolas Sarkozy et Ségolène
Royal se fixer des seuils de 2% ou de 2,5%, je
dis : 'quel manque d’ambition'!»
L’euro et la croissance
selon l’OCDE
«L’Hexagone a un profil
de croissance qui reste en-deça de ce qu’on
peut espérer» estime Jean-Philippe
Cotis, l’économiste en chef
de l’OCDE. La croissance devrait se situer
à un niveau «plus modeste»
de 2% au premier semestre en glissement annuel.
Mais, selon Jean-Philippe Cotis, si la France
fait face à «d’importants problèmes
de compétitivité», ceux-ci
ne sont pas liés à la monnaie unique
européenne. Voilà qui répond
aux critiques de l’euro fort développées
par Ségolène Royal ou à celles
de Nicolas Sarkozy, (voir
Ségo, Sarko ...euro) ce dernier venant
encore d’affirmer : «L’Europe
doit protéger, et pour cela je proposerai
à nos partenaires, si je suis élu,
que la politique de surévaluation de l’euro,
qui est en train d’accentuer tous les problèmes
d’Airbus et d’accélérer
la désindustrialisation de l’Europe
soit abandonnée».
Une CSG familiale ?
Michel Godet propose dans le Figaro
: «Un bonus pour le calcul de la CSG qui
tiendrait compte du nombre d’enfants.»
Lire
l'article
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