Cercles libéraux
Courriel bimensuel des Cercles thématiques N° 16

La nécessité du sursaut

La « droite » au pouvoir ne fait pas les réformes
Joseph Macé-Scaron (Revue des Deux-Mondes, juillet 1999, résumé)
« Le vide qui caractérise la droite n’est pas dû à une personne, et il est assez général dans la sphère politique. La différence est qu’il est aggravé par une double "incapacité" : incapacité à prendre le recul nécessaire par rapport à la conjoncture et à la gestion immédiate des affaires ; incapacité de comprendre l’importance des milieux intellectuels dans la société française.
A droite, l’intérêt pour les idées ne s’est toujours pas imposé, surtout chez les "modérés". Or il apparaît clairement, à l’heure de l’accélération des mutations, qu’il faudrait davantage réfléchir aux évolutions présentes, au-delà des certitudes économétriques. Il faudrait traiter en profondeur les "sujets de société", définir les nouveaux fondements de la cohésion sociale et nationale. Il faudrait aussi tracer les contours d’une véritable "communauté de destin" en Europe, du point de vue politique.
Tout cela ne se fait pas en réécrivant pour la vingtième fois un catalogue de mesurettes avant de le baptiser pompeusement projet politique.
Non, la droite française, dans sa version traditionnelle et présidentielle, apparaît pathologiquement rétive au débat d’idées, comme si l’on pouvait faire l’économie des bonnes vieilles controverses. C’est plus qu’une erreur : une faute.
La droite institutionnelle ne perçoit pas que les milieux intellectuels ne représentent plus une élite, mais une très large part de la société française. Qu’il s’agisse du milieu de l’entreprise, où les niveaux de formation exigés sont incomparables avec ce qu’ils étaient encore il y a trente ans. Qu’il s’agisse des milieux de l’éducation, de la culture, du social, où la réflexion fait partie du métier. Etre coupé de ces milieux, c’est être coupé d’une part croissante de la société.
La droite n’arrive pas à se saisir du problème actuel et majeur qui est de combiner le marché et la République. Il y a les tenants d’un républicanisme national qui conduit à prendre la défense absolue des services publics à la française sans tenir compte des contraintes du marché. Il y a aussi les partisans du marché à tout prix sans la République. La synthèse que J. Chirac aurait dû réaliser dans la foulée de son élection à la présidence de la République - un "libéralisme républicain" - a été sans cesse reportée. »

Cercle thématique « Les protections sociales »

Faut-il subventionner la natalité ? (d’après un document de Jean-Claude Dutailly)
En France, comme dans la plupart des autres pays, nous aidons les familles, nous aidons la natalité. D’où l’inévitable question, comme pour toutes les aides : cet effort national est-il calé au bon niveau ? Trop ou trop peu ?
La natalité est bonne depuis plusieurs années chez nous (et ce n’est pas le fait d’une meilleure fécondité des femmes immigrées). Le taux de fécondité en Hexagone est de l’ordre de 1,90, à comparer aux 1,65 du Royaume-Uni, 1,30 de l’Allemagne, 1,25 de l’Italie, de l’Espagne, de la Pologne…
Les études statistiques comparatives entre pays montrent que les sommes reversées aux familles n’influencent pas les taux de fécondité de façon significative.
Les aides françaises en faveur des familles sont d’une variété et d’une complexité étonnantes.
D’abord les allocations familiales, distribuées à tous. Ensuite le quotient familial dans l’impôt sur le revenu.
Plus les innombrables prestations spécifiques :
– sans conditions de ressources : Prestations maternité, Allocation pour jeune enfant (APJE) « courte », Aide à la famille pour l'emploi d'une assistante maternelle agréée (AFEAMA), Allocation de garde d'enfant à domicile (AGED), Allocation parentale d'éducation (APE), Allocation de soutien familial (ASF),
– avec conditions de ressources : Supplément familial de traitement, Allocation pour jeune enfant (APJE) « longue », Complément familial (CF), Allocation de rentrée scolaire (ARS), Allocation de parent isolé (API), Prime de déménagement.
Y ajouter encore d’innombrables avantages fiscaux pour les différentes situations où des enfants sont à charge.
Le total des dépenses directes en faveur des familles est de l’ordre de 20 milliards d’euros par an.
S’il s’avère que ces fortes dépenses ne sont pas vraiment justifiées, s’il se confirme qu’elles ont un faible impact correcteur sur une situation, qui de plus n’a guère besoin elle-même d’être corrigée, voila des diminutions de prélèvement obligatoire qui pourraient être bienvenues… ? (sauf pour la part solidarité, qui devrait être maintenue, en faveur des familles les plus pauvres, par exemple via la notion de revenu familial garanti).


Cercle thématique « La culture libérale »

Notre culture est-elle en déclin ? (Cato Institute, Think tank américain, Septembre 1998)

[…] « Beaucoup déplorent le faible niveau de la culture contemporaine.
Une partie de ce pessimisme culturel provient d’un manque d’imagination. Le pessimisme culturel et le pessimisme à propos de nos ressources physiques se ressemblent. Ceux qu’inquiète la baisse des réserves du pétrole ne regardent que le nombre d’années de consommation qui restent possibles, ils ne voient pas que d’autres sources d’énergie seront disponibles. Les pessimistes culturels réagissent de la même façon. Les pays de l’Ouest ont développé des formes d’arts jusqu’à la perfection : la poésie épique, le drame classique, la symphonie. Il n’est plus possible de faire du nouveau qui soit valable dans ces genres. Mais il n’est pas question de renouveler ces formes d’art ! Nous n’avons plus Homère ni Eschyle, mais nous avons Duke Ellington, Alfred Hitchcock ou Frank Lloyd Wright !
Le pessimisme culturel existe depuis aussi longtemps que la culture. Platon critiquait son temps, le roman était chargé de tous les maux au dix-huitième siècle. Aujourd’hui, on critique la télévision, la radio, le cinéma, l’art moderne, l’automobile, les bandes dessinées, la musique rap…
En réalité, l’art capitaliste consiste fondamentalement à rapprocher le producteur et le consommateur. D’où sa nature enthousiasmante, poétique et exigeante. Le marché de l’art est le point de rencontre des pensées et des sentiments. Ne déplorons pas l’abaissement de notre culture, au contraire, réjouissons-nous de la prise en compte qu’elle fait du capitalisme, ce qui implique créativité, divertissement, innovation, et surtout variété. »

Cercle thématique « Les défis de l’environnement »

La crème de l’écrémage a tourné
Qui se souvient encore de la théorie de l’écrémage ? Il y a vingt-cinq ans, les meilleurs experts vous expliquaient doctement que si l’on confiait les « services publics » à la concurrence – mettons les lignes aériennes intérieures – le secteur privé aurait vite fait de mettre la main sur les segments les plus rentables – mettons Paris-Nice -, et les autres liaisons auraient périclité, obligeant l’Etat à les subventionner pour les maintenir. Les acteurs privés auraient ainsi « écrémé » le système.
Argument imparable, qui fermait la bouche à tout opposant.
Les plus honnêtes admettaient que le monopole ainsi défendu revenait à faire subventionner les segments non rentables par les clients des meilleurs secteurs. Le prix unique du timbre-poste dans l’hexagone ? Abdou Diallo en postant une lettre de Paris 19ème à Paris 18ème subventionne le riche industriel du Nord qui, pour le même prix, écrit à son club de golf pyrénéen…
Subventions considérables, jamais chiffrées, jamais votées, indolores en apparence…
Aujourd’hui, heureusement, tout a changé. Tout le monde a compris que c’est l’ouverture à la concurrence qui apporte les bonnes réponses. Y compris la mise en évidence des inadéquations technico-économiques : la ligne aérienne non rentable ne doit pas être maintenue artificiellement aux frais du contribuable, mais elle doit être remplacée par du ferroviaire, la ligne de chemin de fer régional non rentable par l’autocar, le bureau de poste trop petit par un point de vente de timbres chez le buraliste, etc.
Bonne avancée libérale, même si elle est lente !
Nous observons que les positions intellectuelles les mieux affirmées ne résistent pas devant la force des faits. Nous pouvons compter que cela continuera et que des choses insensées deviendront sensées. A quand la première vente par EDF d’une centrale nucléaire au privé – moyennent, naturellement, un strict cahier des charges et des contrôles stricts ?