Droits de l’homme et histoire

La récente tentative parlementaire de réécrire l’histoire de France nous affecte très directement, nous libéraux qui sommes les champions des droits de l’homme. Voilà l’une des pires déviances de l’action politique, qu’il nous faut dénoncer de toute notre vigueur. « La majorité ne fait ni le vrai ni le juste » nous répète Alain Madelin. L’histoire est un ensemble de faits, que chacun interprète suivant ses paradigmes, mais il n’incombe pas à la puissance publique de décider de leur réalité ou de leur déterminance. Cette tâche est évidemment celle des historiens.

Donc, nous serons d’accord - pour une fois - avec J. Chirac quand il dénonce cette inquiétante dérive parlementaire (il aurait pu le faire plus tôt).

Bien sûr, le pouvoir politique reste impliqué dans la question de ce qu’on peut dire ou ne pas dire, du fait de ses responsabilités dans l’éducation nationale : quelle parole doivent véhiculer les livres d’histoire, par exemple sur la colonisation ? La méthode pour cela est connue, et tout le monde en est à peu près d’accord : un groupe d’historien compétents, convenablement dosé, est mieux à même d’en décider. Il serait d’ailleurs intéressant qu’il inclue des non Français.

La tâche de ce groupe serait notamment de mettre fin à certaines occultations pratiquées dans notre vulgate actuelle : les colonnes infernales de Bugeaud, le Vel d’hiv, les massacres de Sétif, les débordements pendant la guerre d’Algérie, notre rôle suspect auprès des Hutus il y a dix ans, et de quelques dictateurs encore aujourd’hui - mais là ce n’est plus de l’histoire.

Les libéraux sont radicalement opposés à toute maltraitance de la personne humaine, même si c’est notre pays ou nos amis. Sans occulter les vrais cas de conscience… si vous tenez avec certitude un homme sachant où sera la bombe cachée dans le souk programmée à l’heure de pointe ?

Tel pouvait être le cas de certains détenus de Guantanamo, au début. Mais la notion devient obsolète avec le passage du temps, et les libéraux français peuvent maintenant dire sereinement à leurs amis américains : Guantanamo est devenu une pure et simple atteinte aux droits de l’homme.

D. Garrigues