Cercle thématique « La culture libérale »

Présentation par Michel Poitevin, président de l’association des Amis du Fonds régional d’art contemporain Nord Pas-de-Calais

Le Fonds national d’art contemporain (FNAC) et les 22 Fonds régionaux (FRAC) ont chaque année des budgets d’acquisition d’œuvres, abondés à 50 % par l’Etat. Comme tous les musées français, il leur est interdit de vendre la moindre œuvre (notion d’inaliénabilité, unique au monde). Il en résulte que leurs entrepôts s’agrandissent inexorablement d’une quantité d’objets non expo sables faute de place, avec les coûts de stockage et d’assurance qui vont avec. D’autre part, les artistes ne bénéficient pas d’un marché fluide, qui les aiderait à accroître leur notoriété.

La place de Paris est maintenant très loin derrière Londres et surtout New York. L’une des causes historique réside dans le blocage opéré par les commissaires-priseurs, qui amena Sotheby’s et Christie’s, interdits de marché parisien pendant des décennies, à renforcer leurs maisons de Londres. Heureusement l’Union européenne nous a enfin forcés à sortir de ce piège.

Le mécénat français est réduit à sa plus simple expression, notamment du fait de l’interprétation restrictive de l’administration fiscale à partir de textes trop limitatifs. Heureusement, D. de Villepin vient d’annoncer des assouplissements notables.

Les artistes français contemporains connus mondialement comptent pour 4 % du total. Il est pratiquement impossible en France de réaliser une exposition sans l’adosser à un musée ou un organisme public.

Cercle thématique « Les enjeux internationaux »

Existe-t-il une identité européenne susceptible de faire de l’Union un espace politique ? Christian Casper

Si la culture est à l’évidence source d’identité, de cohésion et de communication, le nombre de langues dont l’UE est actuellement dotée (21) pose un obstacle majeur pour cerner une identité européenne. Les langues sont autant de barrières à la communication, tout comme des frontières internes.

L’Europe n’affiche plus de convictions religieuses. Pourtant l’humanisme chrétien constitue l’une des caractéristiques fondamentales de l’héritage de l’Europe.

Contrairement au monde anglo-saxon où la recherche du bonheur et de l’élévation sociale demeure essentiellement une affaire individuelle, les pays d’Europe continentale mettent la collectivité, l’Etat au centre de la société.

Sur la puissance et la paix, deux visions de l’Europe s’opposent :

- celle d’une Europe puissance, obéissant à une conception classique de l’organisation militaire et de son utilisation pour défendre ou répandre ses valeurs et ses intérêts. Elle suppose d’avoir une conception précise du bien commun et une volonté homogène entraînant une gestion centralisée des moyens ;

- celle d’une Europe phare, s’exprimant vis-à-vis de l’extérieur en terme de soft power c’est-à-dire en terme d’exemple et d’influence pacifique. Cette conception d’une Europe modeste et accueillante implique qu’elle s’éloigne du centre géographique où l’histoire s’écrit.

Le concept d’une Europe politique suppose un territoire délimité où s’exercerait une souveraineté. L’élément principal de la cohésion d’une entité politique réside dans la conscience qu’elle a d’être la garante ultime de sa propre sécurité.

La perspective de l’adhésion de la Turquie a alimenté des craintes identitaires ; elle a eu pour conséquence positive (en terme identitaire) de soulever, pour la première fois, la question des frontières extérieures de l’Union.

Selon Jürgen Habermas, le projet européen ne « permet toujours pas aux destinataires des lois de se regarder comme leurs auteurs ». La dimension politique de ce projet reste en effet à établir.