La Lettre des Cercles Libéraux du 16 décembre 2005

Concours
de beauté sociale
Au concours de beauté du mieux disant social, il ne faut pas confondre le social et le socialisme.

La droite et le gouvernement rivalisent sur le thème du mieux disant social, au risque de déborder vers des propositions socialistes. Pour y voir plus clair, détaillons les propositions des uns et des autres.

"Le contrat de transition professionnel" initié par le Premier Ministre sous forme expérimentale est une réponse à un problème bien réel soulevé depuis longtemps par les libéraux. En cas de licenciements collectifs liés à l’arrêt d’une activité, une délocalisation ou une restructuration, les grandes entreprises - effet réputation oblige - mettent le plus souvent en place des plans de reclassement très avantageux pour les salariés licenciés. Tel n’est pas le cas de leurs entreprises sous-traitantes ou encore des moyennes entreprises soumises aux mêmes problèmes. Pour faciliter les mutations de notre tissu économique, il est donc souhaitable de mettre en place - à coté de l’assurance individuelle contre le chômage - un mécanisme d’assurance collective des entreprises pour faire face aux coûts de tels reclassements. Cependant la logique aurait voulu qu’un tel dispositif, qui s’appuie sur les fonds de l’assurance chômage, soit mis en place par les partenaires sociaux. On aurait ainsi évité la création de nouvelles structures publiques dont les personnes licenciées deviendront salariées au risque, relevé par la présidente du MEDEF, Laurence Parisot, «d’étatiser un peu plus notre système».

"Le dividende du travail" annoncé par le Premier Ministre afin de rendre « plus facile la récompense des salariés » est sur le principe une bonne mesure. Elle s’inscrit dans la nécessité de donner une plus grande flexibilité aux rémunérations des salariés pour faire face aux à-coups de la conjoncture et des carnets de commandes afin de favoriser l’augmentation du revenu distribué dans des entreprises qui ont très souvent la crainte d’augmenter leur rigidité salariale.

"Le contrat de travail unique", prôné par le président de l’UMP à la suite du rapport Cahuc-Kramarz, est une fausse bonne idée. Matignon s’y oppose mais, semble-t-il, pour de mauvaises raisons « on ne doit pas toucher au CDI ». Un tel contrat unique renouvelle l’erreur des politiques « une seule et même taille pour tous » : les 35 heures pour tous, le même contrat de travail pour tous. Pourquoi pas la même pointure 40 pour toutes nos chaussures ?
Le retour au plein emploi passe par le retour à un sain fonctionnement de marché du travail (voir la lettre du 24-03-2005) et celui-ci passe par une différenciation des contrats pour s’adapter à une multiplicité des contrats proches des réalités économiques différentes et changeantes. Les attentes ou les possibilités ne sont pas les mêmes pour les cadres d’une start-up, les caissières d’un supermarché, les jeunes étudiants à la recherche d’un emploi ou les seniors dans l’attente de leurs retraites. Il est absurde d’imaginer que le marché du travail soit le seul marché où il ne puisse exister qu’un seul type de contrat.

"La sécurité sociale professionnelle" prônée par le Président de l’UMP et qui semble aussi inspirer le Premier Ministre ne vaut pas mieux. Pour s’en persuader il n’y a qu’à écouter Nicolas Sarkozy dire que « la CGT et la CFDT la réclament depuis longtemps à juste titre » ou les socialistes crier qu’on leur vole leurs idées. Certes dans l’esprit de Nicolas Sarkozy, il s’agit juste de troquer plus de sécurité contre plus de flexibilité. Si cette dernière idée est bonne et doit inspirer les partenaires sociaux, elle ne doit pas justifier la création d’une nouvelle sécurité sociale professionnelle d’Etat qui a de plus grandes chances de finir comme la Sécurité Sociale dans les déficits, l’endettement et les prélèvements croissants. D’ailleurs, est-il raisonnable de proposer pour alimenter cette nouvelle sécurité sociale de taxer davantage les entreprises qui licencient ? Pourquoi rendre plus difficile encore l’adaptation des entreprises en difficulté ? La Sécurité Sociale doit-elle coûter plus cher aux malades qu’aux bien-portants.

Derrière ce concours de beauté des propositions sociales se pose la question de l’idée que l’on se fait des relations sociales. Le Premier Ministre entend tracer la feuille de route des négociations entre organisations syndicales et organisations patronales en laissant entendre qu’en cas d’échec, l’Etat reprendra la main en passant par la voie législative. C’est là une bien mauvaise méthode. Les négociations paritaires, comme leur nom l’indique, sont des négociations entre syndicats et patronat et l’Etat n’a pas à s’en mêler. Ni pour reprendre les résultats de ces négociations dans une loi afin d’enrichir son bilan, ni pour placer les négociations sous la menace de l’intervention législative, ce qui fausse le dialogue social.

Le véritable enjeu social, répétons-le, c’est la redéfinition des frontières entre la loi et le contrat. C’est la limitation de la loi à quelques règles d’ordre public et aux dispositions de procédures nécessaires à l’équilibre des négociations contractuelles. C’est l’ouverture d’un large espace de négociations contractuelles autonomes par rapport à l’Etat
Alain Madelin

 


Balayer la dette devant sa porte
La dette publique française est insoutenable. Thierry Breton veut que cela se sache. D’où le rapport Pébereau promis à une grande publicité. Il faut, dit le Ministre des Finances, que les Français «s’approprient» la problématique de la dette. Fort bien. Ce faisant comme l’a noté Jean-Pierre Robin dans le Figaro «à qui le ministre des Finances s’adresse-t-il ? Au grand public, les 39 millions d’électeurs qui ont le privilège de payer des impôts ou bien aux 1 671 conseillers régionaux qui ont voté une augmentation de 21% en moyenne de la fiscalité des régions pour l’année 2005 ? La véritable cible de Thierry Breton ne serait-ce pas plutôt les 577 députés, les 331 sénateurs, les 36 674 maires, les 3 961 conseillers généraux et les 83 000 conseillers municipaux (pour s’en tenir aux communes de plus de 3 500 habitants), tous les élus de France qui ont la responsabilité d’un budget ?».



HUMEUR :Dans le conflit de la ligne D du RER, la SNCF n’hésite pas à mettre carte sur table. Ainsi, les conducteurs de RER travaillent 1092 heures par an à raison de 5h50 heures par jour dont 3h20 de conduite - pour un salaire mensuel de 1600 à 2800 euros sur 13 mois et un départ à la retraite possible dés 50 ans. Pas de quoi emporter la sympathie des banlieusards qui travaillent 35 heures par semaine, partiront à la retraite à 65 ans, n’ont pas la sécurité de l’emploi et qui - merci les grévistes- galérent 4 ou 5 heures par jour pour aller à leur travail ou en revenir.



LE CHIFFRE CITATION
+5,2% de érémistes
sur un an.
En matière d’emploi aussi «rien ne se crée, tout se transforme». Faute de vraie création d’emplois, cette forte augmentation est la contrepartie des modifications de l’indemnisation du chômage et des radiations.

Les douze mots les plus terrifiants de la langue anglaise sont :
“I am from the Government
and I am here to help you”
(je suis au gouvernement,
et je viens vous aider)

Ronald Reagan

Les dangers du principe de précaution
Le tribunal a relaxé les faucheurs volontaires qui avaient détruit des plants de maïs transgénique en s'appuyant sur le principe de précaution « à valeur constitutionnelle ».
Nous avions déjà dit tous les dangers qu’il y avait à introduire dans la Constitution - qui garantit la propriété dans le cadre d’une liberté responsable – le principe de précaution qui présume la liberté coupable et à demander au juge de s’arranger de cette contradiction

Taxe sur les billets d’avion contre PAC
Relevé dans le Het Financieele Dagblad (Amterdam), ce commentaire : «Pour le Président français, il n’est pas question de toucher à la PAC. Cette position française semble intangible, et Chirac espère contrer les critiques légitimes en mettant en avant sa taxe sur les billets d’avion.» En réalité, «cet impôt devrait, selon les estimations, rapporter quelque 200 millions d’euros par an. Or il y a dans le monde plus de 800 millions de personnes qui souffrent de malnutrition. Cela revient donc à une contribution de 25 centimes d’euro pour chaque victime de la faim – par an, s’entend. La PAC non réformée rapporte, elle, 11 milliards d’euros par an à la France et à ses 680 000 agriculteurs, c’est à dire 16 544 euros par agriculteur. C’est cette différence abyssale qui rend le geste de Jacques Chirac aussi hypocrite.»

A LIRE  
La Condition politique
de Marcel Gauchet
Gallimard
Réédition de Harmonies économiques de Frédéric Bastiat
aux Éditions du Trident
Marcel Gauchet, philosophe et rédacteur en chef de la revue Le Débat, revient dans son dernier essai sur « la condition politique » qui serait pour lui, au fond, notre « condition permanente ». Aujourd’hui, nous nous trouvons face à une nouvelle mutation «consacrant l’individu par le marché et le droit. Cette mutation doit-elle aboutir à l’exclusion du politique ?». L’auteur ne croit pas à cette perspective, l’Etat-nation n’est pas mort pour lui. Ce livre plaide pour l’idée que le politique continue d’être ce qu’il a toujours été : ce qui tient les sociétés ensemble.
Préfacé par Georges Lane, ce volume de 360 pages reprend l'édition originale telle qu'elle avait été publiée de son vivant par Frédéric Bastiat. Nous pouvons ainsi redécouvrir quelques vérités simples n’exigeant qu’un peu d’attention logique pour les comprendre. "Les services s'échangent contre les services", voilà une des grandes lois économiques que développe Frédéric Bastiat. Comme le rappelle Georges Lane à notre époque où la directive Bolkestein «a provoqué en France une levée de boucliers, tous partis politiques confondus, le propos résonnera, pour certains, comme le tocsin et, pour d'autres, comme le glas».

La lettre des Cercles thématiques
L'édito de Dominique Garrigues :
"Droits de l'homme et histoire"
Et les cercles :
Les protections sociales – La culture libérale – La civilisation de l’Internet – Les enjeux internationaux – Les défis de l’environnement – La réforme de l’Etat et des collectivités territoriales – La libération de l’économie – Les enjeux de
l'Education
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COURRIER DES LECTEURS
Lire le commentaire de Thierry Arama, "un libéral convaincu", qui nous fait part de ses attentes et ses convictions.

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