|
|
Enseignants
:
le courage
de Ségolène Royal
Je n'ai pas attendu la vidéo pirate que des «gentils»
camarades socialistes ont mise sur le Net pour écrire, au printemps
de cette année, dans un Rebond ( Libération du 9 mai 2006)
où je défendais déjà la candidature de Ségolène
: «A propos du combat qui est le mien depuis quarante ans, celui
de l'école, elle a dit que le rôle des enseignants n'était
pas seulement d'instruire mais aussi d'éduquer et qu'il faudrait
reposer la question du temps de présence des enseignants dans les
établissements scolaires.»
Passons sur le procédé, il est curieux que ceux qui protestent
contre les Conseils des ministres télévisés et qui
s'indignent de ce qui s'est passé en Hongrie où un «camarade»
a filmé les déclarations du Premier ministre à son
insu pour les rendre publiques ensuite jouent ce petit tour à Ségolène.
Mais moi, cela ne me choque pas, je suis favorable à ce que même
des réunions de travail puissent être filmées. Ce
serait assez drôle de savoir ce que Fabius ou DSK et leurs amis
se disent quand ils sont entre eux, que ce soit sur Ségolène
ou sur ce qu'ils pensent vraiment.
Il y a plus d'un an, le Parti socialiste, dont je n'étais pas encore
membre, m'avait invité à un débat sur l'école.
J'avais commencé mon intervention en disant : «En parodiant
la formule entre boire ou conduire, il faut choisir, je dirais : entre
poser les problèmes de l'école et garder l'électorat
enseignant, il faut choisir. Ou le PS veut garder son électorat
enseignant, et il ne posera pas les problèmes de l'école,
ou il les pose et risque de perdre une partie de son électorat
enseignant.»
Sur le fond, je dirais donc : premièrement, que le temps de travail
des enseignants du secondaire, collèges et lycées, est bien
calculé sur la base de 36 heures. Les certifiés font 18
heures de cours qui sont évaluées à deux heures de
travail en tenant compte des préparations et des corrections. Deuxièmement,
qu'il y a longtemps que des pédagogues et certains syndicalistes,
dont ceux du SGEN, proposent des changements en diminuant les heures de
cours, les ramener de 18 à 15 par exemple, et d'augmenter par contre
les heures de présence. On remplace une heure de cours par deux
heures de présence, ce qui ferait 21 heures de présence
dont 15 heures de cours.
Le 27 février 1996, nous avons signé à plusieurs,
Antoine Prost, Louis Legrand, Jean-Claude Guérin, Marie Danièle
Pierrelée, entre autres, un Rebond, toujours dans Libération,
intitulé «Des équipes pour travailler autrement»,
où nous disions déjà : «Le service des enseignants,
traditionnellement compté en heures de cours, sera forcément
à redéfinir ; on comprendra donc aisément qu'on ne
peut faire partie d'équipes ayant de tels objectifs que sur la
base du volontariat.»
Oui, c'est bien sûr la base du volontariat et non en imposant à
tous les enseignants des changements qu'ils n'acceptent pas qu'il faudra
commencer. Faire la preuve qu'une présence plus importante peut
réduire les tensions et donc rendre le travail des enseignants
plus agréable donc moins fatigant et stressant. Rappelons qu'en
Allemagne, les enseignants doivent 25 heures de cours et en Suède
ils doivent 35 heures de présence dont 20 à 22 heures de
cours et ce pays a, avec la Finlande, les taux de réussite les
meilleurs.
Une fois de plus, Ségolène a le mérite de poser des
questions de fond que ses concurrents socialistes, par pure démagogie,
n'osent aborder. Avant un vote dans le PS, où le corps enseignant
est important, elle fait, une fois de plus, preuve de son courage politique.
Par
Gabriel COHN-BENDIT
Libération : mercredi 15 novembre 2006
Gabriel Cohn-Bendit ancien enseignant, militant de l'éducation.
|