Courriel bimensuel des Cercles thématiques N° 14

 

Cercle thématique « Les protections sociales »

La réforme canadienne (Globe and Mail) : donner des aides en numéraire, pas en nature
Stephen Harper, premier ministre du Canada, est devenu le champion des familles travailleuses.
Il annonce un crédit d’impôt pour les dépenses liées au fait d’avoir un emploi, de 155 dollars par an en moyenne par famille, clairement orienté en faveur des ménage à moyens et bas revenus. Cela sert aussi à encourager les chômeurs aidés à prendre un emploi.
Pour la garde de jeunes enfants, au lieu d’apporter des aides financières aux provinces, il préfère verser directement les fonds aux ménages.
Les étudiants qui reçoivent des bourses seront exemptés d’impôt sur la totalité, au lieu de la limitation précédente de 3.000 dollars. Ainsi, ils seront incités à étudier plus longuement et atteindre de meilleurs niveaux. Egalement des réductions d’impôts pour achat de livres. Là encore, de l’argent aux personnes, pas aux écoles.
C’est le mot d’ordre : les moyens financiers ne doivent pas être utilisés par l’Etat, mais par les ménages.

Cercle thématique « La culture libérale »

L’exception culturelle ?

Les libéraux dénoncent depuis longtemps l’excès des aides publiques aux activités artistiques et de la protection de nos acteurs hexagonaux. Ils sont heureux de recevoir l’approbation d’un éminent intellectuel, Alain Minc, président du conseil de surveillance du journal « Le Monde ».

« Il y a un problème dont on ne parle pas, sinon de manière détournée, c’est le déclin intellectuel, culturel, universitaire, scientifique [de la France]. Pour le dire en d’autres termes, je crois que l’exception culturelle française est devenue un formidable instrument de régression.
Comment se fait-il par exemple que lorsque des écrivains tels que Günter Grass ou Umberto Eco publient des livres, ce soient des événements internationaux ? Grass et Eco appartiennent cependant à des bassins linguistiques plus restreints que le français…
Autre exemple : quel peut être le destin professionnel d’un jeune peintre doué ? Il va être distingué par un fonds régional d’art contemporain, recevoir des commandes de l’Etat, enseigner aux Beaux-Arts, finir à l’Institut… Et après, on s’étonne d’une faible présence française sur le marché mondial de l’art ! A aucun moment le système ne l’aura pris en main en lui fournissant une bourse, ne l’aura envoyé nager un peu dans les eaux froides de New York pour qu’il revienne ensuite fort d’une nouvelle et véritable expérience.
Idem pour le cinéma : bien sûr on finance des films, mais nous sommes tellement sûrs de leur financement qu’ils ne sont pensés, à aucun moment, à l’échelle d’une production internationale. La carrière d’un jeune cinéaste consiste en l’obtention d’une avance sur recettes pour son premier film puis d’arriver ensuite à intégrer le système de financement des chaînes de télévision… La question du marché mondial ne se posera à lui que par accident.
[…] La pensée unique aujourd’hui, ce sont le refus de la mondialisation, le refus du marché, etc. Politiquement, c’est la responsabilité du chiraquisme d’avoir empêché la diffusion du libéralisme, et stoppé le processus pédagogique que connaissait la France. Le chiraquisme, de ce point de vue, est une variante du radical-socialisme. La droite libérale a été battue en 1995, et depuis elle n’a jamais repris le pouvoir. »

(Revue des Deux-Monde - Avril 2006)

Cercle thématique « Les défis de l’environnement »

Le principe de précaution en action : voici une alerte sérieuse

« Un changement de bulle risqué dans 2 millions d’années
Le soleil et son cortège se déplacent à 100.000 km/h par rapport au nuage galactique local, qui est très peu dense, « mille fois moins que les nébuleuses colorées vues par le télescope Hubble ». Dans 2.000 ans, nous passerons dans le nuage voisin, aussi peu dense, chapelet de nuages inoffensifs dans un cube de 100 parsecs (un parsec = 3,2 années-lumière) de côté, où le soleil évolue depuis 10 millions d’années.
Mais dans deux millions d’années, nous entrerons dans la bulle voisine, Ophiuchus, faite de gaz concentrés, beaucoup plus dense… L’héliosphère pourrait s’effondrer sous la pression, et la terre en subirait gravement l’impact : glaciation, disparition de la vie… ? » (Le Monde)

Ne voilà-t-il pas une bonne application du « principe de précaution » ! (en réalité, du principe de prévention, car le risque ne fera pas l’objet de polémiques).
Heureusement, nous avons 2 millions d’années pour nous préparer, mais commençons sans délai, car la tâche sera ardue !

Cercle thématique « La réforme de l’Etat et des collectivités territoriales »

« La France souffre aujourd'hui de six niveaux successifs de responsabilité : la commune, le groupement de communes, le département, la région, l'Etat et, au loin, l'Union européenne. Comment ne pas voir qu'une simplification s'impose ?
Elle s'impose à tous les niveaux, y compris au niveau parlementaire où le nombre des députés a été accru inutilement. Aujourd'hui, avec 60 millions d'habitants, la France compte 898 parlementaires (577 députés, 321 sénateurs), sans même parler des députés européens, alors que les Etats-Unis ont 435 représentants et 100 sénateurs et que la Douma de Russie est composée de 420 députés. » (Les Français, de V. Giscard d’Estaing)

Et ne parlons pas du nombre de ministres et autres ministres délégués, secrétaires d’Etat…

Cercle thématique « Les enjeux de l’Education »

Universités grandes écoles : réflexions sur un douloureux divorce français - Patrick Fauconnier
« Il n’est pas sûr qu’on ait vraiment mesuré tous les dommages causés par la profonde coupure que nous entretenons, en France, entre nos grandes écoles et nos universités.
A la suite de la très bénéfique réforme dite du LMD (licence, mastère, doctorat) visant à créer des équivalences européennes, les universités réclament plus d’autonomie et de moyens pour remplir leurs objectifs d’excellence. Pourtant, la nation continue de leur refuser les moyens de leurs ambitions : la France est le seul pays développé où l’on dépense davantage pour un lycéen que pour un étudiant.
« 80 % des membres des cabinets ministériels que je côtoie sont des X-Mines, ou des ENA ou des X-ENA. Quand vous leur expliquez qu’un mastère d’électronique est très bien pour s’insérer, ils vous rient au nez. Et si vous leur dites qu’un simple bachelier peut être excellent, ils se tordent de rire. » raconte Yannick Vallée, l’actuel président de la conférence des présidents d’université.
Toute tentative d’expliquer à ce public une réforme à contenu économique (réforme des retraites, du Code du travail, etc.) se heurte instantanément à son opposition viscérale. Car n’oublions pas, pour couronner cette catastrophe, que l’entreprise est la grande absente de notre école férue d’abstractions.
Il n’est donc pas étonnant que des universitaires, conduits à penser que la nation n’est fière que de ses grandes écoles, se soient murés dans une mentalité d’assiégés sur le mode « personne ne nous aime ».
Dans les autres pays, les universités constituent le cadre unique d’élaboration et de distribution du savoir et de la recherche. Pour autant, cela ne veut pas dire que ces pays n’ont pas de grandes écoles : simplement, elles font partie des universités. A l’université de Columbia à New York, on trouve une business school, et aussi une School of International and Public Affairs qui est un peu l’équivalente de notre ENA. »
(Revue des Deux-mondes, avril 2006)