La Lettre du 20 avril 2007

Et après ?
Gouverner au lendemain d'une campagne électorale aux relents populistes et protectionnistes ne sera pas chose facile.

Fin juin, la France aura un nouveau président de la république, une nouvelle assemblée législative, un nouveau premier ministre et un nouveau gouvernement qui se mettront au travail.
Il est sûr, hélas, qu'ils ne travailleront pas les réponses aux problèmes de la France dans les programmes des candidats d'aujourd'hui.

Tout au long de ces longues semaines de campagne, nous avons exprimé l'inquiétude des libéraux devant l'absence de vision positive de l'avenir, de propositions articulées autour d'une stratégie de croissance forte dans la nouvelle économie de la connaissance, de projets institutionnels visant à donner à la société civile et à l'économie de marché une autonomie plus grande par rapport à l'État.

Nous avons fait part de notre désappointement face à une campagne électorale qui, comme vient de le noter Denis MacShane, député travailliste proche de Tony Blair, «aurait dû être l'occasion privilégiée d'un effort pédagogique. Au lieu de quoi, on a assisté à un retour en force du populisme, à droite comme à gauche». Cet observateur britannique ajoute «les ministères de l'identité nationale et des drapeaux tricolores aux fenêtres feront peut-être gagner une élection mais ils ne changeront pas le pays».

Nous avons dit notre consternation enfin devant nombre de mesures proposées par les candidats qui tiennent davantage du replâtrage que de la refondation.
Cela ne signifie pas pour autant que tous les candidats sont à mettre dans le même sac, mais cela signifie que les libéraux qui espéraient avoir à choisir -faute de candidat- le «mieux-disant libéral» devront se résigner, à l'instar de l'opinion exprimée par l'hebdomadaire économique libéral britannique «The Economist» à choisir entre «le pire, le mauvais, et le moins pire» (voir une grande indifférence).

Le besoin d'ordre et de sécurité semble l'avoir emporté sur l'exigence de liberté et de mouvement. La mondialisation a été présentée comme une menace pour l'emploi des Français, leur pouvoir d'achat ou leur sécurité sociale. Les candidats ont rivalisé de propositions de protection pour en écarter tous les méfaits supposés. Ils ont renoncé à la pédagogie des réformes qui nous permettraient de bénéficier de ses bienfaits. Comme l'a noté la présidente du MEDEF, Laurence Parisot, «aucun des trois principaux candidats n'a compris que le libéralisme était facteur de progrès social». Et de regretter aussi comme nous l'avons fait régulièrement que les candidats à l'élection présidentielle n'aient pas été plus ambitieux en matière de croissance, car c'est bien entendu de la croissance «dont dépendent les solutions à nos problèmes de chômage, de pouvoir d'achat et indirectement des questions de délinquance et de sécurité».

Il est vrai que l'organisation médiatique de la campagne n'a guère facilité leur tâche. Aux traditionnelles confrontations des candidats avec des journalistes experts qui les incitent à ouvrir des perspectives et à montrer la cohérence de leurs solutions, on a préféré le spectacle de la rencontre médiatique avec des «Français ordinaires». Les peurs et les inquiétudes qu'ils ont exprimées exigeaient des réponses simples, voire simplistes. Difficile d'expliquer les bienfaits du libre-échange à l'ouvrière qui vient de perdre son emploi suite à une délocalisation. Même s'il est vrai que la mondialisation crée plus d'emplois qu'elle n'en détruit, qu'elle ne fait que les transformer ou les déplacer en augmentant notre prospérité, il était plus facile de répondre en parlant de «préférence communautaire», en agitant l'espoir «de politiques industrielles» salvatrices, en parlant de pénaliser les patrons qui délocalisent, en avançant l'idée de modifications du coût du travail protectrices.

Tout au long de cette campagne on aura beaucoup conforté les peurs des Français. On ne leur aura guère fourni de clés pour comprendre le Nouveau Monde.
Certes on aura beaucoup parlé du travail, du retour de la «valeur travail». C'est un point fort du discours de Nicolas Sarkozy et l'on n'en trouve même la trace dans celui de Ségolène Royal. Cela marque assurément une rupture avec l'idéologie du « partage du travail ». Mais nous restons cependant loin du compte. Dans la société mondiale de la connaissance ce qui importe c'est la créativité. La quantité de travail offert dépend de la capacité de la France créative à inventer de nouveaux produits, de nouveaux services, de nouvelles façons de les concevoir ou de les produire, de les dessiner ou de les vendre.
Certes on aura beaucoup parlé des entreprises et volontiers flatté les PME, mais on aura aussi nourri la défiance envers les banques et la finance. Et les mesures concrètes proposées en matière d'emploi s'apparentent davantage aux bricolages du passé, avec de nouvelles subventions ou exonérations de charges sur les heures supplémentaires ou les nouvelles embauches. Avec aussi la promesse d'une miraculeuse transmutation fiscale -la «TVA sociale»- censée tour à tour et simultanément empêcher les délocalisations, renflouer les caisses de sécurité sociale, augmenter les salaires et réduire le coût du travail !
Le moment viendra où l'on constatera que quels que soient les manipulations fiscales et sociales, faute de réformes plus profondes, les mêmes dépenses sociales pèseront sur le même nombre de Français.
Le moment viendra où les réalités économiques et européennes reprendront le dessus. Que les protections promises sont largement illusoires, et même pour beaucoup d'entre elles contraires à nos engagements européens.

Le moment viendra où l'on constatera que bricolage et replâtrage ne peuvent remplacer une vraie politique de l'offre. Le quotidien britannique Financial Times qui vient de consacrer la France comme «le nouvel homme malade de l'Europe» relève cependant avec optimisme que «les problèmes de la France sont parfaitement identifiables, et, comme de nombreux pays l'ont déjà prouvé, parfaitement solvables».
Paradoxalement les libéraux se devraient donc de choisir leur candidat non pas en fonction de sa capacité à tenir ses promesses mais davantage en fonction de sa capacité à faire face aux réalités. Non pas en fonction de leur volonté de mettre en oeuvre son programme mais davantage en fonction des valeurs et des orientations qu'il représente. Car si les solutions libérales sont très largement absentes des programmes de campagne elles seront assurément au rendez-vous des réalités de demain.

Alain Madelin

Un vote libéral ?
Pour notre ami Jacques Garello, les libéraux n’ont rien à attendre de cette consultation. Dans la Nouvelle lettre, il s’interroge : «Privés de candidats, de partis et de programmes, les libéraux n’ont pas pour autant été privés de leurs cartes d’électeurs. Peuvent-ils vraiment s’en servir ?»
Lire l’éditorial

Candidats, tous Blairistes ?
 A en croire Yves Bourdillon dans les Echos, les principaux candidats sont tous Blairistes. Ils le prennent pour exemple, vantent sa réussite économique et sociale ou déclarent en être proche. Ségolène Royal le défend devant les éléphants du PS, François Bayrou revendique une certaine ressemblance physique et Nicolas Sarkozy file à Londres pour se faire «introniser»…
Lire l’article
Mais...
Les Blairistes n’y trouvent pas leur compte
Mais outre-Manche, pour les vrais Blairistes, le compte n’y est pas. Si l’on en croit Denis Mac Shane, député du New Labour et proche du Premier ministre britannique, la campagne présidentielle française n’offre rien et les propositions avancées ici ou là sur l’identité nationale ou le drapeau français peuvent flatter l’électorat mais ne font pas l’avenir économique et social d’un pays. (Voir éditorial ci-joint)

Révolution fiscale
Toute la presse économique en parle, on instaure une «Flat Tax» à 15%...en République Tchèque ! Le gouvernement de centre-droit tchèque a présenté, il y a peu son programme de réformes économiques et sociales qui comporte notamment l’instauration d’un impôt à taux unique («flat tax») de 15% et une volonté de réduction des dépenses publiques.
Sont également prévus des changements dans le secteur de la santé publique et des retraites ainsi que de nouvelles suppressions d’emploi dans le secteur public. «Il nous faut arrêter l’actuelle expansion des dépenses. Sans ces réformes nous ne pourrions songer à l’adoption de l’euro en 2012» a souligné le Premier ministre Topolanek en affirmant que la République tchèque avait devant elle « les trois dernières années pour faire quelque chose avec les finances publiques».
Lire La Tribune

Pas de remède miracle !
Lue dans Le Monde, l’opinion de Raymond Soubie, Président du Conseil d’Orientation pour l’emploi et Jean-Baptiste de Foucauld, Président de Solidarités nouvelles face au chômage : Ils écrivent : « La question de l'emploi, de par sa nature propre, se prête mal aux débats électoraux et au souci des candidat (e) s de proposer des mesures simples, faciles à comprendre, et porteuses d'une apparente efficacité massive. Hélas, il n'y a pas de remède miracle au chômage ! Les mesures phares des uns ou des autres (heures supplémentaires sans charges sociales, deux nouveaux emplois sans charges pour tous, emplois aidés massifs, notamment pour les jeunes) ont toutes une certaine efficacité, des effets pervers importants et un résultat final ambivalent que chacun peut interpréter du bon ou du mauvais côté selon ses préférences politiques. Mais de là à régler le problème français du chômage, il y a un gouffre. »
Lire l’article

A LIRE
Ma Vérité
sur la Planète
De Claude Allègre
Edition Plon-Eyrolles
Français, n’ayez pas peur du libéralisme
De Pascal Salin
Editions Odile Jacob
Une fois encore, Claude Allègre remet les pendules à l'heure car, s'il est inopportun pour l'avenir de notre société d'accorder le moindre crédit aux marchands d'illusions, il est tout aussi urgent de mettre un frein aux pleurnicheries écologiques. Parmi ses propositions : développons les OGM qui permettront aux plantes de résister à la pénurie d'eau et d'éviter les engrais ; reconquérons la biodiversité dans nos rivières et nos forêts ; encourageons une architecture économique combinant énergie solaire, pompe à chaleur et domotique ; imposons la voiture hybride ou électrique ; accélérons l'utilisation des piles à hydrogène. Lu dans Challenges, l’entretien de Claude Allègre à l’occasion de la publication de ce livre, L’ancien ministre y écrit : « Un: le mot consensus devrait être banni du vocabulaire scientifique. Deux: quand bien même il y aurait un changement climatique, il est loin d’être prouvé que l’homme en soit à l’origine. Trois: rien ne dit que les conséquences de ce changement soient néfastes pour l’humanité. Ce qui ne veut pas dire qu’il ne faut rien faire, notamment contre la pollution atmosphérique. (…) Nicolas Hulot n’insiste pas sur les deux vraies urgences de la planète: les océans et les déchets urbains. Surtout, il associe progrès et risque et écrit que la croissance pose problème. Je crois que l’écologie est au contraire une opportunité pour faire de la croissance. Et que la croissance est bonne pour l’humanité.
Lire l’entretien
Et si la cause profonde de la stagnation que nous connaissons tenait au fait que la France n’a pas vraiment effectué sa «révolution libérale» ? Au moment où elle semble pencher du côté de l’antilibéralisme et où, de toutes parts, s’élèvent de nouveau des voix pour réclamer plus de régulations face au marché, Pascal Salin démontre ici l’échec du soi-disant « modèle français » ; il retrace l’histoire récente des occasions perdues et propose surtout les voies de ce que serait vraiment un réveil de notre pays. Une dénonciation en règle des timidités et des égarements qui ont conduit aux impasses actuelles : non, la France ne souffre pas de trop de libéralisme, mais plutôt d’un faux libéralisme qui pérennise des rigidités ; oui, la France a perdu beaucoup de temps, ce qui explique ses difficultés à retrouver les chemins de la croissance. Par peur de l’avenir, ne cédons pas à nouveau aux tentations de l’étatisme et aux illusions des fausses protections. On le sent à chaque instant, Pascal Salin qui a travaillé patiemment, pendant de nombreuses années à convaincre des bienfaits du libéralisme, en a gros sur le cœur. S’il n’a pas prêché dans le vide –les étrangers l’ont entendu et suivi –ses compatriotes ont semblé ne pas l’écouter… Incitation raisonnable et raisonnée à l’audace d’un vrai changement, l’ouvrage de Pascal Salin est naturellement d’une clarté implacable. Difficile d’avoir encore peur du libéralisme après l’avoir lu.
Lire l’article de Bogdan Calinescu dans La Nouvelle Lettre

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