TOCQUEVILLE ET LE DROIT AU TRAVAIL

« Accorder à chaque homme en particulier le droit général, absolu, irrésistible, au travail mène nécessairement à l’une de ces conséquences :

- ou l’Etat entreprendra de donner à tous les travailleurs qui se présenteront à lui l’emploi qui leur manque, et alors il est entraîné peu à peu à se faire industriel, et comme il est l’entrepreneur d’industrie qu’on rencontre partout, le seul qui ne puisse refuser le travail, et celui qui d’ordinaire impose la moindre tâche, il est invinciblement conduit à se faire le principal et bientôt en quelque sorte l’unique entrepreneur de l’industrie. Or, cela c’est le communisme.

- ou au contraire, l’Etat veut échapper à la nécessité fatale dont je viens de parler, s’il veut, non plus par lui-même et par ses propres ressources, donner du travail à tous les ouvriers qui se présentent, mais veiller à ce qu’ils en trouvent toujours chez les particuliers. Il est entraîné fatalement à tenter la réglementation de l’industrie. Il est obligé de faire en sorte qu’il n’y ait pas de chômage : cela le mène forcément à distribuer les travailleurs de manière à ce qu’ils ne se fassent pas concurrence, à régler les salaires, tantôt à modérer la production, tantôt à l’accélérer, en un mot, à se faire le grand et unique entrepreneur du travail. Qu’aperçoit-on ? Le socialisme ».

Discours d’Alexis de TOCQUEVILLE,
lors du célèbre débat sur le «droit au travail»
à l’Assemblée constituante en septembre 1848.