La Lettre du 22 septembre 2006

Le mirage
des modèles

Le modèle social démocrate suédois vient d’être désavoué. Le modèle travailliste blairiste est à bout de souffle. Oublions les modèles et cherchons les quelques règles économiques qui font le succès des réformes.

La France aime bien les modèles, à commencer par le sien. Et la glorification de notre «exception française» sert trop souvent d’alibi à ceux qui combattent les réformes nécessaires qu’ils dénoncent comme contraire à notre identité culturelle.

Nous avons cependant aussi une propension à invoquer des modèles étrangers qui pourraient inspirer quelques réformes. On se souvient de l’abondante littérature qui invitait naguère la France à suivre le «modèle rhénan» peu avant sa complète déconfiture. Plus récemment, en matière d’emploi on nous a donné le modèle danois ou encore le modèle canadien pour la réforme de l’Etat.
Le recul historique montre d’ailleurs que cette propension des hommes politiques français à admirer un modèle étranger commence le plus souvent au moment où celui-ci donne des signes d’essoufflement.

L’actualité vient de nous en apporter une nouvelle fois la preuve avec une partie la Gauche qui découvre les vertus du modèle social démocrate suédois au moment où les Suédois eux-mêmes choisissent de s’en débarrasser. La réalité c’est que si la Suède semblait bénéficier d’une insolente bonne santé économique celle-ci était essentiellement le résultat des réformes libérales (diminution de la taxation marginale, réforme de l’Etat providence, ouverture à la concurrence, indépendance de la Banque Centrale, privatisation partielle des retraites, chèque éducation...). Mais la volonté d’aller plus loin, de restaurer davantage de liberté sur le marché du travail, de baisser les impôts et d’élargir la sphère de la concurrence à des activités exercées aujourd’hui dans le cadre public, l’a emporté chez les électeurs.

De même, il y a quelques paradoxes à voir aujourd’hui Nicolas Sarkozy et même Ségolène Royal chercher à endosser le costume de Tony Blair au moment où son propre parti le pousse vers la sortie et où les conservateurs marquent des points. Ayant souvent fait nous-mêmes l’éloge du réformisme de Tony Blair, de ses propos courageux, on ne peut que se réjouir de cette dé-diabolisation d’un leader « libéral travailliste » dont il faut bien rappeler tout de même qu’il a vécu pour une bonne part à crédit sur l’héritage de Margaret Thatcher.
La réalité pour les libéraux c’est qu’il n’y a pas de modèle idéal, de modèle importable. En revanche, « le benchmarking » c’est à dire la comparaison des performances des solutions proposées par différents pays est fortement instructif. Il y à l’évidence à l’étranger des choses qui marchent mieux que chez nous. Mais ce serait assurément une erreur que de vouloir calquer les solutions étrangères pour résoudre nos problèmes.

Chaque « success story » est spécifique à un pays. Mais il existe cependant derrière chacun de ces «modèles» un cadre de règles économiques bien agencé qui en explique le succès : la responsabilité (on fait généralement plus attention lorsque l’on dépense son propre argent que lorsque l’on dépense celui des autres), l’ouverture à la concurrence pour améliorer le rapport qualité prix d’un bien ou d’un service par la privatisation ou la délégation d’un service d’intérêt général, la récompense des mérites du management, l’organisation de marchés pour permettre une allocation optimum du travail ou des capitaux, une très large liberté des prix et des contrats de travail sur le marché...

Ce n’est donc pas le pseudo modèle étranger qui doit être copié, c’est son cadre de règles économiques efficaces qui doit être adapté aux réalités des obstacles qui sont les nôtres pour être misent en oeuvre.
Dans un pays comme la France où pèsent si fortement les groupes de pression favorables au statu quo, les libéraux - parce qu’ils sont audacieux - sont des libéraux prudents. Ils se méfient des annonces théâtrales de grandes réformes. Ils croient davantage à l’ouverture de nos grands systèmes bloqués par l’introduction de germes de liberté pour permettre une offre plus large (les établissements scolaires autonomes, les assureurs sociaux concurrents dans le cadre d’une délégation de gestion de service public...) et ouvrir des espaces de choix individuels à côté (ou à la place) des choix collectifs.

Bref, s’il n’existe pas de modèle étranger idéal à copier, il existe en revanche des lois économiques liées au comportement humain dont le respect peut permettre de créer un modèle français d’efficacité, de plein emploi et de prospérité partagée.

Alain Madelin

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La carte scolaire (suite)
Nicolas Sarkozy
, dans un récent article publié par le Monde, développe ses idées sur la carte scolaire. L’argumentation est cohérente. Il lie bien - comme il faut le faire - la liberté de choix des parents, l’évaluation des établissements scolaires, l’autonomie qu’il faut leur donner pour leur permettre de s’adapter et se diversifier et le nécessaire engagement de l’Etat pour venir en aide aux établissements en difficulté (la liberté de choix des parents agissant d’ailleurs comme un révélateur des établissements à problèmes). Mais de façon surprenante, au lieu de faire du couple liberté de choix des parents et autonomie des établissements le levier d’une dynamique d’adaptation de notre système scolaire, il affirme que pour lui supprimer la carte scolaire est un aboutissement et non un préalable. L’aboutissement d’une situation ou : «la carte scolaire n’aura plus de raison d’être puisque tous les établissements seront de qualités».
Pour les libéraux au contraire la liberté de choix des parents est un point de départ car s’il faut attendre que tous les établissements soient excellents pour leur offrir cette liberté... ils risquent d’attendre longtemps.
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Sécurité et Justice s’invitent avec fracas dans le débat présidentiel
Il est absurde d’opposer bon policier et méchant juge. Les libéraux ont depuis longtemps expliqué que la sécurité des Français est inséparable du bon fonctionnement de la justice.
Il est temps de s’en apercevoir.
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Propositions pour l'éducation
A lire notre dossier Education et voir notre diaporama résumant les propositions des libéraux comparant au niveau international la liberté de choix des parents de l’école de leurs enfants et l’autonomie des établissements.

Le retour de la TVA sociale
Paul Fabra dans sa toujours passionnante chronique des Echos revient sur l’idée un peu partout avancée, de la droite à la gauche en passant par les milieux patronaux, de l’idée de la TVA sociale. Pour lui «le nouveau système apparaîtra vite comme le résumé de la moins connue et de la plus nocive dérive du capitalisme contemporain». Et ajoute qu’ «il n’y a qu’en France qu’on qualifie de «sociale» une TVA à 25%. La précarité de l’emploi et la fragilité des salaires en seraient aggravées».

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HUMEUR

Longtemps la majorité a milité pour l’instauration d’un service minimum dans les transports en commun. Ceux qui s’inquiètent de ne toujours rien voir venir seront certainement rassurés par la plaquette que vient de publier le ministre des Transports sous le titre édifiant : «Pour une prévisibilité du service public de transport en période de perturbations».
"Lorsque les mots perdent leur sens, les gens perdent leur liberté" disait Confucius.
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Grand bond en avant de l’éducation privée... en Chine
Le Wall Street Journal, du 19 septembre, publie une pleine page de publicité à l’occasion de l’entrée en bourse au New-York Stock Exchange d’une entreprise privée d’éducation «New Oriental». L’étonnant, c’est qu’il s’agit là d’une entreprise chinoise créée par des Chinois en 1993 à Pékin. Présente dans 24 villes, elle a déjà formé plus de 3 millions d’élèves et d’étudiants et assure la formation de 2 millions d’élèves en ligne.
Et pendant ce temps là, nous débattons en France des meilleures façons d’aménager notre carte scolaire...


Kyoto or not Kyoto ?
Selon la nouvelle note économique de l’Institut Molinari «il faut au moins éviter de parer le protocole de Kyoto de toutes les vertus et admettre que le débat sur le réchauffement climatique est loin d’être clos».
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A LIRE 
Logement : solutions pour une crise fabriquée
de Christian Julienne
, Éditions des Belles Lettres
Le logement est à l’ordre du jour (voir la convention de l’UMP sur le logement) mais pour produire des logements bon marché, on a davantage besoin d’un véritable marché du logement que d’une énième réforme de la politique réglementée du logement social et des organismes associés. C’est ce que montre très bien Christian Julienne, président d’Héritage et Progrès.