La Lettre du 23 février 2007

Cherche politique économique désespérément
Le débat sur le chiffrage ne doit pas être le rideau de fumée qui dissimule l’absence de propositions de politique économique.

Drôle de campagne
. Elle a commencé par le concours de beauté qui, en matière de dépenses publiques oppose Ségolène Royal à Nicolas Sarkozy. Au naturel généreusement dépensier des candidats s’est ajoutée l’inflation des promesses liée au nouveau genre de spectacle présidentiel offert aux électeurs-téléspectateurs. Face à un panel de Français - hélas représentatif - chaque candidat est sommé de dire ce qu’il va faire pour aider ou protéger toutes les catégories sociales et professionnelles passées en revue.
Et les compteurs des dépenses publiques ont explosé : 30, 40, 50, 60 milliards, qui dit mieux ?

Quelques «empêcheurs de dépenser en rond», comme l’Institut de l’Entreprise sont venus jouer les trouble-fête. Même si l’on peut être très réservé sur le chiffrage des programmes effectués par certains économistes (–mieux vaudrait dire des économètres–), car l’économie c’est avant tout l compréhension des logiques de comportement (voir «Le carnaval des chiffres»), il faut bien constater que ce jeu du «Combien ça coûte ?» a remporté un vrai succès. Les candidats et leurs entourages se sont sentis précipitamment obligés de raboter, de compenser ou d’étaler dans le temps leurs promesses.

Il est vrai que compte tenu de notre endettement et de nos déficits, la campagne aurait dû s’engager sur les moyens de «dépenser moins» plutôt que dans la surenchère des nouvelles dépenses publiques.
Mieux encore, elle aurait dû– nous ne cessons de le répéter depuis le début de cette campagne – poser d’abord la question de la croissance.

Or à bien chercher dans tous les programmes de nos candidats, on ne voit aucune vision cohérente, aucun programme de propositions articulées susceptibles de doper notre croissance anémique.
Paradoxalement, la candidate socialiste - dont on n’attendait pas grand chose- a fait entendre une douce musique libérale. On ne peut qu’être ravi de l’entendre dire «qu’il faut changer, de toute urgence, notre façon même de concevoir la création de valeurs et de richesses», que «l’inventivité des entrepreneurs doit être, reconnue», que «nous avons les moyens de relancer la croissance et la machine économique». Ou encore lorsqu’elle propose «Ensemble, nous allons donner un coup de jeune à cet Etat colbertiste, jacobin, centralisé à l’excès, croulant sous le poids des ans, des bureaucraties inutiles et des réglementations trop complexes» ou enfin «Ensemble, nous allons mettre l’Etat à l’heure de ce désir d’autonomie, de responsabilité civique et de liberté que j’ai senti monter d’un bout à l’autre de la France.» Malheureusement, les paroles ne s’accordent pas avec la musique. La quasi-totalité des mesures qu’elle propose sont des mesures bureaucratiques, anti-entreprises, anti-croissance, anti-emploi et le plus souvent très coûteuses.
Nicolas Sarkozy a fait, on le sait des heures supplémentaires (que l’Etat est appelé à subventionner), le sésame de la croissance. Ce à quoi Ségolène Royal, dans une vision archaïque du partage du travail, a répondu que permettre à certains de travailler plus c’est réduire les chances d’emploi des autres !

Mais comme le dit ce bon Doc Gynéco, dont on a, bien à tort, raillé le simplisme : «Le chômage est facile à résoudre, il suffit de créer du travail.» En fait, tant pour faire des heures supplémentaires que pour créer des emplois, il faut d’abord créer un besoin de travail supplémentaire. Dans la métallurgie, une convention gagnant-gagnant habilement négociée a permis de porter le contingent annuel d’heures supplémentaires à disposition de l’employeur à 220h/an et même sur volontariat du salarié à passer la durée annuelle du travail de 1607 heures à 1920 heures. Mais, faute de croissance, cette possibilité contractuelle - qui de fait enterre les 35h – reste très largement sous-utilisée.

Vouloir «réhabiliter le travail» ne suffit pas. Dans la société mondiale de la connaissance, la société créative - quelque soit le nom qu’on lui donne - le travail du plus grand nombre dépend de la créativité d’un plus petit nombre, de sa capacité à imaginer, créer des produits et des services nouveaux, de nouvelles façons de produire, de vendre ou de distribuer. Et ces créateurs de valeur ajoutée ont besoin d’une fiscalité plus légère pour les stimuler, d’espaces de marchés de concurrence plus ouverts pour augmenter les opportunités, de règles plus souples pour réagir et s’adapter en permanence à un monde en pleine mutation.

Une politique économique ce n’est pas une collection de mesures disparates. C’est quelques orientations claires en phase avec le monde, quelques pistes de réformes simples à comprendre. On en cherche encore la trace dans les programmes de candidats. Désespérément...

Alain Madelin

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15 idées simples pour ruiner la France
Précipitez-vous pour acheter ce petit livre pas cher (5€), tonique et agréable à lire dans lequel Sophie de Menthon, la très libérale présidente d’Ethic, donne 15 recettes pour ruiner la France.
Des recettes dans lesquelles les heureux lecteurs retrouveront, hélas, tout ou partie des programmes des principaux candidats. Avec en plus, sur chaque thème, des contre-propositions de bon sens.

Stratégie fiscale
Dans le Figaro, Philippe Marini, Sénateur de l’Oise, et rapporteur général du Budget analyse le discours de Ségolène Royal et particulièrement ses propositions fiscales : «Chez Ségolène Royal, comme dans les propositions qui lui ont été remises par ses experts, il y a une tendance persistante à plaider pour une exception française, alors que nos frontières sont ouvertes, que nous faisons partie, avec nos partenaires de l’Union européenne, d’un seul et même marché intérieur et que les assiettes fiscales sont de plus en plus délocalisables. Ce grave sujet, qui est, à mon avis, au centre de toute stratégie fiscale, est totalement ignoré.»
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Le carnaval des chiffres
Notre ami Jacques Garello s’élève à juste titre contre le débat sur le chiffrage des programmes des candidats qui occulte le débat sur les logiques économiques qui sous-tendent leur choix. «Les chiffres cachent les problèmes de la société française comme l’arbre cache la forêt. Prévoir tant de milliards pour l’école, ou pour les hôpitaux, ou pour le logement, c’est ignorer les vraies questions. C’est oublier que le système scolaire ne peut se réformer dans le cadre d’un service public éliminant toute liberté de choix des familles, toute autonomie de gestion, et toute concurrence entre établissements. Ce ne sont pas les milliards qui m’intéressent, mais la liberté scolaire: pourquoi ne pas en parler ? (...) Les chiffres sont un masque de carnaval. Passez beaux masques ! Comme disait Bastiat, il y a ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas. On ne voit pas que l’économie ne se nourrit pas de chiffres, mais de logique des comportements.»
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L'ennemi, c'est l'impôt
A lire dans Les Echos la tribune d’Hervé Novelli et de Luc Chatel : «Augmenter les impôts pour financer de nouvelles dépenses et surtout ne rien changer à nos modes de gestion. C'est la politique de la résignation ; c'est surtout la politique qui, ces trente dernières années, a échoué, qui n'a pas enrayé la montée du chômage ni réglé celle de l'exclusion, et encore moins permis de renouer avec une croissance forte et durable.»
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Travail et capital dans un même bateau

Dans le Point, Jacques Marseille rappelle que : «sur le long terme, travail et capital voguent sur le même bateau». Contrairement à ce qui est souvent affirmé, la part du capital n’augmente pas au détriment de la part du travail. «Quel que soit le pays considéré, ou la période, pourvu qu'elle soit assez longue, la part du travail dans le gâteau national s'établit aux alentours des deux tiers, le tiers restant revenant aux capitalistes. Ainsi, que l'on considère les Etats-Unis, le royaume du « profit rapace», ou le Danemark, le modèle à la mode d'une social-démocratie tempérée, les chiffres sont toujours les mêmes : 70 % pour les travailleurs, 30 % pour les capitalistes. De même, si l'on considère la France du plein-emploi des années 60 ou la France des années 90, avec son chômage de masse, la même répartition ressort.»
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