La Lettre des Cercles Libéraux, du 24 février 2006

Un nouveau droit pas très adroit
Le CPE peut être un « coupe file » qui facilite l’embauche des jeunes, il reste cependant une réponse maladroite à un vrai problème.

Après le CNE, le CPE est la réponse apportée par le gouvernement à un vrai problème : celui du bon fonctionnement du marché du travail. Assurément les craintes d’une entreprise, et tout particulièrement d’une petite entreprise, de ne pouvoir licencier demain pour de véritables raisons économiques ou personnelles un salarié embauché aujourd’hui (en raison de la complexité du droit et du coût financier) pèsent sur l’embauche.
Cependant, s’il faut reconnaître au CPE après le CNE la vertu de poser cette question, la solution proposée par le gouvernement est loin d’être satisfaisante pour les libéraux.

D’un point de vue économique d’abord. Répétons le, ce ne sont pas les politiques de l’emploi qui créent des emplois mais les politiques économiques tournées vers la croissance (dont les deux piliers sont la fiscalité et l’ouverture à la concurrence). Certes, un bon fonctionnement du marché du travail est nécessaire, mais en l’absence de croissance et de création d’emploi les politiques de contrats aidés – quelqu’en soit l’appellation – ne font que déplacer les emplois. Le CPE n’échappe pas à cette règle : son impact essentiel consiste à changer la place des jeunes dans la file d’attente devant les guichets d’embauche. Massivement subventionné, juridiquement attractif (?), le CPE est un "coupe file" pour les jeunes de moins de vingt six ans relégués aux dernières places de cette file d’attente. Même s’il est aussi un plus par rapport à différentes formes de contrats précaires (et l’on peut même penser qu’à la marge il pourra permettre à certains entrepreneurs de créer des emplois, essentiellement en raison du rabais sur le coût du travail qu’il leur offre), il déplace les emplois plus qu’il ne les crée.

Sur le plan juridique, la polémique essentielle porte sur le fait que l’employeur pourra librement licencier un jeune embauché en CPE sans avoir - apparemment - à fournir de motif.
Certains craignent non sans raison que ce nouveau contrat «low cost, low protection», viennent faire une concurrence déloyale, (revoilà le fameux dumping social!) au CDI, le «mauvais» contrat chassant le «bon».
De son côté, le gouvernement fait légitimement observer que ce nouveau contrat offre par rapport à d’autres formes de travail précaires un ensemble de garanties nouvelles (préavis et indemnités qui augmentent avec l’ancienneté ; indemnisation du chômage dès le 4éme mois ; droit individuel à la formation dès la fin du 1er mois ; accès facilité au crédit et au logement).
La réalité juridique est plus complexe car si l’employeur n’a pas à fournir de motif pour un licenciement dans le cadre du CPE, il doit cependant pouvoir le justifier en cas de contentieux. La possibilité de licenciement sans motif n’exclut pas l’obtention de dommages et intérêts pour comportement blâmable. Et s’il s’agit de motifs disciplinaires, les droits de la défense devant pouvoir être assurés, un licenciement sans motif déclaré deviendra paradoxalement fautif. De fait, il est vraisemblable qu’un élémentaire principe de précaution juridique conduira les employeurs à motiver leur licenciement.

D’un point de vue politique enfin. Dans un contexte intellectuel français ou l’on oppose volontiers -et à tort- Le «libéral» et le «social», la réputation antisociale du CPE proclamée par ses opposants tend à faire passer ce contrat pour le produit d’une politique libérale.
Aussi n’est-il pas inutile de rappeler les quelques principes de base de ce que serait vraiment une politique visant à libéraliser le marché du travail.
S’agissant du licenciement, aucun libéral ne saurait proposer une quelconque forme de contrat permettant un licenciement arbitraire sans motif déclaré.
En revanche, il est clair qu’il est nécessaire de recadrer «la cause réelle et sérieuse» de licenciement dont l’interprétation jurisprudentielle est devenue trop restrictive. La Cour de Cassation vient de commencer à le faire dans une conception de la cause économique plus proche de la réalité des entreprises.
Face au paradoxe qui fait qu’il est aujourd’hui plus facile de divorcer que de licencier, il est nécessaire d’offrir aussi une possibilité de séparation amiable et transactionnelle qui ne soit pas obligée de passer par la mise en scène préalable d’un licenciement.
Enfin, en cas de licenciement jugé fautif par rapport à la cause «réelle et sérieuse», il serait souhaitable que l’indemnité puisse être laissée à l’appréciation du juge en fonction de la réalité du préjudice en supprimant le niveau minimum de six mois de salaire, comme c’est d’ailleurs le cas pour les ruptures anticipées de CDD.

Ces quelques modifications permettraient de rendre le CDI plus attractif et tendraient à en faire le contrat le plus usuel pour les entreprises grandes ou petites.
Et à ces dispositions générales s’ajouteraient d’autres dispositions contractuelles conventionnelles laissées à la libre négociation des partenaires sociaux en fonction des réalités professionnelles et du degré de subordination plus ou moins grand des salariés.
Notre droit du travail hérité de la civilisation de l’usine doit aujourd’hui s’adapter aux réalités économiques de la société du savoir et de la créativité. Il ne le fera pas autour de l’idée chimérique d’un contrat de travail unique pour tous les salariés mais au moyen d’une grande diversité des contrats autour de quelques principes d’ordre public

Alain Madelin

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Un projet libéral pour l’école ?
Les libéraux noteront avec satisfaction les propositions de Nicolas Sarkozy et de l’UMP lors de la Convention de ce mouvement consacré à l’éducation : développer l’évaluation ; favoriser l’autonomie des établissements ; supprimer à terme la carte scolaire ; donner une très large liberté pédagogique aux enseignants ; faire confiance à l’expérimentation ...
Autant de préconisations qui sont depuis longtemps celles des libéraux. Autant d’idées qui furent aussi naguère proposées dans les programmes de la droite dont il est dommage que les ex-ministres de l’éducation nationale présents à la convention UMP n’aient pas cru devoir les mettre en oeuvre.
Quoi qu’il en soit l’orientation est la bonne.
Et pour aller plus loin l’on trouvera dans les propositions des libéraux notamment sur le statut d’autonomie des établissements des modalités concrètes de mise en oeuvre.
Voir le dossier pour faire bouger l'école

Sur la question de liberté de choix des parents de l’école de leurs enfants on trouvera aussi une réponse argumentée à la question posée aux partisans de la suppression de la carte scolaire
«comment l’on fera lorsque tous les parents voudront inscrire leur enfant à Henri IV ?».
Pour une plus grande égalité des chances





>> HUMEUR :
Si le vote du Parlement européen du compromis sur la libéralisation des services ne signifie pas la déroute de la Directive Bolkestein (il s’agit plutôt d’une demi victoire), il constitue à coup sûr un acte fondateur d’une véritable prise du pouvoir du Parlement européen.
Ce Parlement qui espérait voir son pouvoir renforcé par une Constitution européenne actuellement en panne cherche aujourd’hui à renforcer son pouvoir face à la Commission et au Conseil. Ce que certains qualifieront de victoire de la « démocratie européenne » n’est pas en soit une très bonne nouvelle quand on sait que le moteur essentiel de la libéralisation des échanges dans un marché unique a toujours été la Commission européenne (avec la Cour de Justice). Cette montée en puissance d’une assemblée davantage sensible aux lobbies protectionnistes a de quoi inquiéter. Certes, aujourd’hui ce nouveau pouvoir s’affirme dans le cadre d’un compromis droite-gauche qui en atténue les dangers mais il pourra demain être celui d’une majorité plus idéologique qui voudra faire la loi pour tous les Européens.


>> LE CHIFFRE >> LA CITATION

40 000

La France crée 40 000 emplois par an contre plus de 2 millions aux Etats-Unis (en moyenne sur ces deux dernières années). Et tout cela sans dispositif pour favoriser l’emploi des jeunes ni de fonctionnaires pour aider les entreprises.

Le plus grand soin
d'un bon gouvernement
devrait être d'habituer
peu à peu les peuples
à se passer de lui
.

Alexis de Tocqueville

Emplois de service (suite)
Nous avions fait l’éloge du plan Boorlo sur les emplois de service dans notre dernière lettre "Bravo Boorlo", Paul Fabra dont nous apprécions chaque semaine la chronique dans les Echos est d’un avis contraire «totalement irresponsable» écrit-il. Nous nous devons de vous livrer son analyse.
Lire suite

"Tu vois mec, quand tu gagnes du fric en bossant, ben t'as envie de bosser !"
«Pour créer des emplois, il ne faut pas chercher à en créer, mais il faut créer les conditions qui permettent aux entreprises de créer de la richesse, et c’est seulement dans ces conditions qu’elles embaucheront. Le facteur déclenchant la création d’emploi est le fait que les personnes qui travaillent puissent enfin gagner de l’argent ! La création d’emploi est la résultante d’une politique de création de richesse et non pas d’une politique pour l’emploi.»
Lire la contribution de notre ami Jean Pierre Chevallier

Le plan pour l’emploi : une erreur monumentale
«Introduire plus de flexibilité dans les contrats de travail améliore la réactivité des entreprises aux variations conjoncturelles, ce qui est a priori positif et très libéral, mais les entreprises n’embauchent pas davantage de salariés si la demande faiblit» écrit Jean Pierre Chevallier qui ajoute «Le niveau de culture économique et financière des Français est dramatiquement nul (y compris dans le microcosme libéral), ce qui leur est fatal ! En effet, personne ne dénonce avec pertinence cette erreur monumentale qu’est ce plan pour l’emploi».
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A LIRE
La Grande Nurserie
de Mathieu Laine,
Editions JC Lattès
L’Economie Politique en une Leçon
de Henry Hazlitt
Editeur l’Institut Charles Coquelin
En France l’Etat est une nounou ! C’est le constat alarmant de Mathieu Laine qui, en illustrant ce propos par des exemples concrets (Obésité, alcool, cigarette, piscines, sécurité, contrat de travail, logement, patriotisme économique, discriminations) s’inquiète de la spirale interventionniste et sécuritaire de l’Etat. Face à cette infantilisation des citoyens qui étouffe la croissance économique et anéantie l’esprit de responsabilité, il rappelle que l’Etat ne peut pas tout.
Et si l’économie politique était passionnante après tout ? Hazlitt en fournit une démonstration dans ce livre enfin réédité soixante ans après sa parution et qui n’a rien perdu de son actualité, de sa fraîcheur et de sa vigueur.
«Je ne connais aucun autre livre moderne dont on puisse apprendre autant de vérités économiques en un temps si court» a écrit F.A. Hayek à propos de ce livre.

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