| La France, a longtemps été le pays de l'égalité
des chances et du progrès social, le pays de la réussite et de
la mobilité sociale. Et pourtant, la France aujourd'hui est un
pays d'exclusion, de chômage de masse et de panne du pouvoir d’achat.
Un pays où trop d’hommes et de femmes se retrouvent sans emploi,
sans perspective d'avenir. Un pays où trop de parents s'inquiètent
pour l'avenir de leurs enfants.
Et pourtant,
ce n’est pas faute de multiplier les lois, les mesures et les
dépenses publiques. Plus de la moitié des revenus des français
est prélevée sous forme d’impôts, de cotisations sociales et de
dettes. Plus du tiers des revenus des ménages est le produit de
transferts sociaux.
Notre situation sociale est le résultat d’une politique, qui en
réalité, ne varie guère malgré les alternances et les cohabitations.
Nous allons toujours dans le même sens, celui du toujours plus
de dépenses publiques, des mêmes politiques d’aides, de subventions,
et de traitement social du chômage en mobilisant pour cela tout
l’arsenal dirigiste de la technocratie française.
Le
problème de la droite c’est qu’elle a tendance à confondre politique
sociale et politique socialiste qu’elle a du mal à s'affranchir
des idées socialistes qu’elle a hier empruntées, et qu’elle garde
une vieille tendance à s'incliner devant des idées qui ne sont
pas les siennes.
Les mesures
socialement douloureuses reprochées au gouvernement ne sont pas
le résultat de réformes libérales, mais le produit de leur absence.
Le résultat de la politique sociale de la « droite »
apparaît trop souvent comme une politique visant à brider les
salaires et rogner les avantages sociaux.
Car faute
de croissance, faute de réformes profondes de l'État et de nos
systèmes publics, on en est réduit à pratiquer une politique de
la hache budgétaire dans les budgets de l’Etat et les budgets
sociaux.
Une politique
ou, les maigres économies réalisées ici et là apparaissent d’autant
plus injustes qu’ont les comparent aux distributions faites par
le même gouvernement aux catégories les plus influentes ou les
plus menaçantes, dans un système ou, au bout du compte les politiquement
forts exploitent les politiquement faibles (1).
Nous savons
qu’à côté de la France active, de la France exclue, comme de la
France protégée, il existe une autre France, celle de la galère
quotidienne et des fins de mois difficiles, de l’exclusion et
de la panne de l’ascenseur social.
Cette France
qui souffre, les libéraux sont à ses côtés autant que d'autres
et même davantage que d'autres parce que ils savent que la première
des politiques sociales c'est la croissance, l'emploi et la promotion
individuelle qu’elle engendre.
D’ailleurs, contrairement à une opinion souvent dominante,
l’idée de justice sociale est inhérente à l’histoire des idées
libérales (2).
Les institutions d’esprit libéral constituent le socle de notre
modèle social même si les dernières décennies ont été marquées
par une intervention croissante de l’Etat tant dans le fonctionnement
de ces institutions et leur centralisation que dans le domaine
de la politique contractuelle.
Pour reconstruire aujourd’hui un Etat social, la meilleure voie
consiste à revenir à ses sources libérales afin de retrouver le
bon équilibre entre liberté, solidarité et responsabilité.
Pour libérer la croissance et l’emploi la meilleur
voie consiste à faire confiance aux libertés économiques et à
les mettre en oeuvre dans le « sursaut » réformateur
qu’exige aujourd’hui notre situation.
LA CRISE DE L’ ETAT PROVIDENCE
Notre Etat-providence est à bout de souffle.
Il est devenu de plus en plus coûteux, de moins en moins efficace
et de plus en plus injuste. Il a fini par se retourner contre
ceux qu’il entendait aider en enfermant des familles entières
dans la dépendance et la pauvreté, au risque d’une déstructuration
familiale dangereuse et d’une transmission d’une culture d’assistance
de génération en génération.
Ceux qui
ont créé notre système d'État-providence ont assurément obéi à
l'esprit de leur temps et leurs oeuvres ont comporté des aspects
indéniablement progressistes. Mais, aujourd'hui, l'État-providence
est en crise. Ce qui fut progrès hier ne l’est plus aujourd'hui.
Il
faut avoir le courage de remettre radicalement en cause les structures,
les mécanismes et l’esprit même de l’Etat providence.
Cette crise est d'abord une
crise financière car il est évident que « le
toujours plus » des prélèvements obligatoires à franchi depuis
longtemps la limite du supportable. « Ce toujours plus »
de dépenses sociales qui a longtemps été indolore car financé
par l'inflation, avant de l’être par l'augmentation des impôts
et de la dette, est aujourd'hui dans l'impasse. Les marchés financiers
sont venus à bout de l’inflation, on ne peut plus guère augmenter
les impôts, ni pratiquer la fuite en avant dans l'endettement,
c'est-à-dire reporter la charge sur les générations futures.
La France est bloquée dans un véritable cercle vicieux :
des charges trop lourdes contribuent à créer le chômage, lequel,
provoque l'augmentation des charges, qui à leur tour aggravent
encore le chômage.
Quand, aujourd'hui,
plus de la moitié du revenu du travail des Français est prélevée
par l'État sous forme d'impôts et de cotisations sociales, tandis
que plus d'un tiers du revenu disponible des ménages est le produit
de transferts sociaux, il faut rompre avec cette dérive et faire
d’autres choix.
C'est une crise d'efficacité car nos
mécanismes de protection sociale sont entrés dans la phase des
rendements décroissants. De plus, les effets pervers, liés aux
seuils, aux cumuls des aides ou à l'apparente gratuité de certaines
prestations se multiplient. Les transferts de plus en plus massifs
ne profitent pas aux plus pauvres qui devraient pourtant en être
les premiers bénéficiaires.
Entre le chômage et la remise en cause de nos rigidités institutionnelles,
nous avons préféré le chômage.
Cette crise est aussi une crise de société quand les
prestations sociales représentent près du tiers du revenu des
ménages entraînant par ce biais une dépendance toujours plus grande
du citoyen vis-à-vis de l'État et contribuant à développer dans
une bonne partie de la population une mentalité d'assisté que
d'aucuns constatent et dénoncent.
Quand on enferme des familles entières dans l'assistance, quand
on les laisse perdre espoir et baisser les bras, ce n'est pas
de l'argent que l'on gaspille, ce sont des vies que l'on gâche.
Aujourd’hui, ces vies gâchées sont nombreuses, il existe
plus d’un million de Rmistes , 4.8 millions de CMU, sans compter
les personnes bénéficiant des minima sociaux qui était de 3,3
millions (dont 10% dans les DOM) en 1995 et qui sont 6 millions
aujourd’hui.
C'est une crise morale enfin.
S'en remettre à chaque instant à l'État déresponsabilise. L'État-providence
augmente l'État d'indifférence. A quoi bon s'occuper de son voisin
en difficulté, je paie des impôts, les fonctionnaires sont là
pour s’occuper de lui. À quoi bon surveiller ses dépenses, puisque
l'État s’en charge. L'État-providence détruit un tissu social
pourtant riche de communautés intermédiaires, il affaiblit la
solidarité et la responsabilité.
UNE
NOUVELLE APPROCHE DE LA JUSTICE SOCIALE
DANS UN MONDE NOUVEAU
Le monde change, la société bouge
Progrès
social et progrès économique sont indissociables. Or nous vivons
aujourd’hui une mutation profonde de notre société. Après la révolution
agricole, puis la révolution industrielle, voici la troisième
grande vague de changement dans l’histoire de l’Humanité.
La mondialisation
de l’économie, la réduction des distances et l’accélération du
temps, la révolution des technologies de l’information annoncent
une nouvelle civilisation. A la civilisation de l’usine va succéder
celle du savoir.
Nous vivons
la révolution d’une économie globale où capitaux et informations
ne connaissent plus de frontières ; une économie où ce ne
sont plus tant les matières premières ou les sources d’énergie
qui comptent, mais, de plus en plus, le savoir, le travail, l’organisation.
Nous entrons dans un monde où, plus que jamais, ce qui va compter,
la source des richesses, les capacités d’imagination et de créativité
des hommes.
Le XXIème
siècle apporte avec lui la promesse d’un monde qui fera davantage
confiance à l’homme, d’un monde qui remet l’homme au cœur de la
société. Les nouveaux horizons de la science apportent en effet
non seulement de nouvelles chances de prospérité, d’emplois et
de croissance, mais encore une croissance d’un nouveau type :
une croissance plus soucieuse de l’homme et de son environnement,
lui offrant de nouvelles possibilités d’être et d’apprendre. Une
croissance créatrice de nouveaux produits, de nouveaux services,
donc de nouveaux métiers, et porteuse d’une culture plus accessible.
Dans ce monde nouveau, la prospérité d’un pays dépend plus que
jamais du degré de liberté et de confiance que l’on place en l’homme,
de la manière dont on reconnaît la valeur de chaque personne,
des moyens que l’on consacre pour donner à chacun sa place et
sa chance.
A l’aube
de ce nouveau bond de civilisation, la France n’arrive pas à se
débarrasser du modèle d’organisation et de décision hiérarchique
qui est le sien depuis si longtemps.
Pour tirer
profit de cette mutation, de cette nouvelle croissance portée
par l’innovation et la destruction créative (Shumpeter) et une
meilleure organisation des talents à l’échelle mondiale (Ricardo)
il nous faut – à contre courant de beaucoup d’idées reçues - accepter :
-> la destruction créatrice
La destruction nécessiare des activités dépassées où non rentables
engendre des réflexes protectionnistes qui jouent contre la croissance
et le progrès social.
-> les
inégalités fécondes
Dans une période d’innovations techniques et de mondialisation
créatrice de nouvelles richesses, il faut accepter que la récompense
de l’initiative, des efforts et du risque creusent provisoirement
les inégalité si les inégalités ont pour résultat de doper la
croissance qui profitera à tous et tout particulièrement aux plus
pauvres et aux exclus.
-> la concurrence bénéfique
Dans ce nouveau monde, c’est la concurrence qui asservit les entreprises
aux consommateurs doit être considérée comme un facteur créateur
de justice sociale et de gain de pouvoir d’achat car le
partage des fruits de la croissance, favorable aux salariés
et à leur pouvoir d’achat, peut se faire aussi - les périodes
d’inflations nous l’ont fait oublié - par cette autre forme d’augmentation
du pouvoir d’achat que constitue aujourd’hui dans un contexte
de croissance déflationniste analogue au XIXéme siècle :
la concurence et la baisse des prix. Une forme
de partage qui se fait sans discrimination entre ceux qui ont
un emploi et ceux qui n’en ont pas et qui profite aux revenus
les plus modestes.
Il faut repenser la notion de justice
sociale dans une société ouverte
La justice sociale, conçue comme une justice
redistributive fondée sur l'action politique essentiellement correctrice
des inégalités de revenus, est aujourd'hui dans l'impasse. Il
faut repenser la justice sociale dans un contexte nouveau.
Un
vieux monde craque, un nouveau est en train de naître.
Nous passons
de la société close d’hier, à laquelle est associée la notion
de justice redistributive, à une société ouverte, une grande société
composée de millions d’individus qui ne se connaissent pas et
leurs rapports sont nécessairement impersonnels.
Chacun poursuit
le but qui lui est propre et vouloir assigner à chaque personne
un rôle déterminé dans le fonctionnement de la société est contraire
à la liberté.
Dans la
« société ouverte », le consensus doit donc se faire,
non sur les fins, mais sur le respect des règles de juste conduite
applicables à tous.
Cette société
ouverte est porteuse d’une conception éthique exigeante :
il ne peut y avoir d’action juste que si elle ne viole aucun droit
fondamental individuel.
La justice
d’un système ne se mesure pas à ses résultats mais au comportement
des acteurs dans le système. Il n’existe dés lors pas de résultat
social plus ou moins juste, mais des conduites justes ou injustes.
Pour concevoir
dans cet esprit les meilleures institutions possibles, imaginons
une personne débarquant en pays inconnu, dans lequel la place
de chacun, son point de départ dans l'existence, serait déterminé
par un tirage au sort dans une sorte de gigantesque loterie sociale.
Cette personne n'a aucun moyen de savoir si elle sortira favorisée
ou défavorisée de ce tirage.
Chacun cherche
à concevoir le système économique, le système éducatif, le système
de protection sociale, le système de retraite, les plus justes
compte tenu du fait qu'il peut tirer le plus mauvais numéro.
Dans cette
situation de « voile d'ignorance », développée par John
Rawls (3), on peut penser que l'on déterminera
le système à la fois le plus conforme à l'intérêt général et le
plus favorable aux plus démunis.
Cette approche
de la justice sociale cherche à la fois à maximiser les chances
de tous, les chances de chacun tout en veillant à l’intérêt de
ceux qui sont en bas de l’échelle sociale.
Cette approche conjugue solutions de liberté, la justice sociale
et accepte les inégalités fécondes.
Ces inégalités récompensent les talents nouveaux, inventifs, créateurs
de richesse, permettent de favoriser la croissance et donc d’augmenter
le pouvoir d'achat moyen tout en permettant de donner les meilleures
chances de promotion à ceux ou à celles qui sont en bas de l'échelle
sociale (4).
SE
DEBARASSER DES IDEES FAUSSES SUR L’EMPLOI
Nous sommes tellement habitués au chômage et
aux expédients pour lutter contre celui-ci, que l’on a même oublié
la signification économique d’un emploi. On confond emploi et
activité, activité et salaire.
Pour lutter
efficacement contre le chômage, il est nécessaire de se débarrasser
de tout une série de fausses évidences qui viennent brouiller
les esprits à intervalles réguliers et parasiter les politiques
qui vont dans le bon sens.
C’est ce que nous allons tenter de faire en passant en revue les
principaux contresens sur l’emploi.
1 – les faux emplois chassent les vrais
Tous les
emplois ne se valent pas. Il existe des emplois utiles et des
emplois inutiles. Hélas, les statistiques macro-économiques ne
permettent pas de distinguer les uns des autres, ceux qui créent
de la richesse et ceux qui en consomment. Les activités négatives
d’un point de vue économique peuvent être apparemment positives
en matière d’emplois.
Autrefois,
les manuels d’économie apprenaient à les distinguer à partir de
l’exemple célèbre de la « vitre brisée » par un gamin
lanceur de pierre. Elle fournissait certes du travail pour le
vitrier, mais le résultat était globalement négatif pour l’économie
et pour l’emploi, car l’on montrait que l’argent dépensé pour
changer la vitre brisée allait faire défaut à un autre emploi
ailleurs dans l’économie.
Ainsi, maintenir
à grands coups de subventions une entreprise structurellement
déficitaire, non compétitif sur le marché mondial, apparaîtra
comme un « plus » dans les statistiques de l’emploi
de notre production industrielle et de notre balance commerciale.
De même, un contrôle administratif inutile, qui nécessitera bien
évidemment des fonctionnaires pour le mettre en œuvre et du personnel
dans les entreprises pour y répondre, apparaîtra comme un « plus »
en matière d’emploi.
Et pourtant,
dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de gaspillages. Gaspillage
d’une ressource financière qui aurait pu être mieux utilisée ailleurs,
si elle avait été laissée libre entre les mains des consommateurs
ou des investisseurs. Gaspillage aussi du talent des hommes quand
l’ingénieur employé dans une activité déficitaire manquera à la
compétitivité d’une autre industrie. Autrement dit, les
faux emplois chassent les vrais.
La même
logique conduit à montrer que la création d’emplois publics se
fait au détriment d’emplois privés. Des emplois publics sont certes
nécessaires mais il est évident que l’on ne peut en multiplier
à l’infini le nombre car c’est le secteur productif marchand qui
en supporte la charge. Au-delà d’une certaine dose d’emplois publics
indispensables, les nouveaux emplois publics s’analysent comme
un transfert du secteur productif vers un secteur moins productif,
ce qui se paie au bout du compte par du chômage, comme l’ont montré,
pour l’Europe, les travaux de l’OCDE.
Autrement
dit, un emploi créé par l’Etat se fait au détriment d’un autre
emploi (davantage même, car la collecte des impôts nécessaires
et le coût administratif de la redistribution ne sont pas gratuits).
Ce que l'on voit, ce sont les emplois créés grâce à ces subventions
ou ces embauches publiques. Par contre, ce que l'on ne voit pas,
et pour cause, ce sont les emplois détruits ou les emplois que
l'on a empêchés de naître, du fait de l'accroissement des charges
publiques.
2 – Les subventions ne créent pas d’emploi
Le même
raisonnement s’applique encore aux emplois subventionnés. Pour
favoriser l’insertion des jeunes et de bien d’autres catégories
sur le marché du travail, on a recours depuis plus de 20 ans à
diverses exonérations ou subventions (ce qui revient au même)
de façon à abaisser le coût relatif du travail pour l’employeur.
Sans doute est-ce là reconnaître que pour ces catégories un coût
du travail trop élevé constitue une barrière à l’entrée sur le
marché de l’emploi, mais plutôt que d’abaisser cette barrière
on la compense par un transfert public.
Si de tels
coups de pouce peuvent se justifier à la marge pour favoriser
l’insertion, ils deviennent très vite contreproductifs. D’abord,
parce qu’il y a là un enchaînement pervers : en subventionnant
l’insertion des jeunes on décourage l’emploi de travailleurs plus
âgés dont il faudra un peu plus tard subventionner le retour à
l’emploi. Ensuite, parce que la subvention à l’insertion doit
bien être financée par un prélèvement public équivalent (qu’il
convient comme nous l’avons vu d’augmenter le coût non négligeable
de la gestion du maquis des subventions à l’emploi). Ce prélèvement
se fait, là encore, au détriment d’un autre emploi. Si cette somme
était restée dans les mains d’une entreprise, elle aurait servi
à créer des emplois ou à investir, c'est-à-dire à créer des emplois
par ailleurs. Si elle était restée entre les mains des particuliers,
elle aurait servi à consommer ou à épargner et donc à créer sa
contrepartie d’activités et d’emplois. Ce que l’on ne voit pas
encore une fois, c’est l’emploi détruit ou empêché de naître du
fait du prélèvement public.
On dira
que cette somme était de toute façon perdue en indemnités de chômage
ou d’assistance. Cela ne change en fait rien au problème. De deux
choses l’une : ou bien l’emploi créé correspondait pour l’entreprise
à un véritable besoin d’emploi durable et, dans ce cas, le rôle
de la subvention n’aura été que de donner une préférence à Pierre
subventionné contre Paul embauché sans subvention (« l’effet
d’aubaine »). Ou bien l’emploi ne correspondait pas à un
emploi durable et le même problème se retrouvera plus tard une
fois la subvention épuisée.
3 – Travailler moins ne libère pas de nouveaux
emplois
A chaque
aggravation du chômage, revient l’idée de partager le travail.
« Que ceux qui ont un emploi travaillent moins pour laisser
du travail aux autres ! »
Cette idée
du partage du travail, finalement mise en œuvre avec les 35 heures
au coût exorbitant se heurte d’abord à la simple évidence :
ce n’est pas en travaillant moins que l’on fait face aux difficultés.
Ensuite,
il suffit d’observer les pays les moins touchés par le chômage
: ce ne sont pas ceux qui travaillent le moins, au contraire.
Aux Etats-Unis et au Japon, on travaille davantage – respectivement
200 à 350 heures de plus – et pourtant le chômage y est nettement
inférieur. A notre porte, face à un chômage qui s’aggrave, les
Allemands qualifient « d’erreur du siècle » leur marche
vers les 35 heures et réagissent en se proposant de « travailler
plus » et de revenir au 40 heures.
Enfin, la
simple leçon de notre propre expérience : depuis 10 ans,
et tout particulièrement avec les 35 heures, nous n’avons cessé
de réduire la durée du travail, sans résultat. La baisse de la
durée hebdomadaire du travail, la généralisation de la cinquième
semaine de congés payés, l’abaissement de l’âge de la retraite,
la multiplication des pré-retraites au travers des plans sociaux,
n’ont pas réduit le chômage. Au contraire !
4 – Le progrès ne supprime pas les emplois, il
les transforme
La recherche
incessante de la compétitivité nous donne parfois le sentiment
que le progrès est synonyme de destruction d’emplois.
Il y a pourtant
belle lurette que l’on sait, notamment avec Alfred Sauvy, qu’il
s’agit là d’une illusion d’optique.
L’emploi
n’est pas une fin en soi, indépendante de la création de richesse.
On pourrait certes remplacer les camions par des brouettes ou
les photocopieurs par des papiers carbones, mais tout le monde
comprend que ce serait au prix d’une formidable régression économique.
En réalité,
la productivité du travail entraîne à la fois la croissance économique
et la croissance du nombre d’emplois. Telle est la thèse dont
l’économiste Alfred Sauvy a été l’inlassable défenseur et que
l’histoire confirme.
Le progrès
technologique, les gains de productivité ont toujours un bénéficiaire :
l’entreprise ou le consommateur. Si ces gains sont libres de se
déverser vers d’autres activités, dans le secteur marchand, ils
font surgir de nouvelles industries et de nouveaux services pourvoyeurs
d’emplois ( ceci est moins vrai si ces gains sont largement confisqués
pour alimenter la dépense publique et s’il existe des obstacles
à la création d’emploi de service ).
C’est ainsi
que l’économie a pu absorber la constante diminution des actifs
agricoles depuis 50 ans ou l’arrivée massive des femmes sur le
marché du travail en déplaçant l’activité vers l’industrie, puis
vers les services.
Si aujourd’hui
les progrès de l’industrie sont souvent destructeurs d’emplois,
le mouvement vers les services est freiné (pour autant que la
distinction services-industrie reste pertinente). Et ce pour deux
raisons : d’une part, parce que la fiscalité, les charges
et la réglementation écrasent les services aux particuliers ;
d’autre part, parce que de larges secteurs des services, santé,
éducation, aide sociale sont soustraits au marché.
Il est significatif
que d’autres pays – comme le Japon ou les USA – où la grande industrie
est souvent plus robotisée mais où les prélèvements obligatoires
et le secteur administré sont inférieurs, obtiennent de meilleures
performances que nous en matière d’emploi.
| Les emplois d’utilité sociale
Depuis longtemps, tous les gouvernements
ont initié - sous des formes plus ou moins heureuses
– des emplois sociaux au service des collectivités locales
ou des associations (TUC, CES, emplois jeunes...). Certes
il s’agit là d’emplois largement artificiels car totalement
dépendants des subventions qui les font naître.
A condition de réserver ces emplois
( ce n’était pas le cas des emplois jeunes ) à celles
et ceux pour lesquels un chômage prolongé ne permet
pas d’insérer ( ou du moins d’insérer directement )
dans un vrai emploi dans une vraie entreprise ces « emplois »ont
une utilité sociale.
Chaque fois qu'on le peut, il faut
transformer les revenus d'assistance en revenu d'activité
au service, d'une collectivité locale, par exemple.
Cela doit se faire, non dans un souci
d'économies budgétaires, mais dans une préoccupation
de dignité. En effet, avec le travail, il y a la dignité
du travail, la considération des autres, l’estime que
l'on se doit soi-même et le sentiment de participer
à la société.
Mais, au-delà de cette première activité
d'utilité sociale, il faut chaque fois qu’on le peut
donner aux personnes la possibilité d'effectuer un contrat
de travail dans une entreprise ou de bénéficier d’une
formation ou encore d’un travail indépendant dans un
parcours d'insertion. |
5 – La mondialisation n’est pas synonyme de destruction
d’emplois et de bas salaire
L'effet
du chômage, on le voit bien, est d'accroître la tentation protectionniste.
Une tentation d'autant plus forte, d'autant plus naturelle, que
chacun d'entre nous pense pouvoir constater, que la destruction
d'emplois est due aux importations ou aux fameuses délocalisations.
Mais, c'est
oublier tous les emplois que nous devons à nos exportations. Importations
et exportations sont les deux faces d'une même médaille. On ne
peut, en effet, se développer sans acheter et exporter, mais aussi
sans importer.
Aux inconvénients visibles de la concurrence de certaines importations
correspondent des avantages qui, s'ils restent invisibles, n'en
sont pas moins certains.
S'il y a importation, c'est que le consommateur y trouve intérêt.
En général, un produit moins cher. Le bénéfice qu'en tire ce consommateur
lui permettra d'acheter un autre produit, dans un autre secteur
ou de transformer cette économie en épargne, laquelle nourrira
de nouvelles entreprises et contribuera à créer de nouveaux emplois.
Les libéraux
refusent l'idée selon laquelle, face à la mondialisation et l'émergence
de nouveaux pays en développement, il nous faudrait, pour être
plus compétitif, baisser toujours plus le coût du travail ou les
salaires des Français. Cette vision des choses est erronée et
dangereuse.
COUT DU TRAVAIL ET BAISSE DES CHARGES
Dans le nouveau monde qui se dessine,
la compétition se fait de moins en moins sur le coût du travail
et de plus en plus sur l'innovation, la créativité, la mobilisation
de la matière grise intégrée à la création d'une valeur ajoutée
nouvelle.
Pour
cela, nous voulons tirer l'économie vers le haut, fabriquer un
pouvoir d'achat nouveau en utilisant pleinement le talent, l'initiative,
le travail de tous ceux qui sont les plus créatifs et les plus
entreprenants.
On entend
souvent dire que les salaires des Français sont trop élevés par
rapport à ceux des nouveaux pays à bas salaires, avec lesquels
nos entreprises se retrouvent aujourd'hui en concurrence.
On ajoute volontiers que le niveau très élevé des charges sociales
pénaliserait l’emploi. En renchérissant le coût du travail français
par rapport aux autres pays, il représenterait un handicap très
sérieux dans la course à la compétitivité internationale.
Faut-il donc baisser les salaires ou du moins le coût du travail,
à coups de subventions publiques pour lutter contre cette concurrence ?
Il est évident qu’agir ainsi serait absurde. Tout simplement,
parce que dans le cadre de la nouvelle croissance ce n'est plus
la masse salariale versée par les entreprises, qui est le principal
facteur de leur degré de compétitivité. La concurrence se fait
de moins en moins sur le coût de la main-d’œuvre, et toujours
plus par l'innovation, la mobilisation de la matière grise, intégrées
à la création de valeur ajoutée nouvelle.
En
matière d’emploi, ce qui compte ce n’est pas le niveau des charges
sociales payées par l’entreprise, mais le coût total du travail.
Certes, les charges sociales payées par l’entreprise sont plus
élevées en France que chez beaucoup de nos partenaires. Mais cela
ne suffit pas à expliquer notre chômage. Ce qui compte pour un
employeur, ce n’est pas le niveau des charges sociales, en lui-même,
mais le coût total du travail (salaire direct + charges).
Or
le coût total du travail n’est pas en France globalement plus
élevé que la moyenne de nos principaux partenaires.
Mais,
il est vrai qu'il est trop élevé aux deux extrêmes. En bas de
l'échelle des salaires, nous avons érigé une barrière à la création
d’emplois à faible valeur ajoutée et, en haut, nous surtaxons
notre matière grise.
Le
problème du coût du travail c’est d’abord celui des charges et
des impôts qui pèsent sur le travail hautement qualifié
Ainsi, en haut de l’échelle des salaires, nous
surtaxons notre matière grise et le travail hautement qualifié
( mais comme on sent bien qu'il y a là un problème et comme l’on
ne peut pas ou du moins, l'on n’ose pas baisser franchement les
taux d'imposition marginaux, on multiplie les exonérations et
les déductions fiscales.)
Depuis leur
déplafonnement, les cotisations sociales (sauf retraite) sont
devenues l’équivalent d’un impôt proportionnel sur les salaires.
Toutefois, une fraction de plus en plus grande des prestations
étant distribuée sous conditions de ressources, il en résulte
que le système évolue vers une structure de nature progressive.
Le travail
de ceux qui apportent le plus à la création de valeur ajoutée
nouvelle est davantage taxé que celui des autres.
Pour le
travail très qualifié à forte valeur ajoutée, il existe en France
un taux marginal de prélèvement global (charges sociales + fiscalité
progressive) qui atteint aujourd’hui le record des pays industrialisés.
Le total des prélèvements fiscaux et sociaux peut dépasser 70%
sur le travail le plus qualifié. Résultat : une aggravation
de la démotivation de ceux qui ont encore la volonté et le désir
d’entreprendre et de créer ainsi du travail pour les autres.
Il est absurde de considérer comme objectif majeur la stimulation
de l’emploi qualifié dans une économie développée et d’aller fiscalement
et socialement à contre-courant. C’est pourtant ce que nous avons
fait depuis deux décennies.
Dans la
compétition internationale, face à la concurrence extérieure d’une
main d’œuvre bon marché, la solution ne consiste pas à chercher
à baisser notre coût du travail au niveau de celui des Vietnamiens
ou des Chinois, mais à mettre toujours plus de valeur ajoutée
dans nos produits ou nos services.
Si
dans la nouvelle croissance la matière grise fait la différence,
surtaxer le travail hautement qualifié, c’est brider la croissance
et le progrès social.
Le
problème du coût du travail c’est aussi celui du coût des emplois
non qualifiés à faible valeur ajoutée
Il est sûr que le coût du travail des emplois non qualifiés à
faible valeur ajoutée, auquel s’ajoute le coût des contraintes
administratives, constitue une barrière beaucoup trop haute à
l’entrée sur le marché du travail (particulièrement pour les activités
de service à faible valeur ajoutée).
Cette barrière
à l’emploi porte chez nous un nom : le SMIC que de nombreuses
études de l’OCDE, jusqu’au rapport Mattéoli ont mis en cause et
que les gouvernements successifs se sont ingéniés à contourner.
On a fait
du salaire minimum instrument de solidarité nationale qui s’analyse
comme un prélèvement obligatoire, l’entreprise étant invitée à
effectuer un transfert de revenus qui normalement relèveraient
de la solidarité et de l’impôt.
Son mode
d’indexation fait qu’il progresse d’année en année dans des proportions
très largement supérieures, en termes réels à l’indexation sur
l’évolution des prix.
Pour les
économistes, l’existence d’un salaire minimum trop élevé est le
plus sûr moyen d’augmenter le chômage et d’exclure du marché du
travail les plus vulnérables, les moins expérimentés ou les plus
qualifiés.
Décréter
que personne n’a le droit de travailler s’il ne vaut un SMIC,
c’est interdire l’emploi à ceux dont la qualification et l’expérience
ne permettent pas de prétendre d’emblée à ce niveau de salaire.
Ceux dont la productivité est inférieure au SMIC + charges sociales
se retrouvent exclus du marché de l’emploi.
Chaque fois
que l’on déplace ainsi vers le haut la frontière des bas salaires,
on augmente le nombre des « pas de salaires » et on
développe sans le vouloir le travail illégal.
Faut-il
pour autant supprimer le SMIC, instaurer un SMIC-jeune ou un salaire
d’insertion différencié ?
Une telle
remise en cause du SMIC ne paraît aujourd’hui ni souhaitable ni
possible, compte tenu du fait que celui-ci est considéré comme
un revenu minimum pour les Français au travail et qu’il constitue
un élément de consensus social d’autant plus important que nous
sommes en crise.
Cependant,
la mise en place d’un revenu familial minimum garanti 5 serait
de nature à poser le problème sous un autre angle.
Faute de
modifier le SMIC, un certain consensus semble se faire sur l’idée
qu’il faudrait baisser les charges sur les bas salaires.
Ainsi, en
bas de l’échelle des salaires, pour baisser le
coût du travail, à défaut de baisser les salaires, de vastes politiques
de baisse de charges sociales ont été engagées.
Mais en réalité, comme les dépenses sociales ne baissent
pas, de telles politiques consistent à transférer des charges
sociales sur d'autres prélèvements. Tout cela, sans vrai
résultat sur l'emploi et avec de nombreux effets pervers.
-> Ce
transfert de charge pèse au bout du compte sur le travail qualifié
-> Il
en résulte une diminution globale de la productivité
-> En
raison des effets de seuil, ces politiques tirent les
salaires vers le bas. On réduit toujours plus les charges
sociales sur les salariés aux alentours du SMIC. Cette politique
des charges sociales sur les salariés crée « une
trappe à smicard » dans la mesure où, pour
une entreprise, franchir le seuil des exonérations se traduira,
directement, par un bond en avant des charges sociales.
-> Elles
constituent un effet d’aubaine pour de nombreuses entreprises
De plus,
s’il existe des bas salaires à faible valeur ajoutée pour lesquels
une réduction du coût du travail peut se justifier, la même exonération
de charges pour les emplois des industries à forte valeur ajoutée
équivaut à une subvention non justifiée en faveur de ces entreprises.
À dépenses
sociales constantes, il n’existe pas de manipulation miracle qui
rende l'économie plus compétitive et plus créatrice d'emplois.
Toutes les manipulations fiscales et sociales destinées à alléger
les charges sur les bas salaires ne peuvent conduire qu'à taxer
un peu plus le travail qualifié par rapport au travail non qualifié,
à charger un peu plus les entreprises dynamiques et donc à renchérir
le coût du capital et de l'investissement.
Une diminution
des prélèvements sur le travail est souhaitable, mais pour être
efficace elle doit être le résultat d’une baisse des dépenses
et de l’endettement publics.
| La fausse piste de la TVA
sociale
L’idée d’une TVA sociale vient d’être
relancée par un rapport du Sénat mis à l’étude par le
gouvernement.
L’idée est simplissime. Pour lutter
contre la concurrence des méchants produits étrangers
vendus trop peu chers, il suffirait de basculer les
cotisations sociales prélevées sur les salariés dans
un surplus de TVA payée par tous les consommateurs.
Ainsi disent les promoteurs de cette idée : « les
produits étrangers seront mis à contribution pour financer
nos régimes sociaux ».
On est presque gêné de troubler ce
nouveau « politiquement correct » par le rappel,
certes dérangeant, de quelques lois économiques qui
hélas pour nos inventeurs ne se votent pas au Parlement.
1° Ce ne sont pas les produits étrangers
qui paient la TVA, mais les consommateurs. Comme le
dit la vieille sagesse fiscale : « si vous
mettez un impôt sur les vaches, ce ne sont pas les vaches
qui paient les impôts ».
La TVA n’est pas un droit de douane
(comme l’a montré le père de la TVA française, Maurice
Lauré). Rapidement l’augmentation de la TVA est rattrapée
par une augmentation des salaires, les prix et/ou les
monnaies s’ajustent. D’ailleurs si la TVA jouait le
rôle d’un droit de douanes nul doute que nos partenaires
commerciaux nous en auraient depuis longtemps parlé
dans les discussions commerciales internationales. L’exemple
du Danemark, cité dans le rapport du Sénat, car il a
largement effacé ses charges sur les salaires en portant
la TVA à 25%, ne prouve rien, car à l’évidence la France
n’est pas inondée de produits danois devenus moins chers.
Si l’idée de la « TVA sociale »
ressurgit aujourd’hui, c’est parce que compte tenu de
notre absence de réformes, de notre compétitivité déclinante
et d’un euro paradoxalement trop haut (par rapport aux
fondamentaux de la zone euro), certains cherchent désespérément
des mesures équivalentes à une dévaluation monétaire.
Il est évident qu’une baisse de l’euro
de 20 ou 30% effaçant la hausse de l’euro par rapport
au dollar (et aux monnaies rattachées de fait au dollar)
de ces 18 derniers mois, aurait beaucoup plus d’impact
pour les entreprises de main d’œuvre françaises soumises
à la concurrence internationale qu’une hypothétique
TVA sociale.
2° Vouloir effacer la totalité des
charges sociales payées par les entreprises françaises
(environ 200 milliards), suppose d'augmenter la TVA
de 50 points, c’est-à-dire porter le taux normale de
TVA à 69,6% !
L’audace des sénateurs est beaucoup plus modeste (…
et donc l’impact beaucoup plus restreint). Ils proposent
dans un premier temps de transférer 1 point de PIB -soit
environ 15,6 milliards d’euros- de cotisations sociales
employeurs vers la TVA qui verrait ainsi son taux normal
augmenter de "seulement" 4 points.
Mais économiquement cela revient
à prélever 1 point de PIB d’impôt en plus sur les Français
pour le donner en subventions aux entreprises françaises.
Encore que le rapport du Sénat n’est pas clair. Comme
il le note avec une innocence désarmante, « cette
baisse importante des charges sociales rendrait très
largement inutiles les dégrèvements actuellement financés
par le déficit budgétaire et qui représentent de l’ordre
de 17,1 milliards d’euros à la charge de l’Etat ».
Autrement dit, si l’on suit bien, l’opération serait
neutre pour les entreprises, mais elle ne serait pas
neutre pour les consommateurs et si les salariés peuvent
espérer récupérer la hausse de TVA dans une augmentation
de salaire, il en va de même bien entendu des retraites
et des chômeurs.
Après le retour de l’animisme économique
voici les retours des alchimistes. Après les alchimistes
de gauche qui pensaient en finir avec le chômage, avec
les 35h et la transmutation du temps de travail, préservons
nous des alchimistes de droite qui pensent lutter contre
les délocalisations et le chômage grâce à l’alchimie
fiscale de la transmutation des charges sociales en
TVA ! |
PROPOSITIONS POUR LIBERER LA CROISSANCE ET L’EMPLOI
Il n'y a pas de progrès social sans
progrès économique. La meilleure forme de lutte contre l'exclusion
c’est d’avoir un emploi, un véritable emploi dans une véritable
entreprise.
La première des politiques sociales, c'est la politique qui libère
la croissance et la création d’emplois.Le meilleur moyen de retrouver
l'espoir et la cohésion sociale, c’est de multiplier les emplois.
Ceci passe nécessairement par un retour de la confiance dans l’esprit
d’entreprise, dans les libertés économiques et dans la concurrence.
Une nouvelle croissance se dessine partout dans le monde. C'est
une croissance forte. C'est la croissance de la nouvelle civilisation
du savoir et du partage du travail international. C'est une croissance
riche de nouveaux métiers, de nouveaux services, de nouvelles
formes de travail et d'emplois.
Dans ce
nouveau monde, notre économie doit pouvoir fournir à tous les
Français la possibilité d'avoir un travail. Encore faut-il pour
cela éviter d'appliquer au problème du chômage les vieilles analyses
ou les vieilles solutions.
L’économie
est un organisme vivant, elle a en permanence besoin de s’adapter
et ce besoin est d’autant plus fort que nombre d’évènements sont
venus la bouleverser au cours de ces dernières années : les
mutations technologiques, la mondialisation des marchés des capitaux,
le renforcement de la concurrence avec la conversion d’un nombre
toujours plus grand de pays à l’économie de marché et au libre
échange.
Le chômage
est en quelque sorte la facture de nos propres rigidités :
de nos rigidités réglementaires, nos rigidités financières, celles
de nos statuts, de nos administrations publiques, les rigidités
de notre coût du travail, de notre marché du travail ou de notre
Code du travail.
Le paysage
économique de la France du plein-emploi dans ce nouveau monde
sera très différent : il y aura moins d’emplois dans les
grandes unités manufacturières, un tissu beaucoup plus dense de
petites et moyennes entreprises, de nouvelles formes de travail
et d'emplois souples, laissant davantage de place à la diversité
des situations, un fort développement des professions indépendantes.
La nouvelle
croissance, c’est la redécouverte de l’importance de l’homme dans
l’économie, de l’importance de l’incitation à créer des richesses
et à adopter des comportements responsables.
Il faut pour cela reconstituer un système de valeur et renouer
avec les fondements d’une économie de liberté qui stimule l’initiative,
met les hommes en situation de responsabilité, réduit les situations
de dépendance et d’accoutumance à l’assistance, et renoue par
là même avec la philosophie d’un vrai progrès social.
La croissance
et la création d’emplois ne sont pas le fruit d’une génération
spontanée. Ils sont le fruit de l’action humaine.
Ce qui fait
la croissance, ce qui met l’économie en mouvement, ce qui permet
la croissance et l’emploi, ce sont d’abord et avant tout des hommes
et des femmes qui sont plus ou moins motivés à travailler, embaucher,
créer des richesses en faisant preuve de comportements responsables.
En fait,
la compétitivité se joue de plus en plus sur la valeur ajoutée
de la part du travail des hommes les plus innovants, ceux dont
la fonction est de penser à la mise au point des produits, des
services, des métiers de demain, mais aussi à la meilleure manière
de les commercialiser.
Or, avec notre structure fiscale actuelle, ces créateurs de valeur
ajoutés sont ceux sur lesquels, au bout du compte, les prélèvements
fiscaux et sociaux sont de plus en plus lourds. Au risque de voir
un grand nombre d'entre eux se démotiver ou partir à l'étranger.
Notre machine
à produire des biens, des services et des emplois est trop petite,
notre machine à dépenses publiques est trop puissante. Résultat
: trop d'impôts, trop de charges, trop d'obstacles à la
croissance face à trop peu de producteurs, trop peu de créateurs
de richesses, et toujours trop d'obstacles sur leur chemin.
Or, depuis
des années, l’Etat confisque une part toujours plus grande du
revenu et de l’épargne des Français ; et les dépenses publiques
ne cessent de croître.
Au
fil du temps, la feuille de paie a proportionnellement diminué
au profit de la feuille d’impôt, des charges et des taxes de toutes
sortes.
Actuellement, près d’un euro sur deux produits par les Français
est prélevé par l’Etat. Et s’il est vrai qu’un grand nombre de
ménages français, par rapport à la situation de la plupart des
pays étrangers, ne subit qu’un prélèvement relativement faible,
voire nul, au titre de l’impôt sur le revenu. Mais en contrepartie
de cette situation, ces ménages paient sous forme de charges sociales
(et d’impôts indirects) ce qu’ils paieraient dans d’autres pays
sous forme d’impôt sur le revenu.
Résultat
: le salaire réellement perçu après charges sociales semble
souvent bien léger aux Français, quand les impôts et les cotisations
qu’ils paient apparaissent, eux, bien lourds.
Dans le
même temps, on a multiplié les allocations, les subventions et
les droits de toutes sortes en créant un système complexe d’Etat
Providence souvent injuste et inefficace.
Pour augmenter durablement le pouvoir d’achat
des Français, il faut fabriquer un nouveau pouvoir d’achat et
non redistribuer le pouvoir d’achat existant.
Pour créer
des emplois dont nous avons besoin, il faut inventer de nouveaux
emplois, créer des produits nouveaux, de nouvelles façons de fabriquer,
découvrir de nouveaux métiers, de nouveaux services et de nouveaux
marchés et non partager les emplois existants.
Faire le
choix de la nouvelle croissance de l'emploi, c'est faire le choix
de la compétitivité par la valeur ajoutée.
Pour les libéraux, la croissance ne se fabrique
pas à coups de dépenses publiques, elle se libère.
-> Il
nous faut pour bénéficier pleinement de la nouvelle croissance,
faire pleinement confiance à l'esprit d'entreprise des français,
à la concurrence et au jeu des libertés économiques.
-> Il
faut laisser aux Français une part plus grande du fruit de leur
travail de leur initiative, des risques qu’ils prennent revoir
globalement, au travers d’une politique de réforme fiscale ambitieuse.
-> Il
faut non seulement libérer la création d'emplois nouveaux, mais
encore imaginer et laisser vivre les nouvelles formes de travail
de demain.
| LE TRAVAIL EST ILLIMITE,
LE PLEIN EMPLOI EST POSSIBLE
La source de la croissance se trouve
dans l’activité de l’homme et dans l’art de combiner
ces deux ressources rares que sont le capital humain
et le capital financier.
Une économie de marché, est-il besoin
de le rappeler, est un circuit complexe et vivant d’échange
de travail (et de travail accumulé sous forme de capital) :
un ouvrier de l’automobile échange son travail contre
celui d’un charcutier qui l’échange à son tour contre
celui d’un comptable qui l’échangera contre les leçons
d’un moniteur de ski qui achètera une voiture fabriquée
par les ouvriers de l’automobile, etc…
Ce circuit volontaire d’échanges
est ouvert en permanence à de nouveaux entrants. Tout
producteur ou toute production nouvelle agrandit la
chaîne.
Il est vrai que la concurrence entre
les agents économiques semble compliquer le jeu. Si
un nouveau producteur apporte un nouveau produit qu’il
met en vente moins cher que celui de son concurrent,
ce dernier va être contraint d’arrêter sa production
et de licencier ses employés.
Mais si ce nouveau producteur vend
si bon marché, c’est qu’il a réussi à faire la même
chose en étant plus économe sur les biens et facteurs
nécessaires à la fabrication. Cette économie dégage
des ressources supplémentaires qui seront soit utilisées
par ce producteur pour produire davantage dans ses propres
établissements, soit prêtées par lui à d’autres entrepreneurs
ayant des projets qu’ils estiment être rentables mais
pour lesquels ils ne disposent pas de toutes les ressources
financières nécessaires.
La concurrence détruit donc des emplois,
mais, par les gains de productivité qu’elle induit,
elle permet d’en offrir d’autres ailleurs.
Là où il y a des entrepreneurs toute
augmentation de la productivité des maillons de la chaîne
dégage un supplément de revenus pour le producteur ou
le consommateur qui (dans la mesure où sont réunies
un minimum de conditions) se traduit ensuite en emplois
ou en investissements nouveaux.
La science économique, depuis le
Français Jean-Baptiste Say, nous a appris que tout élargissement
de ce circuit d’échanges s’autofinance. Autrement dit,
que toute production nouvelle d’un bien ou d’un service
répondant à un besoin, et donc à une valeur d’échange
sur le marché, augmente la valeur globale du circuit
et génère un pouvoir d’achat égal à ce qu’il faut pour
acheter le produit ou le service offert.
C’EST L’ENTREPRENEUR QUI
EST LA CLE DE LA CROISSANCE ET DE L’EMPLOI
A la base du circuit d’échange, il
y a un acte d’entrepreneur : un acte qui consiste
à estimer qu’en fabriquant ceci ou cela – et donc en
prenant le risque de le fabriquer – on sera en mesure
de satisfaire à une demande solvable émanant d’un autre
qui, elle-même, aura pour origine un pari individuel
de même nature. En l’absence de tels entrepreneurs,
il n’y aura pas de distribution de pouvoir d’achat,
donc pas de demande, donc pas d’emplois offerts, et
ainsi de suite …..
Traditionnellement, nous avons tendance
considérer que pour qu’il y ait production, et donc
travail, il faut d’abord qu’il y ait une demande.
Mais en réalité, pour qu’il y ait
une demande, il faut d’abord que quelqu’un ait l’idée
de produire quelque chose à un prix qu’un acheteur est
prêt à accepter en raison de la satisfaction que cet
achat est susceptible de lui apporter. C’est le produit
de cette vente qui fournit au producteur de quoi satisfaire
certains de ses besoins, et qui donne donc naissance
à une demande. Bref, on ne peut acheter qu’avec ce que
l’on a produit (ou ce que d’autres ont produit).
La conséquence est que si, à un moment
donné, des secteurs particuliers ne trouvent plus rien
à vendre, et donc mettent des gens au chômage, ce n’est
pas parce que la demande (en général) aurait diminué,
et qu’il faudrait que l’Etat vienne mettre de l’argent
pour compenser, mais parce que quelque part des producteurs
ont soudain découvert qu’il ne valait plus la peine
pour eux de prendre les risques d’une production qui
leur apparaît désormais trop coûteuse par rapport aux
espoirs de gains que leur offre le marché.
C’est, fondamentalement, cette disparition
de l’offre qui fait que moins de pouvoir d’achat est
distribué, et que l’argent qui est ainsi mis en circulation
ne suffit plus pour acheter tous les produits qui, précédemment,
avaient été mis en circulation.
C’est cet évanouissement de l’offre
– dû par exemple à un renchérissement inattendu du prix
des matières importées, à une hausse brutale des salaires
imposée aux entreprises, ou encore à une élévation de
l’ensemble des charges fiscales prélevées sur les revenus
des entrepreneurs – qui est in fine responsable de l’apparition
du chômage.
En se focalisant sur le rôle de la demande, on prend
en quelque sorte la chaîne en marche : on passe
sous silence l’ensemble des évènements qui en réalité
l’expliquent. On agit sur ce qui n’est qu’un effet,
et non réellement une cause.
DANS UNE ECONOMIE FLUIDE,
IL Y A DU TRAVAIL POUR TOUT LE MONDE
L’autre enseignement important de
la science économique est que dans cette chaîne d’échanges,
tout le monde peut trouver sa place.
Il ne s’agit pas d’un jeu de chaises
musicales où la place gagnée par l’un est nécessairement
perdue par l’autre. Les hommes ne se concurrencent pas :
ils se complètent.
Dans cette chaîne d’échanges, le
travail se distribue selon la loi de l’avantage comparatif,
c'est-à-dire celle de la complémentarité des aptitudes.
Chacun est employé à ce qu’il sait faire le mieux, ou
à tout le moins le moins mal.
C’est ce que le Prix Nobel d’économie
Paul Samuelson résumait par la formule suivante :
« même si j’étais capable de taper à la machine
plus efficacement que ma secrétaire, je ferais un meilleur
usage de son temps en travaillant à mes recherches d’économie
qu’en mettant en forme le résultat de mes travaux ».
Autrement dit, dans une économie
idéalement fluide (où rien n’entrave la créativité des
entrepreneurs, et qui permet donc une pleine utilisation
des ressources humaines), il existe un emploi virtuel
pour tout le monde.
Tant qu’il y aura des besoins non
satisfaits et des personnes à la recherche d’un emploi,
tant qu’il y aura des entrepreneurs persuadés qu’ils
peuvent gagner de meilleurs revenus en cherchant à satisfaire
par une offre attirante une demande qu’ils estiment
solvable, et tant qu’ils ne se heurteront pas à une
contrainte institutionnelle les contraignant à payer
certains emplois à un prix plus élevé que la valeur
ajoutée qu’ils peuvent rapporter, l’emploi s’accroîtra
jusqu’à résorption du chômage.
POUR MULTIPLIER LES EMPLOIS, IL FAUT MULTIPLIER LES
ENTREPRENEURS ET DIVISER LES OBSTACLES QUI SONT SUR
LEUR CHEMIN
Pour créer des emplois, il ne s’agit
donc pas d’attendre le retour de la croissance ou de
doper artificiellement la demande. Ce qu’il faut c’est
rendre aux gens le goût d’entreprendre, tant il est
vrai que, fondamentalement, l’entrepreneur est au cœur
des processus de création d’emplois.
La création d’emplois passe par la
création de produits nouveaux, de meilleure qualité
ou moins chers, l’invention de façons nouvelles de faire,
la découverte de marchés nouveaux, proches ou lointains,
de services ou de métiers nouveaux. Pour cela, il faut
des entrepreneurs. Sans entrepreneurs, rien de tout
cela ne verra le jour. L’offre créatrice d’emploi (pour
reprendre l’expression d’Octave Gélinier) ne peut essentiellement
venir que de l’entreprise et des entrepreneurs. Pour
reprendre une phrase de Nicole Notat, alors qu’elle
était secrétaire générale de la CFDT : « Gutenberg
n’a pas attendu le marché de la lecture pour inventer
l’imprimerie ».
En réalité, la crise de l’emploi
qui marque les sociétés européennes n’a rien à voir
avec des problèmes de demande, de technologie, de culture
ou d’éthique. C’est beaucoup plus prosaïquement un problème
de facteurs d’offre – c'est-à-dire un problème de répression
de tout ce qui, normalement, conduit l’esprit humain
à vouloir faire, à vouloir créer.
Tout ce qui précède signifie que
le meilleur facteur de création d’emploi, c’est encore
le travail, le travail des autres, le travail notamment
de tous ceux qui ont envie de créer, qui ont le désir
de créer quelque chose qui soit utile à leurs concitoyens
(qui soit créateur de valeur).
Ces gens là, ce ne sont pas seulement
des entrepreneurs, mais des entreprenants. Car de tels
entreprenants, on en trouve partout. Aussi bien chez
les cadres et les salariés que chez les patrons. Tout
le monde a en effet en soi, au moins à un moment de
sa vie, une parcelle d’esprit entreprenant, l’aspiration
à une certaine liberté professionnelle. Les français
nous le disent, ce n’est pas l’envie d’entreprendre
qui leur manque ni même parfois les moyens, mais plutôt
les motivations, les incitations qui font qu’à un moment
donné un individu se sent prêt à faire de nombreux sacrifices,
ou à prendre de nombreux risques pour surmonter tous
les obstacles qui s’opposent à son désir d’aller jusqu’au
bout de son projet.
Plus ces obstacles seront nombreux,
plus ils seront lourds, moins ceux à qui à un moment
quelconque de leur vie auront eu envie de créer quelque
chose auront le courage d’aller au bout de leurs ambitions.
Dans cette optique, le chômage n’est
en quelque sorte pas autre chose qu’une panne des circuits
d’échange, panne dont la faute n’incombe en rien aux
principes de l’économie de marché, ni aux entrepreneurs
mais dont la source se trouve dans le développement
cumulatif d’institutions réglementaires et fiscales
dont l’effet est de massivement démotiver les créateurs.
Au total, la crise et le chômage
ne sont que le résultat d’une mauvaise affectation de
ces deux ressources travail et capital, qui ne se trouvent
pas là où elles devraient être parce que nos institutions
cultivent l’art de décourager ceux dont c’est précisément
le travail et la compétence.
La solution s’impose d’elle-même.
Elle passe nécessairement par un programme audacieux
de libération fiscale et réglementaire.
Le problème n’est pas de partager
les emplois, ni de créer de faux emplois sans avenir.
C’est en libérant le travail, et grâce à cela en redonnant
à l’esprit de création des raisons d’entreprendre, qu’on
multipliera les emplois et qu’on rendra l’espoir à ceux
qui n’ont pas de travail. |
UNE REFORME FISCALE ET SOCIALE MAJEURE
Pour retrouver une croissance forte, le plein emploi et le progrès
social nous avons besoin d’une réforme fiscale et sociale d’ensemble
accompagnée d’une réduction de la dépense publique.
Réduire
la part de la dépense publique dans notre richesse nationale
Il est clair qu'il existe un lien négatif assez fort entre le
niveau des prélèvements obligatoires et le niveau d'activité.
Notre pays
est, exceptionnellement parmi les pays de l’OCDE, le seul dont
la redistribution a continué à augmenter au cours des 20 dernières
années. La France est également le pays qui consacre la part la
plus élevée de son PIB aux dépenses sociales, largement devant
tous les partenaires européens y compris les pays nordiques, à
l'exception toutefois de la Suède. Or, notre taux de chômage,
notre pauvreté ne baissent pas et ne sont pas plus faibles, loin
de là, que ceux constatés chez nos partenaires.
Par ailleurs,
comme l’Etat dépense toujours plus qu’il ne prélève, il s’endette.
C'est-à-dire qu’il reporte la charge d’une partie croissante des
dépenses d’aujourd’hui sur les impôts des générations futures.
Nous avons un système étatique qui vit à crédit et détruit peu
à peu, au fil des années, les ressorts de la croissance. Un franc
de dépense publique en plus, c’est toujours un franc de dépense
privée en moins pour la consommation, l’épargne ou l’investissement.
L’Etat, pas plus qu’un ménage, ne peut durablement dépenser plus
qu’il ne gagne.
Il n’y a pas d’emplois et de croissance durable sans financement
sain de l’économie. Il n’y a pas de financement sain de notre
économie sans assainissement de nos dépenses publiques.
Si nous voulons créer massivement les nouveaux emplois dont nous
avons besoin, il nous faut donc commencer par organiser un retour
rapide et énergique de nos finances publiques à l’équilibre. Ce
qui est au surplus une exigence liée à l’Euro et au Pacte de stabilité
(5).
La réduction
de la dépense publique est un impératif. Le gouvernement s’y engage
mais les coupes budgétaires ne suffisent pas. Seule la réforme
de l’Etat, la réforme des systèmes sociaux et du marché du travail
permettra d’obtenir une réduction efficace et durable de nos dépenses
publiques.
Baisse des
impôts et baisse de la dépense publique ne s’excluent pas ;
elles doivent être menées de front. La baisse de la dépense publique
permet d’amorcer la réforme fiscale. Celle-ci engendre une nouvelle
croissance qui augmente les recettes fiscales.
L’objectif
n’est d’ailleurs pas tant de réduire en lui-même le chiffre des
dépenses publiques que de réduire la part de ces dépenses dans
la richesse totale en dopant la croissance par des réformes audacieuses.
Engager
une réforme fiscale d’ensemble
Il est clair que nous avons un système
d’incitation qui n’est plus adapté à notre nouvelle société ni
à notre nouvel environnement. Il
nous faut une refondation des fiscalités du travail, de l’entreprise
et de l’épargne, crédibilisée par des économies budgétaires et
des réformes de fond.
Nous ne
trouverons pas le chemin de l’hyper croissance nécessaire avec
la fiscalité d’hier fut elle complétée par les baisses d’impôts
d’aujourd’hui.
Il faut
rompre avec les modèles économiques d’hier, qui ne fonctionnent
plus aujourd’hui. La mondialisation financière, le développement
du libre-échange, la révolution des technologies de l’information
constituent une profonde mutation économique.
Oublions
la relance par la dépense publique et par le soutien artificiel
de la consommation.
Dans une
économie ouverte sur le monde, comme l’économie française, ce
n’est pas la demande qui fait défaut, mais l’offre compétitive.
Ce
n’est pas la consommation, mais l’investissement qui crée la croissance
et l’emploi. Oublions Keynes et, avec Jean-Batiste Say,
retrouvons l’économie de l’offre.
Mais l’idée
dominante de la baisse d'impôt engagée (baisser l'impôt sur le
revenu d'un tiers en cinq ans ?) est de transférer du pouvoir
d'achat aux Français pour faciliter leur consommation (avec aujourd’hui
l’idée de concentrer les baisses d’impôts sur les seuls ménages
modestes).
C'est là
se tromper à la fois de réforme fiscale et de politique économique.
L’objectif premier d’une réforme fiscale n’est
pas de relancer la consommation, mais de doper la croissance.
La
baisse des impôts déplace les richesses, la réforme fiscale les
multiplie.
Trop souvent
on s’enferme dans une vision statique de l’économie et de la fiscalité.
Ce qui compte et ce qui comptera de plus en plus, c’est le mouvement.
Si d’une
année sur l’autre la croissance augmente, c’est parce que certains
ont choisi travailler plus, d’entreprendre, d’innover, d’investir.
Or, les
incitations marginales à prendre des risques et à innover dépendent
très largement de la fiscalité.
Il est clair
qu'en France le taux maximal de taxation des revenus, lorsqu'on
additionne l'impôt sur le revenu et la CSG -- CRDS. dépasse le
fameux taux de Laffer à partir duquel le rendement fiscal d'un
supplément d'imposition diminue les recettes fiscales.
Une fiscalité trop progressive avec des taux marginaux trop élevés
tue l'impôt en dissuadant ceux sur qui les prélèvements pèsent
le plus lourdement de travailler davantage.
Si l’on
regarde les réformes fiscales à l’œuvre aujourd’hui dans le monde,
(sans parler de la « flat tax » qui ne cesse de faire
des émules et qui mériterait une réflexion spécifique) nous devons
avoir pour objectif :
Une vaste réforme de l’impôt sur le revenu
Il est possible
dès maintenant de proposer aux Français une réforme de l’impôt
sur le revenu ramenée à trois tranches et un taux maximum de 35%
en redéployant une large part des quelques 50 milliards que représentent
nos 418 niches fiscales ( dénoncées par le Conseil des Impôts
) et qui ne peuvent être remise à plat que dans une réforme d’ensemble
(dans le droit fil de la réforme proposée par le ministre des
Finances en 1995).
La CSG serait intégrée dans l’impôt sur le revenu et l’ensemble
des impôts ainsi simplifiés retenu à la source.
La prime pour l’emploi, mise en place par Lionel Jospin dans l’objectif
louable de faciliter le retour au travail, mais dont on constate
aujourd’hui l’inefficacité, serait transformée en un revenu familial
garanti inspiré de l’impôt négatif.
Une réforme de la fiscalité de l’épargne
L’épargne
est aujourd’hui victime de toute une série d’impôts (droits de
succession, impôt sur les plus-values, droits de mutation, ISF,
etc…) qui visent en fait à privilégier et favoriser le présent,
c'est-à-dire la consommation, par rapport au futur. Ces formes
d’imposition favorisent une économie d’endettement au lieu d’aider
à l’accroissement des capitaux propres, ce qui pèse d’autant sur
la croissance et limite la création de nouveaux emplois.
Il faut
se donner pour objectif d’éliminer les doubles et triples taxations
qui pèsent sur l’épargne, et d’assurer autant que possible la
neutralité fiscale entre les différentes formes de placement.
Dans un
monde moderne et ouvert, la bonne fiscalité est celle où l’épargne
est déduite du revenu, ce qui revient, de fait, à transformer
l’impôt sur le revenu en un impôt plus juste, essentiellement
fondé sur la dépense.
Cette réforme
globale de la fiscalité de l’épargne doit inclure l’impôt de solidarité
sur la fortune qui est en Europe une exception française.
Chacun s’accorde
à penser que cet impôt répond aujourd’hui plus à un dogme politique
qu’à une réelle opportunité fiscale. Au-delà, cet impôt est source
de démotivation quand il ne provoque pas une fuite vers d’autres
pays d’une ressource indispensable aux entreprises, aux entrepreneurs
et donc à l’emploi.
La bonne
fiscalité, c’est une fiscalité allégée pour tous. Une fiscalité
qui ne prélève pas plus en France que dans d’autres pays comparables.
Une fiscalité qui stimule l’initiative et le travail, l’esprit
d’entreprise et l’investissement. Une fiscalité de l’excellence
économique dans un monde moderne et ouvert.
Instituer un revenu familial
garanti pour rénover l’Etat Providence
Notre système actuel de prestations
sociales, qui se caractérise par l'existence d'une dizaine de
minima sociaux de base, d'un salaire minimum et de multiples exonérations
de charges, est devenu selon les termes mêmes d'un rapport du
Plan à la fois « illisible » et « imprévisible »
(plafond de ressources différent d'une prestation à l’autre, prise
en compte inégal de la situation familiale, effets de seuil...)
Le dispositif
français des minima sociaux est particulièrement complexe, résultant
de sa construction par accumulation progressive, ou chaque minimum
avant l’institution du RMI était créé en aval d’un dispositif
d’assurance d’un risque donné.
En France,
même le Conseil d'analyse économique s'est prononcé à deux reprises
en faveur d'un dispositif se rapprochant de ce qu'il appelle « le
système idéal de l'impôt négatif ».
C’est pourquoi
les libéraux proposent depuis longtemps d’instituer un « impôt
négatif » (6) adapté aux spécificités sociales
françaises sous la forme d'un revenu familial garanti. Certes,
l'impôt négatif n'est pas un système parfait, totalement exempt
d'effets pervers, mais il est plus performant, plus lisible, plus
simple et plus juste que notre actuel maquis d’aide sociale dont
on commence à prendre conscience et qui aboutit à enfermer des
millions de familles dans l'assistance et dans la dépendance.
C’est pourquoi, le « revenu familial
garanti » ne doit pas se surajouter à notre maquis d'aide
sociale ou a notre fiscalité biscornue, comme un gouvernement
socialiste avait cru pouvoir improviser et bricoler un mécanisme
inspiré de l’impôt négatif baptisé « prime pour l'emploi ».
C’est une vraie réforme qui exige une remise à plat à la fois
de notre fiscalité et de notre système social.
Il s’agit
d’assurer à tous citoyens un revenu garanti en fonction de la
composition de son foyer familial :
-> Un
revenu familial, garanti jusqu'à un certain plafond en cas d'activité
(travail salarié, à temps plein ou partiel, travail indépendant)
au moyen d'un complément de revenu dégressif, favorisant ainsi
la reprise du travail pour celles et ceux qui sont enfermés dans
l'assistance.
-> Un
revenu familial garanti passe par la remise à plat de notre système
d'aide sociale en instituant un revenu minimum de base qui a vocation
à se substituer de façon plus simple, et plus équitable à nos
minima sociaux (7).
Il s'inscrit
aussi dans le cadre d'une réforme globale de l'impôt sur le revenu,
qui ferait de la CSG, payée par tous les Français, la première
tranche proportionnelle d'un impôt sur le revenu réformé, allégé,
simplifié et retenu à la source.
Cette réforme
permettrait ainsi de faire en sorte que les prestations liées
à la solidarité soient gérées par l'administration fiscale permettant
au citoyen de mesurer exactement ce qu'il reçoit de la solidarité
nationale.
La feuille de paie comporterait, jusqu'à un certain seuil de revenu
familial- compte tenu de la composition et de la taille de la
famille -, un crédit d'impôt qui s'ajouterait au salaire.
Au-delà de ce seuil, un prélèvement fiscal serait directement
retenu à la source sur la feuille de paie.
Un tel dispositif
serait l’occasion d’une « feuille de paie vérité »,
faisant apparaître le salaire complet par la réintégration des
cotisations dites patronales (qui constituent en réalité un salaire
indirect, propriété des salariés). Il serait aussi l’occasion
de clarifier enfin nos cotisations sociales afin de mieux distinguer
ce qui relève de la solidarité nationale, et donc de l’impôt (les
allocations familiales, une part de l’assurance maladie…), et
ce qui relève de l’assurance, donc de la cotisation (le chômage,
la vieillesse, une part de l’assurance-maladie, les accidents
du travail…).
L’institution d’un « revenu familial garanti »
peut constituer un puissant levier de réforme de notre Etat providence.
Dans cette
perspective il faut poser la question d'une évolution progressive
du SMIC qui tienne compte de la spécificité de certains métiers
ou encore des situations locales.
Le SMIC
a une valeur symbolique et il est aussi indiscutable qu'il est
difficile de vivre avec un salaire au niveau du SMIC, notamment
dans les grandes agglomérations. Une remise en cause du SMIC ne
serait guère réaliste. De même, ne pas s’assurer que l'écart entre
le niveau d'aide accordée sans travail et le salaire minimum est
proportionné ne peut qu'accroître « la trappe à pauvreté »
et aggraver davantage cet effet pervers de notre système de redistribution
sociale.
Néanmoins,
dès lors que l’on institue le revenu familial garanti, à la place
d'un salaire minimum national lié à la croissance et à des coups
de pouce artificiels, les partenaires sociaux pourraient alors
réfléchir aux avantages qu'il y aurait à déterminer des salaires
minima professionnels garantis, voire des salaires minima régionaux
tenant compte des différences du coût de la vie selon les situations
locales.
LIBERER ET REINVENTER LE TRAVAIL
Il nous faut reconstruire le droit du travail
pour l’adapter aux nouvelles formes de travail. S'il existe aujourd'hui
des « pannes » dans l’échange de travail qui expliquent
notre chômage de masse persistant, elles ont leurs origines à
la fois dans l'inadaptation de l'emploi salarié traditionnel aux
nouvelles formes du développement économique et dans les entraves
à la libre concurrence.
Notre droit
du travail a été créé par et pour la civilisation de l’usine.
Dans l'histoire
de nos économies, la construction de notre droit du travail a
été dominé par le poids de la grande industrie : emplois
à durée indéterminée, horaires réguliers, salaires fixes et garantis,
négociés dans le cadre de conventions collectives assurant une
uniformité de traitement selon l'ancienneté, le grade, le métier
exercé etc. Autant d'obstacles, qui empêchent aujourd'hui l'émergence
de nouvelles formes de travail et d'emplois mieux adaptés au développement
des activités de services et à la nécessité d’une flexibilité
du travail.
Au fil des
ans, nous avons accumulé autour du travail salarié, des contraintes
légales et réglementaires extrêmement complexes. Nous avons accumulé
dans la législation, dans la réglementation et dans les conventions
collectives toutes sortes de dispositions qui constituent aujourd’hui
autant de rigidités qui empêchent l’évolution du travail. Ces
multiples dispositions, quelle que soit leur raison d’être initiale,
ont fini par se retourner contre ceux que l’on voulait protéger.
Le contrat
de travail classique, avec les rigidités de notre code du travail
et de nos conventions collectives, n'est plus adapté à beaucoup
de nouveaux champs, de nouveaux domaines d'échange du travail,
dans une société aujourd’hui ouverte et en totale mutation.
Libérer
le travail et laisser plus de place au contrat
La nouvelle
croissance a besoin de capacité d’adaptation et de souplesse.
Elle passe par de nouvelles formes de contrat de travail, de nouvelles
formes de travail et d’emploi.
Si l’on
veut développer l’emploi, il faut développer la liberté du travail,
la liberté de gérer sa vie et son temps, ainsi que la liberté
d’organiser le travail dans l’entreprise.
Si l'on
veut multiplier les emplois, il faut fac |