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La
crise du CPE,
un test décisif
pour l'Etat poltron
Prenons
un exemple : je suis dirigeant d'une PME. Que j'engage un jeune aujourd'hui,
je sais que si, plus tard, mon marché ou mon entreprise traverse
un creux, je ne pourrai m'en séparer qu'en lui versant des indemnités
de licenciement exorbitantes et punitives. Donc soit je ne l'embauche
pas, soit j'externalise en Europe de l'Est, en Inde, dans la Maghreb ou
en Chine.
Bref, le CPE est une mesure de bon sens qui devrait être généralisée
à toutes les catégories de salariés, mais qui, en
attendant, donne un avantage comparatif aux jeunes sur le marché
de l'emploi. Et jette des centaines de milliers de jeunes dans la rue
; la Sorbonne est occupée, nous sommes en mai 68. Précisément.
Ces manifestants sont les enfants de mai 68, littéralement, en
reproduisant les comportements de leurs parents, mais surtout comme victimes
d'une idéologie qui, à l'instar de l'altermondialisme, en
est restée au stade du cri et n'a jamais su formuler une alternative
rationnelle à l'économie de marché. Comme l'écrit
Guy Sorman sur son blog, cette révolte s'enracine dans l'ignorance.
Mais le CPE n'est qu'une péripétie. Ce qui est en cause
est plus fondamental : l'autorité de l'Etat. Des émeutes
dans les banlieues au rejet du CPE, en passant par la scandaleuse affaire
de la SNCM, c'est à une poltronisation de l'Etat français
que l'on assiste. Là encore, tout commence en mai 68. Confronté
à la révolte des étudiants, le général
de Gaulle s'envole précipitamment vers Baden-Baden. De Gaulle est
revenu, l'autorité de l'Etat c'est moins sûr. Depuis cet
événement originel, la rue n'a cessé de prendre le
pas sur le gouvernement et le Parlement ; il serait fastidieux d'énumérer
les plans et réformes retirés par les gouvernements successifs
sous la «pression populaire», nous les connaissons tous.
Seulement dans une démocratie, la «pression populaire»
s'exprime dans les urnes. Pas dans la rue. Si le résultat des élections
est toujours susceptible d'être remis en cause par la rue, à
quoi bon voter ? Autant se préparer directement à ce «troisième
tour» cher aux syndicats, puisque c'est tout de même à
ce moment-là que la politique du gouvernement se décidera.
En laissant se développer ce qu'il faut bien appeler la chienlit
généralisée qui gagne la France, le gouvernement
ne faillit pas seulement à sa mission. Il perd sa raison d'être.
L'acte fondateur des révolutions politiques qui ont initié
le redressement économique de l'Angleterre (Thatcher) et des Etats-Unis
(Reagan) fut, à chaque fois, une grève de grande ampleur,
à laquelle le gouvernement refusa de céder. Cela sans violence
disproportionnée, et sans le moindre mort. Laissons les choses
se déliter plus longtemps, et ce n'est pas Thatcher que nous aurons,
mais Galliffet. Est-ce cela que nous voulons ?
«Un pouvoir qui écoute doit, une fois la décision
prise, s'efforcer de ne point reculer s'il est persuadé d'oeuvrer
pour le bien commun. A charge pour lui de bien distinguer l'amont –
le temps de la concertation – de l'aval, celui de l'action qui n'exclut
pas la fermeté, nécessaire face à des minorités
catégorielles de plus en plus structurées et qui pratiquent
la surenchère dans la violence. (...) La VeRépublique parviendra-t-elle
à rompre le cycle infernal ou sombrera-t-elle dans le déshonneur
?» (Dominique de Villepin, Le Cri de la gargouille).
Drieu Godefridi,
Président fondateur de l'Institut Hayek, un think-tank installé
à Bruxelles.
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