La lettre des Cercles thématiques
L'édito de Dominique Garrigues

Les jeunes, étudiants et lycéens, nous font savoir qu’ils n’aiment pas le CPE. Trouver leur premier job n’est déjà pas facile, la précarité les menace déjà (contrats à durée déterminées, emplois aidés…), il n’était pas besoin d’en rajouter. Ce nouveau contrat, qui donne droit à l’employeur de licencier sans motif dans les deux premières années, c’est encore plus de précarité, disent-ils.

Expliquez-leur que d’innombrables aides à l’embauche ont été déployées depuis vingt ans, sans résultat tangible sur l’emploi. Et qu’il est donc temps d’essayer de soigner les causes, en allégeant un peu ce droit du travail trop rigide, freineur d’embauche. Ajoutez qu’on ne peut pas tout avoir à la fois, l’emploi et la sécurité de l’emploi.

Expliquez-leur, mais ils ne vous entendent pas. Ces analyses, raisonnables, rejouent le même cercle vicieux dans leur tête. Soigner les causes est sans doute plus efficace à moyen terme, bien sûr, mais c’est plus douloureux aujourd’hui - et on galère déjà assez comme ça. En outre, ceux qui ont intérêt à souffler sur les braises brandissent l’épouvantail « CPE contrat précaire ! ». Et tous de suivre.

La logique ne gouverne pas ce monde.

De même qu’Edouard Balladur avec son CIP, l’erreur du CPE serait de singulariser les jeunes. Bien sûr ils ont davantage de problème d’emploi que les autres. Mais mettons-nous à leur place un instant : voilà un nouvel outil précaire, réservé aux moins de 25 ans ! Pourquoi eux ? Mme Parisot a raison : « Il n’est jamais bon de traiter les jeunes comme une catégorie à part. »

Tactiquement, Villepin eût été mieux inspiré de donner de l’ampleur au Contrat nouvelle embauche, qui n’a pas de condition d’âge, en augmentant le seuil des entreprises concernées de 20 à 100 salariés, voire davantage.

Mais, bien plus, tout ceci devrait être une partie d’un vaste ensemble de relance libérale, visant une sortie de la crise par le haut, avec un large mouvement de création d’emploi résultant d’une véritable libération nationale économique et fiscale, le tout accompagné d’une profonde réforme de l’éducation. Nous verrons cela en 2007.