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La
lettre des Cercles thématiques
Cercle
thématique « Les protections sociales »
Comparaison des retraites des fonctionnaires et des salariés du
privé - Jean-Claude Dutailly - 9 mars 2006
Je crois que c'est
une mauvaise idée d'exciter les gens sur les excessives différences
en matière de retraite, avec comme cible habituelle les fonctionnaires.
D'abord c'est archi-connu. Ensuite la proportion de bénéficiaires
d'avantages en tous genres est considérable, si bien que tout le
monde se sent visé. Pourquoi s'arrêter aux seuls fonctionnaires,
sans mentionner les avantages particuliers des agriculteurs, des médecins,
ceux consentis aux femmes, le fait qu'un cadre perçoit sa retraite
deux fois plus longtemps qu'un ouvrier, sans oublier bien sûr les
retraites chapeau des cadres dirigeants...?
Politiquement il est vain et contre-productif de tenter de culpabiliser
les gens (surtout quand ils ne sont pas responsables de ce qui est décidé
les concernant).
Quoi qu’on en dise, l'adossement progressif des régimes particuliers
sur le régime général est une bonne solution, la
seule politiquement acceptable et qui permette de résoudre le problème.
Elle est mise en œuvre dans la discrétion et c'est sans doute
bien ainsi. On peut toujours critiquer ses modalités, mais il me
semble que la CNAV a plutôt bien joué son rôle. La
disparité des régimes n'est plus dans ce contexte une question
essentielle.
Cercle thématique « La culture libérale »
Le droit d’auteur dans la civilisation de l’internet
Pauvre R. Donnedieu
de Vabres ! Ses palinodies dans cette affaire sont affligeantes. De quoi
s’agit-il, et que vient faire le gouvernement dans une telle galère,
mêle-tout une fois de plus ?
Le point de départ, c’est la notion de propriété
littéraire et artistique, idée lancée par Beaumarchais,
lois votées depuis 1866 jusqu’à celle du 11 mars 1957,
qui punit de peines sévères quiconque utilise publiquement
un texte ou une œuvre sans avoir négocié une rémunération
avec son créateur. Une loi, donc l’Etat est impliqué,
hélas…
Imaginons maintenant qu’il existe une photocopieuse perfectionnée,
qui reproduirait sur papier un livre entier pour un coût total de
5 centimes d’euros. La protection légale des droits d’auteur
volera en éclats, même si le législateur aggrave les
sanctions pénales contre le « photocopillage ». Et
les libraires fermeront boutique.
C’est ce qui est en train de se produire, à la puissance
n, avec internet. La protection des droits d’auteur pour l’écrit,
la musique, le cinéma ne peut résister devant les nouvelles
techniques de stockage, de transmission, de lecture des œuvres. Les
lobbies des grands producteurs et des artistes réputés,
qui touchent d’abondantes redevances, poussent les gouvernement
à livrer ce combat d’arrière-garde : interdiction
de la gratuité, obligation de payer les téléchargement
(et refus de la « licence globale », qui autoriserait le chargement
libre moyennant une redevance forfaitaire). En plus, le ministre veut
obliger au maintien de l’interopérabilité entre supports,
pour éviter le monopole technique… Intenable tout cela, la
technique va trop vite ! Et trop tardif, plusieurs millions de jeunes
Français téléchargent gratuitement depuis longtemps.
Les créateurs, interprètes, distributeurs voient se tarir
leurs redevances, leurs marges, inévitablement. Il leur faut trouver
d’autres moyens de rentabiliser leur travail, et c’est possible,
il y a plusieurs façons d’y parvenir (P. Cimper, membre du
Cercle culture en dresse l’inventaire).
En attendant, cette foudroyante évolution traumatise ces différents
acteurs. Ils demandent à la puissance publique d’adoucir
la transition, pourquoi pas ?
Mais sans plus… Ceux qui soutiennent l’« exception culturelle
» veulent soustraire la Culture du marché. Ils disent que
l’Etat doit se dresser contre le flot de l’innovation technologique.
Ils ont deux fois tort, si nous pensons que la culture n’a pas besoin
d’un traitement étatique spécifique, et qu’aucune
loi n’a empêché la disparition de la marine à
voile… Les notions de « marché » et de «
technologie » sont toujours jumelles. Le politique peut bannir l’un,
mais pas l’autre.
Acceptons la réalité : nous assistons à la mort de
la notion de droit d’auteur. Ce n’est pas une catastrophe,
si les créateurs sont laissés libres d’explorer de
nouveaux modèles économiques.
Cercle
thématique « Les enjeux internationaux »
Irak
: une guerre civile embraserait toute la région, selon M. Negroponte
(Le Monde, 3 mars 2006)
Le chef des services
de renseignement américains, John Negroponte, s’inquiète
de l’explosion d’un conflit entre chiites et sunnites dans
tout le Moyen-Orient, en cas de guerre civile en Irak. L’Iran pourrait
s’engager aux côtés des chiites, l’Arabie saoudite
et la Jordanie aux côtés des sunnites. Il précise
toutefois qu’il n’y a pas encore de guerre civile en Irak.
G. Bush affirme qu’il n’y aura pas de « guerre civile
» en Irak, mais c’est la première fois qu’il
emploie cette expression.
Le devenir de l’Irak - Yves Egal
(7 février 2006)
Il y a nécessité
d'établir un Etat kurde indépendant, qui aurait l'immense
avantage de diminuer le poids de la Turquie. Cela pourrait être
un puissant argument de négociation :
- Turcs, vous entrez dans l'Europe si vous renoncez aux territoires kurdes
et à la région d'Alexandrette (Antakya) ;
- Iraniens, vous lâchez votre Kurdistan et on vous laisse les mains
libres en Irak du Sud, tout un maintenant un Irak arabe unitaire (chiites
+ sunnites) mais sans les Kurdes ;
- Syriens, on vous enlève un bout de Kurdistan, mais on vous rend
la région d’Alexandrette et on envisage une union avec le
Liban le jour où vous serez démocratiques avec protection
ultra-garantie des minorités chrétiennes, druzes et alaouites.
Dix millions d'habitants en moins et un territoire réduit d'un
tiers (en abandonnant aussi le Nord de Chypre), cela rendrait la Turquie
plus digestible.
Autres considérations libérales
La paix ou la guerre
est le fait des Etats. Les Etats démocratiques ne pratiquent pas
l’agression. Mais lorsqu’un Etat démocratique est agressé
par un Etat totalitaire, il est évidemment fondé à
se défendre par les armes.
Une guerre civile, c’est un autre contexte. Si un pays est constitué
de communautés qui ne peuvent se souffrir, pourquoi les obliger
à cohabiter ? Une scission est préférable, quitte
à maintenir un semblant d’unité par un lien confédéral
léger, un peu à l’instar de l’ancienne Yougoslavie.
C’était la bonne idée de l’autodétermination
gaullienne.
Reste le risque que cette guerre de religion irakienne s’étende
à l’ensemble de la région, y compris l’Iran
et la péninsule arabique, selon M. Negroponte. Pour parer cette
menace, une initiative est envisageable, visant à résoudre
les immenses problèmes de pauvreté et d’agressivité
de l’ensemble du Moyen-Orient. Les libéraux mettent souvent
l’économie au cœur de leurs préoccupations, et
ceci est particulièrement vrai en politique internationale : les
Etats qui commercent entre eux ne se font pas la guerre.
Nous devrions aider ces pays à construire des Unions régionales,
selon le modèle (?) de l’Union européenne, commençant
par des zones de libre-échange et de libre circulation des citoyens.
En retour, cela obligerait l’Union européenne à améliorer
sensiblement son propre mode de construction : tout bénéfice
pour tout le monde.
L’économie
libérale
Suez - Enel ou Suez - GDF ?
Situation délicate
: le gouvernement (c’est-à-dire D. de Villepin, puisque J.
Chirac semble avoir décidé de le laisser gouverner) était
pris entre deux feux.
Là où l’affaire devient intéressante, c’est
que chaque terme de l’alternative était complètement
libéral ! Soit il laissait ENEL prendre le contrôle de Suez,
et c’était une option libérale. Soit il fusionnait
Suez avec GDF, et cela l’obligeait à faire descendre la part
de l’Etat dans GDF à 34 %, autre option intrinsèquement
libérale…
Ainsi va le développement économique et financier de notre
époque : la réalité est que les Etats ne peuvent
pas être des acteurs valables dans les domaines autres que régaliens,
et cette réalité finit par s’imposer.
Le patriotisme industriel est une notion complètement étrangère
au libéralisme - sauf pour le secteur de l’armement. Peut-on
dire que l’énergie est une activité très particulière,
essentielle à notre indépendance économique générale
et qu’il est donc justifié que les Etats interviennent ?
Mais alors, les transports ? l’acier ? l’aluminium, le nickel,
l’alimentation comme en 1950… ?
Ou alors peut-on dire qu’il est légitime de résister
aux OPA lancées par des groupes qui eux-mêmes ne sont pas
opéables ? La forte minorité de l’Etat italien dans
ENEL, et sa règle qui veut qu’un actionnaire dépassant
3 % du capital n’ait pas de droit de vote, voilà qui rend
le jeu très peu symétrique. Et de même, quand notre
EDF a voulu acquérir le contrôle de l’italien Edison,
nos amis d’outre-Alpes n’ont pas eu tort de crier au marché
de dupes.
Cet argument nous semble recevable : si ENEL, et a fortiori EDF, veulent
jouer le jeu capitaliste, qu’ils se présentent en capitalistes,
et non en bras armé d’un Etat, même si celui-ci ne
joue qu’un rôle mineur.
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