La Lettre du 24 novembre 2006

Révolution au centre
Face à la «rupture» de Sarkozy, Bayrou surenchérit: il prône la révolution...

Le Bayrou nouveau est arrivé. Avec lui, le centre se veut désormais révolutionnaire !. Voici le leader de l’UDF devenu hérault du «Tiers-Etat», dénonciateur de nos institutions sclérosées et du pouvoir confisqué exigeant rien moins qu’un changement de régime. Nous sommes en janvier 1789, la France est dans une situation pré-révolutionnaire. L’analogie est puissante et elle n’est d’ailleurs pas sans fondement. La mutation de notre société industrielle hiérarchique et nationale vers une économie mondiale de la connaissance remet en cause nos structures sociales et politiques. Elle se heurte à bien des blocages qui ne sont pas sans rappeler ceux de la société française à la veille de la Révolution.
J’avais - on me pardonnera de me citer - développé en 1994 ( !) une analyse voisine.
«Ce qui caractérise la fin de l’Ancien Régime, c’est la résistance des privilèges, qui, avec la complicité active des parlements, bloque toute réforme à commencer par la réforme fiscale. Le comte de Ségur a réservé l’accès à l’armée aux nobles pourvus de quatre quartiers de noblesse. Cela n’est pas sans parenté avec la distribution des places de ces dernières décennies. Nous avons reconstitué une nouvelle aristocratie d’Etat.
A la fin de l’Ancien Régime, les règlements du commerce des corporations et des manufactures paralysent l’initiative. Comme à la veille de la Révolution, sous la poussée démographique du XVIIIème siècle, l’ascenseur social est en panne.
»

Bref, comme aujourd’hui «la crise financière, les entraves à la liberté de travailler et d’entreprendre, une société qui se sclérose, la réaction nobiliaire, le manque d’offices pour accueillir tous ceux qui pourraient être utiles à la société, les privilèges qui se crispent et bloquent les chances des forces vives de la société… toutes choses qui auraient pu être résolues par la réforme mais Turgot ayant échoué, il n’y avait sans doute pas d’autre solution que la Révolution et ses désordres pour accomplir ce que l’Histoire attendait : l’abolition des privilèges, la proclamation des droits de l’homme et la liberté du commerce et de l’industrie»

J’ajoutais même alors que «l’évocation du tiers-état était tout à fait juste si l’on entend par là tout à la fois les Français les plus actifs, qui supportent charges et contraintes et se voient découragés dans leurs efforts d’initiative et de prise de risques, et, d’autre part, les Français les plus vulnérables, qui paient par l’impôt du chômage et l’impôt de l’exclusion la facture de nos rigidités.»

Malheureusement, François Bayrou nous offre des solutions qui ne sont pas à la hauteur de cette exigence révolutionnaire.

La partie institutionnelle de ses propositions est cependant de bonne facture. On y retrouve beaucoup des exigences d’une démocratie libérale : 1) un Etat impartial ; 2) une société civile autonome ; 3) une décentralisation repensée ; 4) une justice sereine avec un Garde des Sceaux nommé dans des conditions consensuelles et une Justice et une administration pénitentiaire dotées enfin de moyens financiers.

On peut s’interroger en revanche sur la réduction des pouvoirs d’un Premier ministre dont la mission serait avec le gouvernement «de mettre en oeuvre les choix présidentiels». Ce qui signifierait que seul compterait alors le programme présidentiel, auxquels les députés seraient de fait inféodés. Mais que se passerait-il si les Français envoyaient une majorité quelque peu différente de la majorité présidentielle ?. D’autant que François Bayrou propose d’introduire la proportionnelle – ce qui est en soit une bonne idée - afin d’aérer nos institutions et de contrebalancer la confusion entre majorité présidentielle et législative qui résulte du calendrier électoral. D’autant enfin, que François Bayrou souhaite un Parlement de «plein exercice» qui saurait sur quelques grands sujets dépasser les clivages gauche-droite pour réaliser des compromis utiles dont rien, bien entendu, ne peut garantir qu’ils s’inscrivent dans le programme présidentiel.

La partie économique et sociale en revanche, est loin d’être révolutionnaire. Si l’exigence de croissance et le rôle de l’entreprise sont sans doute plus marqués que dans le programme de l’UMP, on reste cependant bien en dessous du salaire révolutionnaire minimum.

Certes à la différence de l’UMP, on mentionne la nécessité d’une réforme fiscale d’ensemble appuyée sur le redéploiement des niches fiscales. Mais cette réforme n’a pas pour but de doper la croissance, de renforcer les incitations marginales à produire, innover ou épargner. Son objectif est d’assurer une meilleure égalité devant l’impôt dans un projet qui juge dangereuse toute baisse d’impôts rapides.

Un bon point cependant pour la réforme des retraites que l’on entend justement transformer en retraite par points comme le propose depuis longtemps les libéraux. L’assurance maladie, hélas, reste une économie administrée à ce détail prés, qu’elle serait administrée de près dans un cadre régional. Les propositions sur les 35 heures sont voisines de celles de l’UMP, sauf que les heures supplémentaires y sont mieux rétribuées. Celles sur l’école et l’université restent très conservatrices (et toute proportion gardée, moins audacieuses que celles de l’UMP).

Rien de novateur sur l’organisation d’un marché du travail plus libre et plus souple ou sur l’ouverture à la concurrence des secteurs protégés.

En revanche le moteur de l’imagination fiscale, comme à l’UMP, tourne à plein régime. Avec le «fiscalement correct» que sont désormais dans les programmes présidentiels, les différentes formes de fiscalité dites écologiques («ya qu’à» faire payer la pollution) ou le transfert des charges «pesant sur le travail». Entre TVA sociale, CSG ou taxe sur les énergies fossiles, les centristes n’ont pas encore choisi.

Bref, la révolution autour du centre proposée par François Bayrou fait penser à la formule de Lampedusa dans le Guépard «il faut que tout change pour que rien ne change»

Alain Madelin
Les DERNIERS EDITORIAUX d'ALAIN MADELIN
La fiscalité passe au vert Les automobilistes payeront Dé-po-li-ti-ser Des contrevérités qui arrangent? Confusion ...AUTRES EDITORIAUX

Qui dit que l’élection présidentielle n’intéresse que les Français?
Nous avons relevé, dans une revue quotidienne d’analyse économique destinée à la communauté financière internationale, l’examen détaillé d’une interview de Nicolas Sarkozy sur son programme économique. Consternation des analystes qui concluent « il semble que le choix des Français soit entre un candidat de droite qui promet des politiques économiques d’interventions massives et une candidate de gauche qui a tendance à ne rien dire et son contraire»
Lire la suite


Le projet législatif de l’UMP au banc d'essai
L’UMP propose dix engagements que nous vous invitons à lire et à commenter. Nous vous présentons ses propositions pour les passer au filtre d’une première critique libérale que nous complèterons ultérieurement.
Voir notre banc d’essai

Sarko vote Hulot
Nicolas Sarkozy a écrit à Nicolas Hulot pour lui dire qu’il adhérait à son «Pacte écologique». Il lui aurait même proposé un «super ministère du Développement durable».
On lira donc avec intérêt l’article paru dans Marianne (n°500) qui a voulu traduire en terme concret le programme de Nicolas Hulot en s’appuyant sur les spécialistes qui l’entourent.
Faut-il donc ajouter ses propositions au programme de l’UMP ?
Cela donne : "en 2022 la fiscalité de CO2 atteint l'équivalent de 400 € la tonne. Le prix de l'essence a plus que doublé, il s'élève à 2,90 €. Mais les autres produits, qui ont, lors de leur élaboration, consommé de l’énergie, ont vu leurs prix s'envoler. Ainsi , le kilo de viande de bœuf coûte 12 € de plus qu'en 2006, soit un surplus de 1,20 € pour le moindre steak haché de 100g.". Ou encore pour l'habitat : "De petits centres urbains ont vu le jour: Densifier au lieu d'étaler. Afin de limiter les déplacements domicile-travail-loisir-ravitaillement, la petite-ville a été conçue autour de l'entreprise. Le rêve de devenir propriétaire s'est éloigné, la location étant devenue la règle." Enfin, pour le transport: "aucune carte grise ne doit être délivrée à des véhicules qui peuvent dépasser les limites de vitesse, qui d'ailleurs seront abaissées de 10km/h."


La Réunion de lundi
change de lieu

Le nombre élevé d’inscriptions à la réunion organisée par les Cercles Libéraux avec Alain Madelin, le lundi 27 Novembre 2006, de 19 heures à 21 heures sur le thème : «Présidentielle : savoir rompre avec les idées fausses.» nous conduit à modifier le lieu de cette rencontre. La réunion initialement prévue au Palais Bourbon se tiendra le même jour, à la même heure


Au Novotel Paris Vaugirard,
257 Rue de Vaugirard 75015 Paris
Métro Vaugirard Bus : 39, 49, 70, 80

U
n apéritif sera offert à l’issue de la réunion
Pour les personnes qui ne se sont pas déjà inscrites
:
Tel. : 01 40 62 70 70
Pour vous inscrire en ligne


Hommage à Milton Friedman et Lord Harris deux grandes figures du libéralisme au XXe siècle
De très nombreux articles de presse rendent hommage à Milton Friedman et lord Harris. A l’origine d’une révolution libérale planétaire, ils ont été d’immenses artisans du renouveau économique et moral du XXe siècle.
A lire notre dossier sur Milton Friedman, de nombreux articles lui rendent hommage et présentent ses travaux

Votez pour le livre «Psychanalyse de l’anti-libéralisme»
Nous avions signalé sur notre site cet ouvrage. Il vient d’être présélectionné pour le prix des lecteurs du Livre d’Economie 2005 du Sénat, si vous avez aimé «Psychanalyse de l’anti-libéralisme», nous vous invitons à voter pour ce livre sur le site web du Sénat.

A LIRE
L'homme libre, Mélanges en l'honneur
de Pascal Salin, Les belles lettres
«Pour beaucoup, et notamment pour l’auteur de ces lignes, Pascal Salin est un ami. Un ami de longue date aux idées et combats partagés. Mais plus encore, Pascal Salin est un maître. Il croit à la force de la liberté et à la puissance de la raison.» écrit Alain Madelin
A lire le dernier ouvrage qui rend hommage à Pascal Salin, économiste et philosophe, qui a rassemblé 41 contributions d'auteurs du monde entier, dont le prix Nobel Gary Becker, des anciens ministres comme Alain Madelin ou Antonio Martino, des économistes de renom appartenant à la prestigieuse Société du Mont-Pelerin, comme le regretté Lord Harris of Hight Cross, Victoria Curzon-Price, Jesus Huerta de Soto ou Jacques Garello, des philosophes comme Antony de Jasay, Chantal Delsol, Hans-Hermann Hoppe ou Alain Laurent, autour du thème de l'homme libre. Des textes de très grande qualité sur les enjeux économiques et sociaux de demain.
A lire la contribution d’Alain Madelin : «La puissance de la raison»



Alex Türk à Dunkerque :"Peut-on concilier les libertés individuelles et la sécurité publique ?"
Dans le cadre de ses conférences annuelles, le Cercle Libéral Flandre Maritime , animé par Edith Varet recevra le Sénateur du Nord, Alex Turk, président de la CNIL, Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés.
Le jeudi 30 novembre à 19h30,
salle du foyer de la Maison de Quartier du Méridien,
181, rue de Cambrai. Dunkerque. 59240. Entrée libre
Inscription : edith.varet@wanadoo.fr



Sophie de Menthon et ETHIC
vous convient au petit-déjeuner débat autour
d’Alain Madelin
sur le thème :
«Le libéralisme survivra t-il aux présidentielles ?»
Jeudi 30 novembre 2006 de 8h30 à 10h00

Au Cercle de l’Union Interalliée
33, rue du faubourg Saint Honoré, Paris 8

Participation : 40€
Renseignements tél. : 01.56.43.62.10