A lire et puis pleurer

Un écrivain français disait “on n’est jamais trahi que par les siens”.  C’est le sentiment que nous avons eu en lisant une interview de M. Sarkozy parue la semaine dernière dans les Echos.

M. Sarkozy est supposé porter une base « immense » de réformes pour les Français du centre-droit pour la prochaine élection présidentielle française. Mais, en lisant ses réponses aux questions d’un panel choisi par le journal français, nous avons vainement cherché un lien avec des hommes d’Etat tels que Ronald Reagan ou Margaret Thatcher.  Au lieu de cela, nous avons trouvé de nombreux commentaires qui nous ont rappelé Pierre Poujade ou Jacques Chirac !

En fait, certaines des déclarations faites par M. Sarkozy sont si choquantes que nous nous sentons obligés de les souligner en rouge et de les commenter (en bleu).

Nous espérons que nos lecteurs nous pardonneront cette intrusion qui pourrait nuire au déroulé de l’interview. Nous avons également réduit l’interview, car elle, est non seulement très longue mais nous étions également épuisés de traduire ce qui nous paraissait présenter plus de  platitudes que d’avantage. C’est la raison pour laquelle, nous avons juste traduit les réponses les plus attrayantes ; ce que nous avons obtenu nous a donné envie de jeter notre journal avec fureur et désespoir.

Nous espérons également que nos lecteurs pardonneront le ton acerbe de nos remarques...mais nous sommes aussi affligés qu’un  « jeune adolescent éconduit » !

En effet, après avoir lu cette interview plusieurs fois, nous ne pouvons qu’être consternés par a) l’inflexion protectionniste de M. Sarkozy b) par sa croyance que l’Etat fonctionne mieux que le marché et que jusqu’à présent l’Etat a été mal dirigé c) son manque de volonté de réduire les impôts et son intention d’en créer de nouveaux d) par son absence complète de toute conception de ce qui est important aujourd’hui, c’est à dire un retour en arrière de la portée de l’interventionnisme de l’Etat.

En effet, à aucun moment de l’interview, M. Sarkozy ne s’engage à faire en sorte de réduire les interventions de l’Etat français dans la sphère de la vie économique. L’autre fait surprenant est que toutes ces idées ci-dessus, ont été développées dans une interview avec les Echos, le principal journal économique français. Personne ne lit les Echos exceptés les financiers et les cadres dirigeants d’entreprises.

En d’autres termes, dans cette interview, M. Sarkozy fait un peu comme il le reproche lui-même à la dite minorité (quoique très petite) en France : « Je vous crache à la figure ». Pour finir, c’est ce que nous avons ressenti en lisant cette interview. Notre déception, aujourd’hui, est immense.

Il semblerait que le choix pour les électeurs français lors de cette prochaine élection présidentielle soit simple : une voix pour un homme de droite qui promet des politiques interventionnistes massives sur le plan économique (et il le fera très certainement !), ou une voix pour une femme de gauche qui tend à dire tout et son contraire...Ne soyons pas étonnés si la combinaison de tous les votes protestataires en France (Trotskistes, Verts, Extrême Droite, les Chasseurs, les Communistes...) finissent par obtenir une plus large part des voix dans le total des votes, que les parties respectables (PS, UDF, UMP).

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Q: En France, la mondialisation est trop souvent perçue comme une menace. J'ai quatre établissements dans l'hexagone, un en Turquie, deux en Hongrie, un en Chine. Je les ouvre pour aller chercher des clients, pas pour détruire l'emploi en France. Pourquoi les politiques n'aident - ils pas mieux nos compatriotes à comprendre la mondialisation ? C'est un fait que l'on doit accepter.
NS : Je n'aime pas beaucoup votre expression "les politiques". Moi je ne dis pas "les patrons", comme si c'était une masse informe. Reconnaissez que chez les politiques, il y a des hommes de plus ou moins grande qualité ! Mais je suis d'accord avec vous sur ce point : on n'a pas à être pour ou contre la mondialisation. C'est un fait.
C'est un phénomène qui existe depuis longtemps mais qui s'accélère : les économies deviennent de plus en plus interdépendantes, de nouveaux géants apparaissent. C'est la réalité. Une réalité qui a des avantages et des inconvénients. Je ne suis pas de ceux qui, béatement, disent que la mondialisation c'est génial et qui taxent de " crétins " ceux qui pensent le contraire.
(LVG : Évidemment, nous sommes «de ceux là» ! Mais nous ne nous sommes pas rendus compte que les personnes déclarant que la «mondialisation c'est génial et qui taxent de " crétins " ceux qui pensent le contraire »  étaient aussi importantes en France. Nous avons pensé que nous étions une très petite minorité. Nous sommes heureux de faire partie d'un groupe si important que  le ministre de l'Intérieur ressente le besoin de se distancer de ce groupe influent dès le début de son interview.)

La mondialisation fait accéder des centaines de millions de personnes au progrès, elle permet le décollage de pays comme le Brésil, l'Inde, la Chine. Elle favorise l'accès à l'information pour tout le monde. Mais elle se traduit aussi par une exploitation frénétique des ressources de la planète et elle entraîne des restructurations qui laissent de côté des hommes, des femmes et des territoires. Les délocalisations ne sont pas un phénomène anodin. Vous avez raison, Monsieur, de dire que ce n'est pas parce que vous ouvrez des usines à l'étranger que vous détruisez des emplois : pour gagner des marchés, les chefs d'entreprise doivent de plus en plus produire à proximité de leurs marchés. Mais il y a des territoires, des femmes et des hommes qui sont des laissés pour compte de la mondialisation. Nous ne pouvons pas les laisser tomber. Nous devons au contraire faire preuve d'un grand volontarisme politique. Je ne suis pas d'accord avec ceux qui disent que face à la mondialisation il n'y a rien à faire. (LVG : dans ce premier commentaire protectionniste, Sarko commence à se dévoiler. Il a la conviction qu’il est du devoir de l'Etat de contrôler le processus de mondialisation).

La mondialisation rend nos faiblesses insupportables. Les 35 heures sont le seul produit qui soit parfaitement inexportable. Il n'y a pas un pays au monde qui nous ait copié. Cela devrait quand même nous inciter à réfléchir. Les 35 heures sont une catastrophe dans le cadre de la mondialisation mais personne ne peut dire que c'est la mondialisation qui est responsable de cette catastrophe.

Q: : récemment un de mes clients, une entreprise du CAC 40 a délocalisé, ce qui a provoqué la fermeture d'un de mes ateliers qui employait vingt personnes. J'ai dû me débrouiller tout seul. Je n'ai même pas pu utiliser sa cellule de reclassement. Ne serait-il pas normal qu'il y ait un partage des responsabilités entre les grandes entreprises et les PME ?
NS : Je suis pour la conditionnalité des subventions et des aides : toute entreprise qui bénéficie de subventions publiques, nationale, régionale, locale, européenne doit s'engager à les rembourser si elle ne remplit pas ses obligations et ne fait pas preuve d'un minimum de déontologie sur le licenciement.
Ce n'est pas la même chose de licencier quand on est pris à la gorge et qu'on ne peut pas faire autrement et de délocaliser pour faire monter le CAC 40.

( LVG : En d'autres termes, les sociétés ne sont pas là pour faire des bénéfices mais pour créer des emplois)

Je suis favorable à une modulation de la taxation des entreprises en fonction de leur politique de l'emploi. Ce n'est pas la même chose de reclasser tout le monde et de faire des pré retraites ou du licenciement, aux frais du contribuable.

(LVG : les sociétés qui exigent de faire des bénéfices au lieu de favoriser la politique de l’emploi seront plus imposées. Fabuleux. Aucun doute que ceci permettra à la France de se débarrasser de son problème de chômage !).

S'agissant enfin des PME, j'aimerais qu'on soit moins naïf et qu'on accepte de pratiquer en France et en Europe ce que les Américains font très bien : ils ne taxent pas de la même façon les produits qu'ils fabriquent et ceux qu'ils importent.

(LVG : dans cette deuxième remarque protectionniste, il nous semble que Sarkozy énonce réellement un mensonge. Avec la NAFTA et l'OMC, les USA ne peuvent pas imposer des taux différents entre des produits fabriqués au Canada ou au Mexique et ceux produits en Californie ou au Michigan)

Et cela ne nous empêche pas de vanter la grande puissance libérale que sont les Etats Unis. Il y a aussi là bas une loi qui garantit aux petites entreprises, hors conditions de prix, une part des achats publics. Je demande qu'on fasse la même chose en France et en Europe.

(LVG : dans cette troisième remarque protectionniste, Sarkozy indique « regardez, les USA sont protectionnistes aussi, soyons protectionnistes nous aussi ». Pour nous, ceci, revient à dire «regardez, la Chine emprisonne toutes les voix dissidentes donc faisons la même chose ». Aujourd'hui, les USA sont un succès économique malgré quelques lois protectionnistes. La France devrait essayer de copier ce que les USA font de mieux… pas ce qu'ils font de mal !»)

Pour moi, le mot préférence communautaire n'est pas un gros mot (LVG : Dans cette quatrième remarque protectionniste, Sarkozy commence à décrire sa grande idée : construisons la forteresse Europe. Sujet très novateur.)

Le mot protection non plus (LVG : Dans cette cinquième remarque protectionniste, Sarkozy rentre dans le vif du sujet et indique, au cas où nous ne saurions pas lire entre les lignes, je suis pour le protectionnisme !)


Q : les PME ont besoin d'être davantage épaulées à l'export par le système financier. Que préconisez-vous ?
NS : En France, l'Etat est trop endetté mais les particuliers ne le sont pas assez. Culpabiliser les acteurs économiques sur l'endettement est une erreur économique grave car un pays qui n'emprunte pas pour investir est un pays qui ne croit pas à son avenir. Au lieu de mettre l'argent public sur le financement des préretraites ou des plans de licenciement, j'aimerais qu'on le mette davantage sur le financement des projets.
(LVG : Cela  a fait des merveilles au Japon dans les années 90. Peut-être pourrions nous construire des ponts jusqu’en Corse ?). Je veux par exemple développer le crédit hypothécaire en France. C'est ce qui a permis de soutenir la croissance économique des Etats Unis.

Je veux aussi que l'Etat utilise son crédit pour cautionner et garantir des emprunts pour l'investissement.

(LVG : Grandes nouvelles. En conclusion, l’Etat français sera impliqué dans la sphère économique du pays).

Je ne verrais que des avantages à ce qu'il se porte caution d'un chef d'entreprise pour son premier investissement.

(LVG : Vraiment ? Je ne peux pas. En fait, je pense à tous les inconvénients, y compris un probable gaspillage massif de capital dans des investissements improductifs « garantis » par l'Etat. Sarkozy pense-t-il vraiment que le problème, aujourd'hui, soit que les bonnes idées ne peuvent pas obtenir de financement ? Ne se rend-t-il pas compte des sommes levées par des fonds d’investissement ou des sociétés de capital risque?)

Q : aujourd'hui, on ne jure que par les services. N'est-il pas temps de rappeler que la France a encore un avenir industriel ?
NS : D'abord, il arrive que les services soient délocalisables. Il faut donc être prudent. Pour ma part, j'ai beaucoup agi pour l'industrie lorsque j'étais à Bercy : pour rapprocher Sanofi d'Avantis ; je me suis battu pour sauver Alstom de la disparition ; j'ai créé les pôles de compétitivité.
Parce que je crois à la nécessité absolue de conserver une industrie puissante. (LVG : Quelqu'un devrait donner à cet homme une copie de l’ouvrage «Our Brave NewWorld!»!).

La France a une mémoire industrielle à sauvegarder. (LVG : Dans la même logique, devons- nous soutenir les fabricants de bougie, les fabricants de carrosses et les fabricants de chapeau melon ?).  Elle a mis des décennies à créer ce savoir-faire. Il ne faut pas qu'elle le perde en quelques mois. Il faut l'aider à le conserver mais je n'aime pas le terme de patriotisme économique qui est beaucoup trop défensif. Ce que je défends moi, c'est le droit pour la France d'avoir une véritable stratégie industrielle. Je suis pour que l'Etat sélectionne une dizaine de secteurs majeurs comme l'énergie, la pharmacie, les communications etc. et qu'il mette le paquet pour les développer et en faire des champions. (LVG : Waou ! Nous pensions que ce genre de pensée économique avait été une fois pour toute discréditée avec l’échec du Japon des années 90, mais apparemment ce n’est pas le cas. Quoi qu'il en soit, bonne chance. Aujourd'hui, dans un monde qui évolue de plus en  plus rapidement, quelles sont les chances pour les Etats qu’ils puissent suivre au même rythme les changements dans le secteur privé ?).

J'ajoute que cela n'a rien à voir avec la taille des entreprises : on peut être une toute petite société et être un champion mondial. A Bercy, on me disait qu'il fallait fixer la création d'un pôle de compétitivité à au moins un milliard de dollars de chiffre d'affaires : c'est complètement absurde ! On peut être tout petit et mondial.

Q : face aux fonds anglo-saxons qui s'intéressent aux entreprises françaises, comment réagissez-vous ?
On a besoin - et c'est le libéral que je suis qui le dit - d'un instrument financier public pour des prises de participation dans des entreprises stratégiques, (LVG : Nous y revenons une fois encore : au même problème, la même solution «plus d'intervention de l’Etat»)dont la base et le coeur pourraient être la Caisse des dépôts. Il ne s'agit pas de faire du mécano mais d'aider les secteurs ou entreprises qui, à un moment donné, ont besoin d'un coup de main. C'est ce que j'ai fait pour Alstom. (LVG : J'aime le ton. « J’AI » sauvé Alstom… pas le gouvernement,pas l'argent public, pas l'Etat, mais « MOI »).S'il n'y avait pas eu le plan de Gaulle pour l'énergie, la France n'aurait pas de centrales nucléaires. Par ailleurs, il faut créer les conditions fiscales favorables pour le développement de fonds de pension français. Enfin je trouve très curieux que les Européens se soient donnés tant de mal à créer une monnaie puissante -l'euro- et qu'ils s'acharnent autant à ne pas s'en servir. Est-il besoin de rappeler l'utilisation que font les Américains du dollar et les Japonais du Yen? (LVG : Je dois admettre qu’ici je suis perdu. Évidemment Sarkozy plaide pour une certaine sorte d'intervention de l’Etat dans la sphère de la monnaie… bien que je ne sois pas sûr de ce qu’il défend. Excepté, naturellement, plus d'intervention publique.)

Je suis pour l'euro, et pour l'indépendance de la Banque de France.
(LVG : Aujourd’hui, la BdF a peu de poids. Ce qui importe c'est la BCE.) Mais l'arme monétaire ne doit pas uniquement servir à prévenir les risques d'inflation. Elle doit être mise au service de la croissance.

Q : comment faites-vous pour influer sur la BCE, tout en respectant son indépendance ?
NS : Je ne confonds pas indépendance et indifférence. J'ai vu comment M. Greenspan discutait trois fois par semaine avec le secrétaire au trésor américain. Or personne ne pense que la Federal Reserve Bank n'est pas indépendante.
(LVG : Pauvre Jean-Claude Trichet : s'il doit parler à chacun des 12 ministres des finances européen trois fois par semaine, sa semaine entière de travail de 35 heures ne lui suffira pas).La monnaie n'est pas un sujet si confidentiel qu'elle doive être de la compétence exclusive des banquiers.

Q: Frédéric Bedin : en matière de concurrence fiscale et sociale, vous avez récemment émis l'idée de créer une TVA sociale.
NS : C'est un sujet extrêmement difficile sur lequel je suis, à vrai dire, très hésitant. Je regarde ce que fait Angela Merkel. Je sais qu'au Danemark la TVA est à 25%. ( en France, elle est de 20.6%). J'écoute, je réfléchis. Peut-être qu'une solution serait d'en parler avec nos partenaires européens. Osons au moins poser la question car il ne doit pas exister de sujets tabous sur les sujets économiques.
(LVG : En fait, quand on parle des politiciens de droite, j'aime à penser que les hausses d’impôt et les mesures protectionnistes devraient être hors sujets).

Demandons-nous si taxer nos importations comme le fait la TVA sociale est une idée pertinente pour financer nos systèmes sociaux. (LVG : Fabuleux ! En une phrase, nous obtenons non seulement notre sixième remarque protectionniste mais aussi une augmentation d'impôts !. Inutile de dire, qu’une telle mesure devrait fonctionner à merveille en France ; le problème en France étant que le consommateur et les sociétés ne sont pas assez imposés)

Q: : taxer les importations, n'est-ce pas un retour au protectionnisme ?
(LVG : Enfin un des membres du panel se réveille)

J'aimerais que dans une démocratie majeure on puisse avancer des idées sans être caricaturé. Entre la protection et le protectionnisme, je cherche un chemin équilibré (LVG : Dans cette septième remarque protectionniste, Sarkozy arrive à une conclusion surprenante. Entre la protection et le protectionnisme, trouvons une solution de compromis ? Est-ce que c'est une plaisanterie ? Une faute de frappe ?) Ce n'est pas de l'idéologie, c'est du réalisme

Q: Frédéric Bedin : la mondialisation, c'est aussi l'opportunité d'attirer en France des localisations étrangères et de créer des emplois. Comment faire pour doper ce volet " offensif " ? Ne pourrions nous pas lancer une vaste campagne pour défendre la marque " France ? "
Avant de défendre la marque " France ", il faut surtout réconcilier le pays avec le capital, la réussite, l'ambition, la promotion. Je veux que la France reste un pays jeune, c'est-à-dire que la catégorie la plus dynamique de la population considère qu'elle y a un avenir. Je n'accepte pas que les jeunes fassent rimer expatriation avec réussite. Il faut réformer le système fiscal pour faire en sorte que le travail paie et que le risque soit récompensé.
(LVG : En conclusion, nous obtenons du grain à moudre). La fiscalité, c'est la conséquence d'un système de valeurs et je conduirai la campagne sur des valeurs. On peut changer la donne en six mois. Je ne comprends pas l'acharnement que nous mettons à assurer la prospérité de la Belgique, du Luxembourg, de Monaco, de l'Angleterre en y laissant s'installer les Français les plus dynamiques. L'expatriation du professeur Montagnier a été un vrai scandale. Il était soi-disant trop vieux pour travailler en France mais assez jeune pour être rémunéré aux Etats-Unis. C'est notre statut qui est vieux et qu'il faut dépoussiérer. Ainsi, je suis pour la suppression des droits de succession, parce que laisser le produit d'une vie de travail à ses enfants, c'est conforme à l'idée que je me fais du travail et de la famille.

Q: Frédéric Bedin : une suppression totale ?
Discutons des modalités :
ce qui compte c'est l'idée. Moi je suis pour la taxation de ceux qui ont le plus d'argent. (LVG : En voilà une idée. Pourquoi pensez-vous que les Français s’expatrient à Londres, Bruxelles, Monaco ou Genève. Pour éviter de payer l’ISF ! Comment allez-vous les faire revenir ? Comme vous le revendiquez dans la réponse précédente , sans supprimer l’impôt qui procure si peu d’argent au Trésor Public et que d’année, en année, il fait en sorte qu’il y a un exode de ressource humaine et de capital. )

Pas question de supprimer l'impôt sur la fortune, par exemple, mais l'impôt sur les successions c'est différent. (LVG : Ca l’est. Généralement, les personnes ne choisissent pas de mourir. C’est tellement différent de l’ISF qui lui devient de plus en plus volontaire. Les personnes qui ne veulent pas payer l’ISF immigrent à Londres, à Bruxelles ou à Hong Kong. Si vous voulez être logique sur ce sujet, vous devriez supprimer l’impôt sur les grandes fortunes et  garder l’impôt sur les successions. Mais, bien sûr, tout cela a plutôt un sens symbolique plutôt qu’économique)

L'égalité des chances, cela ne consiste pas à aller prendre le patrimoine de celui qui a travaillé toute sa vie ; l'égalité des chances, cela consiste à faire en sorte que l'enfant qui naît dans une famille qui n'a pas de patrimoine ait les mêmes chances de réussir qu'un autre.
 

Frédéric Bedin : trouvez-vous normal qu'une fortune investie dans les entreprises soit taxée, alors qu'investie dans les oeuvres d'art, ce qui ne crée pas d'emplois, elle est exonérée ?
NS :
Non. On le doit à Laurent Fabius. (LVG : dont le père était un marchand d’art) Je conteste à l'Etat le droit de dire que tel investissement est meilleur que tel autre.
(LVG : Il est bon d’entendre ça, alors même que cela est en contradiction avec la proposition précédente  sur comment les sociétés qui investissent plus dans leur main-d'oeuvre nationale devraient être imposées différemment des sociétés qui veulent investir à l'étranger ou générer des bénéfices plus élevés).

Frédéric Bedin : et la résidence principale ?
NS : C'est pareil.
Au nom de quel raisonnement, faudrait-il exonérer totalement la résidence principale ? (LVG : C’est cocasse ! Retirons une des rares exonérations d’impôt aux Français. La suppression de l'exonération d’impôts sur la maison principale devrait faire des merveilles pour l’immobilier résidentiel et la consommation). On ne peut pas déplorer que la France manque d'actionnaires et favoriser ceux qui ont investi dans la pierre. (LVG : Mauvais, égoïste Français : au lieu d’investir leur capital pour aider à créer les champions nationaux français, ils vont s'acheter des maisons pour y vivre).

En revanche, on peut envisager d'augmenter la franchise sur la résidence principale pour tenir compte de la hausse des prix de l'immobilier.
Mais en matière fiscale, la vraie révolution culturelle est ailleurs : pour favoriser le travail, je propose l'exonération totale des charges sociales et des impôts sur les heures supplémentaires.
(LVG : Encore du grain à moudre ) Aujourd'hui on n'a pas assez d'heures supplémentaires, non pas parce qu'il n'y a pas de travail, mais parce que les cotisations étant déplafonnées et les salaires de l'heure supplémentaire plus élevés -ce qui est normal-, cela coûte beaucoup trop cher.

Q: Pour améliorer la gouvernance, pourquoi ne pas avancer sur la voie de la co-détermination ? Dans les pays européens où cela existe, on anticipe mieux les choses.
NS : Il faudrait d'abord que les syndicats se réforment. Leurs règles de représentativité sont obsolètes. Ils sont trop faibles et pas assez représentatifs. Dans notre dialogue social, il n'y a pas aujourd'hui de vraies discussions, c'est un jeu de rôle permanent. C'est pourquoi je propose, par exemple, la liberté de présentation des candidats au 1er tour des élections professionnelles.
(LVG : Ceci, aussi banal que cela puisse paraître serait réellement une réforme très positive. Elle pourrait aider à déstabiliser un certain nombre de syndicats actifs au sein des sociétés). Il y a d'autres progrès à faire dans la gouvernance des entreprises : sur la transparence, la sanction des erreurs, la responsabilité... Je suis très ouvert. Je ne pense pas que l'actionnaire doive décider seul dans l'entreprise (LVG : Tout d’abord les sociétés devraient être gérées pour créer de l’emploi pas pour les bénéfices et maintenant les actionnaires ne pourront plus décider de ce qu’ils peuvent faire de l’entreprise ?  Pourquoi être étonné que les Français préfèrent investir dans immobilier plutôt que dans les actions ?).

La richesse d'une société, c'est son capital mais aussi le travail des salariés. Je suis favorable à ce qu'on associe les hommes et femmes au maximum ; j'ai d'ailleurs proposé qu'on ouvre les stocks options à tous et je suis prêt à aller plus loin. Mais à une seule condition : qu'on ne rigidifie pas le fonctionnement des entreprises par des règles nouvelles.

Q:  : dans la mondialisation, l'Europe souffre du manque d'harmonisation sociale et fiscale. La France qui est un pays fondateur ne s'est pas vraiment donnée les moyens de faire avancer son point de vue. Quelle est votre stratégie pour que cela change ?
En Europe, il y a un blocage et un seul : la règle de l'unanimité. On le voit sur l'immigration comme sur l'harmonisation fiscale et sociale. Quand on n'est pas d'accord à 25, on ne peut pas avancer, et comme on n'est d'accord sur rien, on n'avance pas. C'est comme cela qu' on arrive à des aberrations. L'Estonie peut mettre le taux de son impôt sur les bénéfices réinvestis à zéro
(LVG : Pourquoi nous ne copions pas les Européens orientaux et leur flat tax au lieu de les critiquer ?)  et nous, nous devons avoir l'unanimité pour changer le taux de TVA sur des produits qui ne sont même pas délocalisables. (LVG : En fait, Bruxelles impose  que la TVA reste la même pour tous les secteurs – afin que les Etats ne commencent pas à favoriser une industrie, en particulier nationale, au-dessus des autres. Mais rien en effet n'oblige la France de réduire ou d'augmenter la TVA pour tous les secteurs. L'Allemagne fera précisément cela l’année prochaine). Qui peut comprendre cela ? D'ailleurs, je n'accepte pas que certains pays européens puissent se sentir suffisamment riches pour mettre leur taux d'impôt à zéro et suffisamment pauvres pour obtenir nos subventions et ainsi financer les délocalisations. Cela s'appelle du dumping fiscal et social. (LVG : huitième remarque protectionniste du jour).

Daniel Cohen : comment pensez-vous pouvoir réconcilier les Français avec l'Europe ?
Je défends l'économie de marché, la liberté
mais l'Europe a été construite pour protéger, pas pour être le cheval de Troie d'une concurrence déloyale. (LVG : Que je suis bête ! je pensais que l'Europe avait été créée pour favoriser les échanges et des échanges de marchandises, de personnes, et de services. Dans cette neuvième remarque protectionniste, nous revenons au thème de « l'Europe forteresse»).

Je demande la réciprocité. " J'ouvre, tu ouvres ; tu n'ouvres pas, je n'ouvre pas ". (LVG : Dixième remarque protectionniste. Nous voulons un commerce juste, et non pas libre…). C'est basique, mais ça ne se discute pas. (LVG : C’est drôle il y a quelques phrases, Sarkozy indiquait qu'il n’y a aucunes matières économiques qui ne peuvent pas être discutées ; il n’y a aucun sujet économique tabou. Apparemment, cette règle n'inclut pas la discussion sur les avantages du libre échange mais concerne seulement les augmentations d'impôts... onzième remarque protectionniste).

Prenez l'affaire Bombardier, je n'ai rien contre le fait que la SNCF ait choisi cette entreprise canadienne pour renouveler certains matériels. Mais je n'accepte pas qu'Alstom ne puisse pas concourir à Montréal ou à Toronto parce que ce sont des marchés de gré à gré. Il n'y a pas de fatalité à subir la mondialisation. Il doit y avoir réciprocité. Je veux aussi réintroduire la préférence communautaire. (LVG : Douzième remarque protectionniste et un retour au thème « de l'Europe forteresse »).  Je le répète, ce n'est pas anormal qu'un continent se protège comme le font les Américains, les Japonais ou les Chinois. S'agissant de la négociation à l'OMC, qui constitue l'une des compétences les plus importantes de l'Union européenne, je pense qu'il n'est plus possible de la confier à un commissaire européen, quel que soit sa qualité. Je souhaite qu'elle soit conduite par le Président de l'Union européenne, élu pour deux ans et demi par le Conseil européen des chefs d'Etat, afin de peser vraiment dans les discussions. Il faut politiser cette négociation au bon sens du terme. Il faut enfin réformer l'OMC car je n'accepte pas qu'elle ne tienne aucun compte de règles environnementales et sociales. (LVG : Allons y. Faisons du commerce ensemble. Mais seulement si nous avons les mêmes lois sociales et environnementales. Désolée la Chine, le Brésil, l’Inde… Vous n’êtes pas qualifiés. Mais l'Allemagne ou la Suède bienvenue. Ah ! j’ai oublié, nous avons déjà le libre échange avec vous! Dans cette treizième remarque protectionniste, Sarkozy renvoie à ses commentaires précédents « commerce juste, pas de libre échange »).



Q: le débat actuel concernant les pays les plus pauvres consiste au contraire à les soustraire aux obligations de l'OMC pour qu'ils parviennent à participer au commerce international.
NS : Bien sûr, je ne remets pas en cause le fait que les pays les plus pauvres du monde soient exonérés des règles de l'OMC. D'ailleurs, l'Europe a toujours fait beaucoup pour eux. Mais ceux qui posent problème ce sont les grands pays émergents : la Chine, l'Inde et le Brésil. On ne peut pas avoir ces géants qui émergent - ce qui est une bonne nouvelle - et dire qu'ils sont exonérés de toutes les règles sociales et environnementales que nous nous appliquons.

Q: mais pour accepter, les pays émergents demanderont une réciprocité, et des concessions de notre part dans le domaine agricole.
NS :
L'agriculture européenne est, à mes yeux, aussi stratégique que le spatial, la communication ou l'industrie de la santé. (LVG : Ainsi l'industrie française et l'agriculture doivent être protégées et développées par l’Etat. Est-ce que vous sentez les vents du changement intellectuel souffler par ici ?).

Nous allons gagner 2 à 3 milliards d'habitants sur la planète, il faudra bien les nourrir et nous aurons besoin de notre agriculture. (LVG : nous vous excitons par un peu d’économie Malthusienne)

Ce ne serait d'ailleurs pas dans l'intérêt du consommateur européen d'affaiblir notre agriculture, car si notre agriculture disparaissait, qui peut croire que les prix des produits agricoles ne remonteraient pas immédiatement en Europe. (LVG :  C'est une nouveauté. Les subventions massives aux agriculteurs font réellement en sorte que les consommateurs économisent de l'argent !).

Je ne laisserai donc pas tomber la PAC. (LVG : Allons ! S'il y a un vrai sujet sur lequel on doit débattre à propos du budget européen, ce doit être de la politique agricole commune )

On ne peut pas céder. La Chine, l'Inde ou le Brésil ont bien des progrès à faire avant que nous cédions sur la PAC, même s'il faudra certainement la réformer un jour. Qui profite aujourd'hui largement du commerce mondial ? (LVG : Aujourd’hui la France le fait. Comme tous ceux concernés par le commerce mondial) Vous voulez que je rentre dans le détail des contrats des centrales nucléaires ou des Airbus qu'on vend aux Chinois et qu'on va fabriquer là bas ? (LVG : Dans ce quatorzième commentaire protectionniste, Sarkozy critique Chirac en supposant que les contrats que Jacques Chirac a signé lors de ses récents voyages en Chine ne créeront pas beaucoup de bénéfice pour la France. Naturellement, cela est hors sujet. Qui s'inquiète que la fabrication soit faite en Chine si la valeur ajoutée émerge en France ?). Vous croyez que je n'ai pas vu cela ?



Q : vous voulez qu'on arrête de leur vendre notre technologie ?
NS : Absolument pas. Je veux qu'on arrête d'être naïf.
(LVG : Sous entendu ici, est bien sûr,  que Chirac c’est fait piégé par les Chinois).

Ce sont des gens extrêmement pragmatiques, intelligents et qui savent, j'en suis sûr, comprendre un discours d'une certaine fermeté. (LVG : Une autre remarque qui trahit. D'abord, une certaine condescendance envers les Chinois. Deuxièmement, une vision complètement fausse de la position de la France dans le monde. L'idée que la France peut avoir « un rapport de force » avec les Chinois et l’illusion que les Chinois vont réagir en étant sympathiques manque complètement de réalisme du fait que l'équilibre de la puissance économique et géopolitique est parti loin de France pour aller vers la Chine ces dernières années. En conclusion, elle trahit également un certain manque de la connaissance de la culture Chinoise : vous ne gagnerez rien des chinois au pouvoir « en étant ferme » mais « en leur faisant face», ce que Paulson a bien compris).

Q : que dites-vous aux Etats-Unis s'ils continuent à ne pas appliquer le protocole de Kyoto ?
Je réponds " taxe de Cambridge ". Autrement dit taxe écologique.
(LVG : Cela fait dix minutes depuis la dernière proposition d’impôt)

Le système de libre concurrence est faussé si les industries, dans certains pays, doivent limiter les émissions de CO2 et d'autres pas. On me dit proche des Américains et je dis que les Etats-Unis sont une grande démocratie et les Américains sont des amis. La question de l'amitié et de la collaboration entre l'Europe et les Etats-Unis est une question absolument majeure et structurelle. Je ne me considère pas comme l'ennemi de ceux avec qui nous avons lutté contre les deux totalitarismes les plus meurtriers du XXème siècle, le communisme et le nazisme. Mais la liberté du commerce, c'est le commerce loyal. (LVG : Dans cette quinzième remarque protectionniste, Sarkozy s'assure que nous ayons bien compris)

La position de l'Australie et des Etats-Unis qui refusent de ratifier le protocole de Kyoto, qui est pourtant déjà insuffisant, est inadmissible. Dans une compétition, on ne peut avoir un concurrent qui court avec un boulet au pied et l'autre qui n'en a pas, si tant est d'ailleurs que respecter l'environnement soit un boulet.

Q: y a-t-il place pour une stratégie industrielle européenne qui favorise l'émergence de grands groupes ? Vous même avez été critiqué sur Alstom.
J'aurais été ravi qu'un accord intervienne entre Alstom et Siemens. Mais le PDG de Siemens s'est contenté de me proposer une joint venture entre son entreprise et les activités rentables d'Alstom, pendant que l'Etat français gardait pour lui toutes les activités déficitaires. Cela n'avait donc rien à voir avec la constitution d'un grand groupe européen. Il ne fallait pas le faire et les faits m'ont donné raison. Alstom a été sauvé et l'Etat qui avait pris une participation dans ce but, a finalement pu la revendre ensuite beaucoup plus cher au groupe Bouygues.
(LVG : Conclusion : l’interventionnisme étatique fonctionne !)

L'Europe doit, en matière industrielle, se montrer beaucoup plus offensive qu'elle ne l'est. Je respecte la concurrence, mais la concurrence comme idéologie, c'est néfaste car cela empêche la constitution de champions européens. Nous en avons subi les conséquences dans le projet de rapprochement entre Schneider et Legrand. Sur ce point, je pense que la Commission européenne doit revoir sa doctrine et faire plus de place à une véritable stratégie industrielle européenne (LVG : Quel est le but de l’activité économique à part la création de champions européens ?

Conclusion:

Pour être juste à l’égard de M. Sarkozy, nous avons réduit l'interview aux parties qui, selon nous, sont les plus marquantes. Mais après avoir dit cela, nous fournissions tout de même 10 longues pages. Et avec un certain nombre de «commentaires clés». En commentant cette interview, nous avons voulu vous donner une vue d'ensemble du niveau de la pensée actuellement en cours dans la campagne présidentielle française. Si nous n'étions pas Français, nous trouverions cela drôle. Mais nous sommes Français. Donc ça ne l’est pas.