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A
gauche,
la victoire sera cruelle
Professeur des universités à
l'IEP de Paris, Dominique Reynié, auteur du Vertige social nationaliste
(La Table ronde), décrypte pour le Figaro le congrès du
Parti socialiste qui vient de se tenir au Mans. Il estime, au plan tactique,
que François Hollande a réussi une contre-offensive en faisant
éclater la fronde montante.
LE
FIGARO - Que penser de la synthèse du PS réalisée
au Mans ? S'agit-il d'une alliance de circonstance ou pourra-t-elle mettre
un terme aux luttes engagées entre «socialisme de transformation»
et «socialisme d'accompagnement» ?
Dominique REYNIÉ.
– François Hollande a préféré ressouder
les troupes plutôt que de trancher les questions de fond. Cette
synthèse circonstancielle pourrait coûter cher. Le PS ne
parvient pas à sortir de la position exceptionnelle qu'il occupe
en Europe, en investissant une ligne programmatique qui paraît rompre
avec le cadre environnant. Il s'agit – et c'est frappant –
d'un tribut payé à ce «social-nationalisme»
qui fait retour en 2005, durant la campagne référendaire,
prenant la nation pour cadre principal et l'Etat comme unique levier d'une
politique sociale qui ne vise plus la simple conservation des «acquis
sociaux», mais bien, désormais, leur restauration : nationalisation
d'EDF, abrogation du contrat nouvelles embauches, de la loi Fillon sur
les retraites... Depuis 2002, dans l'opposition, le Parti socialiste était
devenu une sorte de parti conservateur. Il devient maintenant le parti
de la restauration, se plaçant à contre-courant de l'Union
européenne et à grande distance de tous les grands partis
sociaux-démocrates voisins. Le PS français paraît
prendre le risque de devenir un parti de la restauration dans un monde
en pleine révolution. Cet ancrage idéologique est comme
indépassable. Les efforts de François Hollande, dans son
discours de clôture, pour trouver un équilibre entre le devoir
de réalisme et l'unité du Parti ne sont pas parvenus à
contenir les promesses qui laissent prévoir de grandes déceptions.
Ces désillusions feront évidemment les beaux jours des forces
protestataires, de gauche comme de droite. Un tel programme de gouvernement
mènerait, s'il était mis en oeuvre, à la répétition
du dilemme de 1983 : faut-il poursuivre cette politique en assumant la
rupture avec l'Union européenne, c'est l'option «sociale-nationaliste»,
ou bien au contraire faut-il choisir l'Europe et investir l'option sociale-libérale
?
La
gauche se retrouverait-elle, une fois de plus, dans un labyrinthe ?
Oui, elle
prend le risque de se retrouver à la fois perdue et isolée
au sein de l'Union européenne. La gauche semble préparer,
en cas de victoire, ou bien l'échec de sa politique économique
et sociale, ou bien la répétition d'un revirement que ses
électeurs assimileront, avec raison, à un nouveau reniement,
aussitôt la victoire acquise. Certes, on peut considérer
que ces discours n'engagent pas, en réalité, le Parti socialiste,
que leur utilité est limitée à la victoire électorale,
mais une telle hypothèse est déjà porteuse de catastrophes
électorales pour la gauche de gouvernement et peut-être pour
le pays tout entier.
C'est un mode de fonctionnement à la
Pyrrhus que vous décrivez là !
Dans cette
hypothèse, en effet, la victoire sera cruelle. Dans le monde qui
est le nôtre, compte tenu de ce que la France doit à son
environnement, de notre interdépendance, de la compétition
fiscale, de la mobilité du capital, un tel programme ne peut qu'aboutir
à un échec retentissant.
Le
PS français gagnerait-il à s'inspirer des modèles
socialistes de nos voisins?
Si l'on est
socialiste, il serait judicieux d'observer non pas les partis socialistes
qui ont réussi à gagner des élections, mais ceux
qui ont réussi à être réélus, comme
le faisait remarquer François Hollande dans son discours de clôture.
C'est le cas du Parti travailliste britannique ou du SPD allemand. Ils
ont tous les deux tranché la question doctrinale et sont devenus
de puissants partis de gouvernement. Leur pragmatisme contraste spectaculairement
avec notre PS, fasciné, aveuglé, par les marges électorales
du gauchisme. Cette inclinaison conduit à la défaite économique
ou à la débâcle morale, voire aux deux. Les grands
partis sociaux-démocrates européens ont pourtant été
capables de prendre en charge des réformes nécessaires sans
être sanctionnés électoralement, sachant qu'aucun
parti démocratique n'est destiné à gouverner toujours.
En cela, ils jouent pleinement leur place dans l'histoire de leur pays
et tendent maintenant à peser plus que nous sur l'orientation de
l'Europe.
Le
PS a-t-il définitivement renoncé au réalisme qui
a permis en son temps la création de la SFIO ?
Il est frappant de voir le PS renouer avec le thème des nationalisations.
EDF n'a pas été privatisée au sens où elle
appartiendrait à de grandes entreprises du secteur privé.
EDF conserve un capital majoritairement public et c'est presque 5 millions
de Français qui en sont désormais actionnaires ! On peut
en déduire que l'actionnariat populaire n'est pas légitime
aux yeux du PS. Accroché à une conception jacobine de l'économie,
le PS révèle ainsi une défiance non seulement vis-à-vis
du secteur privé mais aussi de la société civile.
Le succès de la privatisation partielle d'EDF traduit l'engagement
massif d'épargnants modestes et ne devrait pas susciter de telles
réactions de la part d'un parti qui ambitionne par ailleurs de
mobiliser les classes moyennes comme les classes populaires.
Le
PS doit-il tout espérer d'un homme providentiel ?
Aujourd'hui,
la personnalité qui a réellement émergé de
ce Congrès, c'est bien François Hollande. Sur un plan tactique,
il a réussi une contre-offensive faisant éclater la fronde
montante. Arnaud Montebourg est d'ailleurs reparti avec son projet de
VIe République sous le bras ! Par ailleurs, il a réussi
à ramener dans ses filets des personnalités qui, comme Henri
Emmanuelli et Jean-Luc Mélenchon, proclamaient jusque-là
ne plus voir de différence entre le 1er secrétaire de leur
parti et un homme politique de droite. Apparemment, le Congrès
se termine au bénéfice de François Hollande. Depuis
2002, il est celui qui, presque sans cesse, raccommode et reconstruit.
Nul ne peut plus lui contester le rôle de patron. Il reste que le
schisme du 29 mai n'a pas été dépassé, mais
simplement enfoui. Les désaccords vont immanquablement resurgir.
Le PS vient de reculer, une fois encore, devant l'épreuve de vérité
si nécessaire, non seulement à ce parti politique, mais
aussi à la démocratie française et à l'Union
européenne.
Propos
recueillis par Marie-Laure Germon
22 novembre 2005
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